Un écran affichant une image du pape Léon XIV au monastère Saint-Maron, qui abrite le sanctuaire Saint-Charbel, le 12 novembre 2025. Joseph Eid/AFP
Le Liban, dont le nom araméen, la langue du Christ, signifie « Lev-Anon », c’est-à-dire « cœur de Dieu », est cité plus de 70 fois dans la Bible.
Il est une image de Dieu Lui-même. Le psalmiste proclame : « Le juste grandira comme un cèdre du Liban. » (Ps 92, 13). Et Osée, annonçant la restauration du peuple, promet : « Il fleurira comme le lis, il enfoncera ses racines comme le chêne du Liban ; il aura la splendeur du Liban, (…) le parfum du Liban. » (Os 14, 6–7).
C’est lui que Salomon choisit pour bâtir le Temple : « Le roi ordonna qu’on taille de grandes pierres, des pierres de prix pour les fondations du Temple. […] Et ils transportèrent les bois du Liban à la mer » (1 Rois 5, 31–32). C’est encore lui qu’Isaïe prophétise en disant : « La gloire du Liban viendra chez toi… pour glorifier le lieu de Mon Sanctuaire, pour que J’honore le lieu où Je me tiens. » (Is 60, 13). À lui seul, ce verset prophétique annonce déjà une vérité profonde : le Liban est destiné à glorifier Dieu, à porter Sa présence.
Dans sa première homélie lors de la sainte messe Pro Ecclesia, devant les cardinaux au lendemain de son élection comme 267e successeur de saint Pierre, Sa Sainteté le Pape Léon XIV évoqua « les contreforts du mont Hermon » ‒ ces terres du Liban où le premier évêque de Rome confessa la divinité du Christ en proclamant : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant… » (Mt 16, 16) , et où le Seigneur lui répondit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre, Je bâtirai mon Église. » (Mt 16,18)
Ce pays, espace sacralisé où la trace de Dieu se manifeste dans la création et l’histoire du salut, à la croisée de tant de douleurs et d’espérances, incarne la vocation de porter la lumière du Christ au cœur même des ténèbres du monde, à l’instar de la femme cananéenne des environs de Tyr et de Sidon qui exultait sa foi devant le Christ venu jusqu’à elle, dans la douleur de sa fille tourmentée sous l’emprise du démon (Mt 15, 21-28).
Géographiquement incarné entre l’Orient et l’Occident, culturellement ouvert aux héritages juif, chrétien et musulman, il porte en lui la richesse d’un christianisme oriental vivant, enraciné dans les rites, les monastères et la piété populaire. Les communautés qui y vivent – maronite, grecque-orthodoxe, melkite, arménienne apostolique, arménienne-catholique, syriaque-orthodoxe, syriaque-catholique, assyrienne, chaldéenne, copte-orthodoxe, latine et protestante – témoignent que l’universalité du corps du Christ trouve force dans la diversité des traditions, et que la communion ecclésiale se fait visible dans la prière partagée.
Lieux du voyage apostolique de Sa Sainteté Léon XIX
Le couvent Saint-Maron de
Annaya, tombeau de saint Charbel : situé à 1 200 mètres d’altitude dans les montagnes de Jbeil, le couvent Saint-Maron de Annaya est le cœur battant de la spiritualité maronite. Fondé en 1828, l’année même de la naissance de saint Charbel, il est devenu le sanctuaire de l’ascèse, du silence et de la sainteté.
Saint Charbel Makhlouf, moine de l’ordre libanais maronite, vécut dans l’obéissance, la pauvreté et la prière. Retiré à l’ermitage Saints-Pierre-et-Paul en 1875, il passa 23 ans dans la radicalité évangélique : offrande quotidienne, adhésion au mystère eucharistique, et travail manuel. Sa mort, survenue le 24 décembre 1898 pendant la messe, fut suivie de signes lumineux et de miracles qui attirèrent des milliers de pèlerins.
