Les militants regroupés devant le siège du ministère des Travaux publics et des Transports, a Hazmieh, le mardi 18 novembre, avec des slogans dénonçant la multiplication d'atteintes sur les biens-fonds publics maritimes. Photo envoyée par la campagne "Le Littoral pour tous"
La campagne « Le littoral pour tous », qui regroupe des associations et des militants de différentes régions du Liban, a organisé mardi un sit-in devant le ministère des Travaux publics et des Transports à Hazmieh (à l’est de Beyrouth), afin de dénoncer « l'inaction » du ministère face aux empiètements toujours plus nombreux sur le littoral. Au cours de cette manifestation, quelques dizaines d'activistes présents ont également critiqué la légalisation d’empiètements sur les biens-fonds publics maritimes « sous prétexte d'entretien et d'octroi de permis contraires au plan global d'aménagement du territoire libanais, sans appliquer la loi ni protéger le droit des citoyens à accéder à la plage », lit-on dans le communiqué de la campagne.
La campagne « Le littoral pour tous » compte des dizaines d’ONG et avait tenu une conférence de presse le 11 novembre dernier pour dénoncer la multiplication des agressions contre le littoral, du nord au sud. Elle avait aussi dénoncé « la marginalisation de ces dossiers dans les couloirs des ministères », rappelant « la responsabilité que la protection du littoral retombe principalement sur le ministère des Travaux publics et des Transports », d’où la décision d’y tenir le sit-in une semaine plus tard. « Les ministères concernés ne se sont pas suffi d’ignorer nos requêtes mais ils sont en train d’octroyer des ‘permis de maintenance’ aux contrevenants, qui sont autant de permis déguisés ouvrant la voie à des empiétements sur les biens publics », avaient alors dénoncé les activistes.
Au cours du sit-in et au nom de la campagne, Maggie Najm a dénoncé « toute une série d'atteintes (aux biens-fonds publics maritimes), s'étendant sur l’ensemble de la côte libanaise, de la ville de Batroun à Thoum (caza de Batroun, Liban-nord), de Kfar Abida (caza de Batroun) à Amchit (caza de Jbeil, Mont-Liban), et jusqu'à Tyr, Abbassiyé et Naqoura (caza de Tyr, Liban-Sud), où les violations se multiplient sans contrôle, transformant des millions de mètres carrés (de plages) en blocs de béton qui menacent le droit public et les espaces communs ». « Allons-nous attendre que toute la côte soit bétonnée avant d'agir ? », s’est-elle demandé.
Décisions inadéquates et inaction persistante
La campagne rappelle par ailleurs dans son communiqué que « 65 % des décisions prises par la Direction générale de l’urbanisme (DGU) entre 2022 et 2023 vont à l'encontre du plan global d'aménagement du territoire libanais ». Elle estime que « le littoral libanais est devenu l'otage d'un système qui protège les contrevenants », sans aucune intervention sérieuse pour mettre un terme aux agressions.
La campagne réitère ses revendications : la suppression immédiate de toutes les violations, en particulier les plus récentes, l'annulation et la suspension immédiates de tous les permis d'entretien accordés à des personnes les ayant détournés au profit de constructions proprement dites, et le rejet de toute demande de permis non accompagnée d’une étude d'impact environnemental.
Les activistes demandent par ailleurs à la DGU de ne plus accorder de permis contraires au plan global d'aménagement du territoire libanais, et d'ouvrir une enquête pour demander des comptes à tous ceux qui sont impliqués dans l’octroi de permis d'entretien, car ceux-ci se sont transformés en façades pour la construction de complexes touristiques.
« Toute atteinte au littoral constitue une agression directe contre la population », poursuit la campagne dans son communiqué. Elle annonce par ailleurs qu'elle prendra « toutes les mesures nécessaires pour faire respecter la loi, car le peuple n'a plus le luxe d'attendre des solutions à des anomalies qui persistent ».
Les empiétements sur le littoral libanais sont nombreux, notamment les plus récents, et ils ont été répertoriés par la campagne : un complexe balnéaire dans la ville de Batroun (Liban-Nord) qui s’est construit à partir d’une plateforme en bois sans aucun permis conséquent, un autre dans la même région qui interdit l’accès à la plage, deux autres complexes à Thoum, l’un sous couvert d’un permis accordé à une « tente » et l’autre dont la construction s’est poursuivie malgré des décisions successives d’arrêt des travaux…
La campagne « Le littoral pour tous » mentionne aussi deux villas de particuliers dans le même cas, l’une à Kfarabida dont la propriétaire refuse d’ouvrir un accès à la plage, et l’autre à Amchit qui menace une grotte fréquentée par un phoque-moine, une espèce en danger.
Au Liban-Sud, à Tyr, un grand projet auquel était mêlée l’armée libanaise a été arrêté de justesse, mais non sans avoir occasionné un impact sur la réserve maritime de la ville. La réserve de Abbassiyé a également été victime d’un projet en cours de construction. Encore plus au sud, à Naqoura, un projet a été interrompu, mais les empiétements n’ont pas été démantelés.


L'accès au littoral doit être préservé, garanti par l'Etat. Des études d'impact environnemental permettent de vérifier la pertinence de travaux d'aménagement quels qu'ils soient
20 h 50, le 29 novembre 2025