Le salon Milipol, événement mondial consacré à la sécurité intérieure des États, à Villepinte, près de Paris, en novembre 2019. Photo Bertrand Guay/AFP
Sous haute tension en raison de la présence annoncée d'entreprises israéliennes, Milipol, le salon international de la sécurité intérieure s'ouvre mardi à Villepinte, près de Paris, dans un contexte de montée des menaces hybrides et d'explosion des dépenses.
Trente-neuf entreprises israéliennes feront partie de 1 200 exposants de la 24e édition de ce salon biennal, « le plus grand au monde » dédié au sujet et organisé par le ministère de l'Intérieur qui accueillera ministres et professionnels de la sécurité et de la sûreté venus d’une centaine de pays.
Malgré les controverses récurrentes depuis 2024 autour de la participation israélienne aux salons de défense en France, le président français Emmanuel Macron a autorisé « l'ensemble des entreprises israéliennes qui le souhaitent » à exposer à Milipol, a indiqué jeudi l'Élysée justifiant cette décision par l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu entre Israël et le Hamas le 10 octobre et la volonté de « contribuer à un dialogue constructif » dans la région.
Quelques jours avant cette annonce, la presse israélienne avait affirmé que huit entreprises israéliennes n'auraient pas le droit d'exposer au salon.
En plein salon du Bourget en juin, l'accès de stands israéliens avait été condamné avec des murs et des bâches noires, provoquant la colère de Tel-Aviv.
Les Israéliens avaient également été empêchés d'exposer en France au salon Eurosatory consacré à la défense terrestre au printemps 2024 et autorisés in extremis par la justice à exposer au salon Euronaval à l'automne.
Interrogé par l’AFP, le préfet Yann Jounot, organisateur de Milipol, renvoie la responsabilité à l'Etat.
« Milipol est un salon d'État. Ne sont autorisées à exposer que des entreprises autorisées par l'État. L’État a autorisé la présence de 39 entreprises israéliennes, j’applique cette décision », déclare-t-il.
Menaces « hybrides »
Dans un climat géopolitique tendu, le marché de la sécurité se porte particulièrement bien. « Compte tenu de l'état du monde et du développement des menaces hybrides, se protéger devient de plus en plus nécessaire, ce qui explique le dynamisme du marché de la sécurité », selon Yann Jounot.
Contrairement à la défense, où seuls les États achètent les technologies, le marché de la sécurité compte bien plus de clients : l'État, les collectivités, mais aussi des entreprises privées et publiques, souligne le préfet.
« C'est un marché très ouvert et extrêmement compétitif », souligne-t-il.
Le caractère désormais entièrement numérisé des systèmes de sécurité – flux vidéo, réseaux d’alerte, radios cryptées, bases de données – augmente leur vulnérabilité. « Tout est dématérialisé : ce sont des fragilités », alerte Yann Jounot.
Dans ce contexte, la cybersécurité devient incontournable.
Des plateformes pour lutter contre la désinformation avec la détection de discours malveillants à l'aide de l'IA seront présentés au salon, aux côtés de solutions innovantes de lutte anti-drones et d'équipements de protection dernier cri.
Les dépenses mondiales de sécurité ont atteint 739 milliards d’euros en 2024, en hausse de 5,3%, un rythme presque deux fois supérieur à la croissance du PIB mondial (3,2%, selon le FMI).
« Depuis quatre ans, la filière de la sécurité est dans un cycle de croissance inédit », analyse Patrick Haas, directeur des publications En toute sécurité. Selon lui, « il faut remonter au lendemain des attentats de 2001 pour retrouver une telle période de dynamisme continu ».
La filière française suit la tendance : le marché de sécurité a progressé de 6,4% dans l'Hexagone en 2024, pour atteindre 38,1 milliards d’euros, porté à la fois par la demande intérieure et l'exportation – notamment vers l’Ukraine.


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