Sa vie simple et son témoignage de sanctification ont suscité une dévotion populaire intense, attirant des fidèles de toutes confessions, en quête de guérison, de consolation et d’un exemple de consécration totale au Christ.
Dans l’homélie de sa messe de canonisation qu’il célébra le 9 octobre 1977, saint Paul VI affirma : « On admet encore chez un homme comme Charbel Makhlouf une héroïcité hors de pair, devant laquelle on s’incline, retenant surtout sa fermeté au-dessus de la normale. Mais n’est-elle pas « folie aux yeux des hommes », comme s’exprimait déjà l’auteur du Livre de la Sagesse ? Oui, le genre de sainteté pratiqué par Charbel Makhlouf est d’un grand poids, non seulement pour la gloire de Dieu, mais pour la vitalité de l’Église. »
Aujourd’hui, Annaya est un lieu de guérison et de conversion. Chaque 22 du mois, des foules affluent pour prier sur le tombeau du saint thaumaturge. Le couvent incarne l’union entre ciel et terre, entre mystique et charité.
Le sanctuaire Notre-Dame du
Liban à Harissa : érigé en 1908 sur une colline dominant la baie de Jounieh, à 650 mètres d’altitude, le sanctuaire Notre-Dame du Liban est le symbole marial du pays. La statue monumentale de la Vierge Marie, haute de 8,5 mètres, tend ses bras vers la capitale Beyrouth, comme une mère vers ses enfants.
L’initiative du sanctuaire revient au patriarche Élias Hoyek, pour célébrer le cinquantenaire du dogme de l’Immaculée Conception. La chapelle conique, surmontée de la statue, est devenue un haut lieu de pèlerinage pour chrétiens et musulmans, signe d’unité et de paix, cœur battant de la piété libanaise.
Rendant hommage à cette initiative, Pie XII écrivit dans sa lettre à l’épiscopat et aux fidèles du Liban pour le Congrès marial national à Beyrouth, le 18 octobre 1954 : « L’Église elle-même n’évoque-t-elle pas vos sommets du Liban comme une terre d’élection pour la louange de la Vierge ? C’est là que l’Esprit-Saint la contemple et, ravi par la splendeur de sa pureté immaculée, c’est de là qu’il l’appelle à sa céleste gloire : « Viens du Liban, ô ma bien-aimée, et tu seras couronnée » (Cant. 4, 8). (…) Cette même foi, toujours vivante, maintenue dans sa pureté et son intégrité au cours des siècles malgré tant d’épreuves, inspira, il y a cinquante ans, à l’un de vos grands patriarches l’heureuse idée de mettre comme un sceau à ce culte marial séculaire en élevant sur la colline de Harissa, au cœur même de votre beau pays, un monument votif à la gloire de l’Immaculée. Non moins suggestif est le titre de Notre-Dame du Liban que vous avez voulu donner à ce sanctuaire national ; aux générations futures, il rappellera la place souveraine de Marie dans les destinées de votre patrie, et il sera, aux heures sombres, le céleste paratonnerre qui détournera de votre ciel les nuages de discorde ou de division qui tenteraient de l’obscurcir. »
Dans les années 1970 du XXe siècle, une basilique moderne fut construite, pouvant accueillir 3 500 fidèles. Sa forme évoque à la fois un cèdre et un navire phénicien, symboles de la vocation missionnaire du Liban.
