La récente visite du député Ali Hassan Khalil, conseiller de Nabih Berry, à Téhéran n’a pas fini de révéler tous ses secrets. C’est vrai que la raison affichée était la participation à un congrès qui se tenait à Téhéran, mais en réalité, elle ne peut pas être dissociée du climat général dans le pays et au sein de la communauté chiite libanaise.
Cette visite est d’ailleurs intervenue au lendemain de la publication par le Hezbollah du fameux communiqué adressé aux trois présidents, qui avait surpris les milieux politiques par son ton ferme et les lignes rouges qu’il fixait, notamment au sujet du dossier des négociations avec Israël. Selon les proches de Aïn el-Tiné, Nabih Berry n’avait apprécié ni la forme ni le fond de ce communiqué, estimant qu’en raison du fait qu’il négocie en général au nom du tandem chiite, le Hezbollah aurait pu lui en parler avant de le publier. La relation entre Amal et le Hezbollah a longtemps été très étroite en raison du lien fort qui existait entre l’ancien secrétaire général Hassan Nasrallah et le président de la Chambre. Mais aujourd’hui, et si les deux formations restent très proches et coordonnent en général leur action, la situation n’est plus la même.
La question s’est donc posée de savoir pourquoi le Hezbollah a publié un tel communiqué, à un tel moment, et pourquoi il a inclus M. Berry parmi les responsables auxquels il est adressé. Pour Aïn el-Tiné, ces questions ne pouvaient pas obtenir des réponses complètes à Beyrouth, c’est pourquoi Ali Hassan Khalil s’est rendu à Téhéran. D’autant que juste après ce communiqué, qui ressemblait à une sonnette d’alarme, voire à un avertissement, le secrétaire général du Hezbollah a prononcé des discours qui se voulaient plutôt rassurants. Naïm Kassem a ainsi affirmé que les habitants israéliens du Nord, qui avaient été longtemps chassés de chez eux par les missiles du Hezbollah, pouvaient être tranquilles, le Hezbollah n’ayant pas l’intention de les bombarder. Ce souci de rassurer les colons des localités frontalières a surpris même les milieux proches du Hezbollah, d’autant que Kassem ne cesse de faire monter la pression en déclarant que la patience a des limites et en affirmant que sa formation a reconstitué sa force. En même temps, il ne cesse de rappeler que le Hezbollah se tient derrière l’État, et il se considère même gagnant avec le déploiement de l’armée libanaise dans la zone au sud du Litani. Ces propos contradictoires ont donc suscité des interrogations au niveau de la base du Hezbollah, mais aussi au sein du mouvement Amal. Il semblait donc nécessaire pour les milieux proches de Aïn el-Tiné d’essayer d’en savoir plus, en s’adressant directement aux autorités iraniennes et en sondant leurs intentions.
Ali Hassan Khalil s’est donc rendu à Téhéran, mais il est resté discret sur ses entretiens. Toutefois, des informations ont commencé à circuler sur le sujet. D’abord, les autorités iraniennes ne veulent pas d’une nouvelle guerre avec les États-Unis et Israël, mais elles s’y préparent car elles ne sont pas tranquilles sur les véritables intentions des Israéliens. D’ailleurs, après les frappes israéliennes contre Doha, les autorités iraniennes sont entrées en contact avec les responsables qataris, d’abord pour condamner l’attaque et ensuite pour affirmer qu’elles ne veulent pas d’une nouvelle guerre et qu’il faut tout faire pour l’éviter. Ce sont peut-être d’ailleurs ces déclarations transmises par le Qatar aux Américains qui poussent ces derniers à hausser le niveau de leurs exigences pour reprendre les négociations sur le dossier nucléaire. Mais en tout état de cause, les Iraniens encourageraient donc le Hezbollah à maintenir le flou sur ses intentions, puisque tous les scénarios restent possibles. Sans être derrière le fameux communiqué adressé aux trois responsables libanais, les Iraniens l’ont probablement inspiré. Au Liban, l’Iran n’encourage pas non plus l’éclatement d’une nouvelle guerre, estimant toutefois qu’il faut rester en état d’alerte. Mais le plus important, c’est que l’Iran continue à se considérer comme le parrain spirituel de la communauté chiite au Liban, même si tous les indices montrent qu’il ne la contrôle pas totalement. Même au sein du Hezbollah, certains groupes préfèrent prendre leurs distances avec Téhéran, considérant que les Iraniens ne les ont pas aidés autant qu’ils le souhaitaient pendant la guerre, et surtout après l’assassinat de Hassan Nasrallah.
Toutefois, dans les circonstances actuelles et avec les pressions maximales exercées sur le Hezbollah et son environnement populaire, il est clair que le seul pays encore prêt à les aider reste la République islamique, même si elle éprouve désormais des difficultés à le faire. D’ailleurs, des sources proches du Hezbollah démentent le fait que celui-ci soit devenu plus étroitement dépendant de l’Iran après la mort de Nasrallah. Ces sources révèlent qu’il y a désormais plusieurs courants au sein du Hezbollah, et ils ne sont pas tous dans la sphère iranienne. Mais l’Iran reste quand même le pays le plus influent au sein de la formation. Et c’est justement pour cette raison que le président de la Chambre a dépêché Ali Hassan Khalil à Téhéran pour expliquer les conditions actuelles dans lesquelles vit la communauté chiite au Liban, avec plus de 400 000 personnes sans domicile et d’autres vivant au milieu des destructions, sans possibilité véritable de reconstruire leurs maisons et leurs localités, faute de fonds et de stabilité. L’Iran, selon les sources précitées, est conscient de cette réalité, mais au final, les clés de la solution sont entre les mains des Américains et des Israéliens.
C’est tellement simple que cela devient difficile à accepter : un chewing-gum, quand il a perdu sa saveur, la seule chose cohérente à faire est de le recracher. Si on continue à le mâcher, il fatigue la mâchoire, déforme les dents et ne sert plus qu’à être mâché par inertie. NABIH BERRY, L’IRAN, LE HEZBOLLAH : c’est le chewing-gum qu’il faut recracher. Il n’a plus de goût ni de couleur. Il ne crée que de la fatigue et il est mâché sans aucun sens.
13 h 37, le 22 novembre 2025