Le 10 mai 1997, lors de son voyage apostolique au Liban, saint Jean-Paul II y confirmait la vocation du Liban comme message de paix et de dialogue, enraciné dans la figure maternelle de la Mère de Dieu. Ainsi disait-il aux jeunes Libanais, réunis au sanctuaire : « L’église dans laquelle nous sommes se trouve au sommet de la montagne : elle est visible pour les habitants de Beyrouth et de la région, et pour les visiteurs qui arrivent sur votre terre ; ainsi, que votre témoignage soit pour vos compagnons un exemple éclairant ! (…). Demandons à la Vierge Marie, Notre-Dame du Liban, de veiller sur votre pays et sur ses habitants, et de vous assister de sa tendresse maternelle, pour être les dignes héritiers des saints de votre terre et pour faire refleurir le Liban, ce pays qui fait partie des Lieux saints que Dieu aime, parce qu’il est venu y faire sa demeure et nous rappeler que nous avons à construire la cité terrestre, en ayant les yeux fixés sur les valeurs du Royaume. »
La place des Martyrs de
Beyrouth : au cœur de Beyrouth, la place des Martyrs est un sanctuaire civil. Elle doit son nom aux patriotes pendus le 6 mai 1916 par l’Empire ottoman pour avoir défendu la liberté et la dignité du peuple libanais. Depuis, ce lieu est devenu le symbole de l’unité nationale, du sang versé pour l’avenir, et de la mémoire partagée.
Au fil des siècles, elle fut le théâtre de bombardements, de révolutions et de rassemblements populaires. Pendant la guerre (1975-1990), elle marqua la ligne de démarcation entre Beyrouth-Est et Ouest. Aujourd’hui, elle est l’espace où la mémoire se transforme en espérance.
Dans son homélie de la messe pontificale, le 11 mai 1997, saint Jean-Paul II s’écria : « On a souvent parlé du Liban martyr, surtout dans la période de guerre qui a marqué votre pays voici plus de dix ans. Dans ce contexte historique, les paroles de saint Pierre concernent tous ceux qui ont souffert sur cette terre. L’apôtre écrit : « Puisque vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous », parce que l’Esprit de Dieu repose sur vous, et c’est l’Esprit de gloire. Je n’oublie pas que nous sommes rassemblés près du cœur historique de Beyrouth, la place des Martyrs ; mais vous l’avez nommée aussi place de la Liberté et place de l’Unité. J’en suis sûr, les souffrances des années passées ne seront pas vaines ; elles fortifieront votre liberté et votre unité. »
La prière au cœur même de cette place, lieu des larmes, est un acte prophétique : elle élève la mémoire de la souffrance au rang de prière rédemptrice. Elle inscrit la croix du Christ dans l’histoire du peuple, et proclame que le sang versé n’est jamais inutile lorsque l’amour en devient le fruit, par le don du pardon et l’audace de la réconciliation.
Le siège patriarcal de Bkerké : depuis 1830, Bkerké est la résidence d’hiver du patriarche maronite. Située à 200 mètres d’altitude, surplombant la baie de Jounieh, elle est le centre spirituel et pastoral de l’Église maronite.
Le transfert du siège patriarcal depuis Qannoubine à Bkerké marqua un tournant : le Liban devenait foyer, et le patriarche portait la « gloire du Liban ».
Les murs de Bkerké renferment une histoire séculaire de gouvernance spirituelle, de dialogue œcuménique et d’accueil. En tant que siège patriarcal, il symbolise la responsabilité pastorale de veiller à l’unité, à la doctrine et à la vie liturgique du peuple maronite et, par-là, à la communion ecclésiale plus large.
C’est là que Benoît XVI, lors de son voyage apostolique le 15 septembre 2012, s’adressa aux jeunes en disant : « Vous vivez aujourd’hui dans cette partie du monde qui a vu la naissance de Jésus et le développement du christianisme. C’est un grand honneur ! Et c’est un appel à la fidélité, à l’amour de votre région et surtout à être des témoins et des messagers de la joie du Christ, car la foi transmise par les apôtres conduit à la pleine liberté et à la joie, comme l’ont montré tant de saints et de bienheureux de ce pays. Leur message éclaire l’Église universelle. Il peut continuer à éclairer vos vies. (…). Le Christ vous dit : Je vous donne ma paix (Jn 14, 27). Là est la véritable révolution apportée par le Christ, celle de l’amour. »
Le couvent de la Croix à Jal
el-Dib : fondé en 1921 par le bienheureux Abouna Yaacoub, le couvent de la Croix est devenu en 1951 un hôpital psychiatrique reconnu, accueillant plus de 3 000 patients et personnes marginalisées de toutes confessions. Ce lieu est l’un des plus puissants témoins de la charité chrétienne au Liban.
Lieu de compassion et de soin, il incarne la charité active de l’Église. Les religieuses de la Congrégation des sœurs franciscaines de la Croix du Liban, fondée également par le bienheureux Abouna Yaacoub, y pratiquent l’art-thérapie, la psychothérapie et l’ergothérapie, dans un esprit de service universel. Le fondateur disait : « Ma confession est le Liban et les souffrants. » À lui s’adressa Benoît XVI, le jour même de sa béatification le 22 juin 2008, « espérant de tout cœur que son intercession, unie à celle des saints libanais, obtienne pour ce bien-aimé pays martyrisé, qui a trop souffert, de marcher enfin vers une paix stable. »
Le Saint-Père, en visitant ce lieu, vient embrasser les plaies cachées du Liban, et rappeler que le Christ souffre encore aujourd’hui dans les pauvres, les exclus, et les malades.
La baie de Saint-Georges et de Saint-André (front maritime de Beyrouth) : le sommet du voyage apostolique se déroulera sur les rives de la baie de Beyrouth, là où, selon la tradition ancienne, saint Georges a vaincu et terrassé, par la foi, le dragon, symbole du mal. Là aussi, saint André, frère de saint Pierre, a évangélisé les premières communautés.
Saint Georges, figure martyriale et protectrice, et saint André, apôtre évangélisateur, conjuguent dans la symbolique du site l’alliance entre témoignage martyrial et appel missionnaire.
Jusqu’au haut Moyen Âge, Beyrouth était consacrée au Christ Sauveur.
Ce n’est qu’au XIVe siècle que saint Georges devient une figure centrale dans l’histoire spirituelle et symbolique de la capitale, vénéré comme protecteur de la ville et son patron, invoqué par les chrétiens et respecté par les musulmans sous le nom de Khodr ou al-Khadir, symbole du renouveau. Il est vu comme le défenseur de la ville contre les forces du mal, et son image est omniprésente dans les églises, les icônes et les récits populaires.
Saint Georges et saint André incarnent pour Beyrouth la résistance, la foi et l’espérance. Ils rappellent, au demeurant, que la sainteté peut transformer l’histoire, et que la prière peut redonner sens à une cité blessée.
Aux habitants de Beyrouth, le pape François adressa un appel le 2 septembre 2020, s’écriant : « Je m’adresse en particulier aux habitants de Beyrouth, durement éprouvés par l’explosion : frères, reprenez courage ! Que la foi et la prière soient votre force ! N’abandonnez pas vos maisons et votre héritage. Ne perdez pas le rêve de ceux qui ont cru en l’avenir d’un pays beau et prospère. »
Ce lieu, tourné vers la mer, représente l’ouverture du Liban vers le monde. La célébration de l’Eucharistie y devient un signe eschatologique : au bord des eaux, comme sur le rivage de Galilée, le Christ crucifié pour la multitude et ressuscité rassemble ses disciples, leur donne sa paix, et les envoie en mission.
La mer, horizon ouvert, évoque l’universalité de l’Évangile et la vocation missionnaire de l’Église.
La messe pontificale aux bords de cette baie est un moment de proclamation et d’espérance pour le Liban entier : prière pour la paix, bénédiction pour les familles et la jeunesse, appel à la solidarité nationale. La liturgie, célébrée sur le rivage, renverra au mystère pascal : l’Église sortie vers la mer, envoyée aux périphéries, signifiant que la foi se déploie dans la cité et au-delà.
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