Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

Un État pour les migrants, présidé par Zohran Mamdani

Un nouveau chapitre s’est écrit dans l’histoire politique américaine mercredi dernier, à l’issue du dépouillement des élections locales. Le candidat démocrate Zohran Mamdani a été élu maire de New York, premier musulman de l’immigration élu pour cette fonction et le plus jeune maire depuis 1889.

Le jeune homme américain d’origine indienne a conquis le cœur non seulement de ses électeurs new-yorkais, mais aussi celui de millions de migrants et de musulmans de la diaspora à travers le monde. Son discours ne se concentre pas sur les difficultés de ces communautés, mais sur leur pouvoir d’agir et leur capacité à transformer la société qui les entoure.

J’ai suivi avec fascination l’ascension de ce politicien singulier. Il n’utilise pas l’idéologie, mais possède toutes les qualités d’un leader moderne : un programme progressiste et concret, une présence charismatique, un ton juste, du respect et une humilité.

Le succès de Mamdani marque une rupture inédite dans le paysage politique, non seulement américain mais occidental. Contrairement à d’autres responsables issus de l’immigration, comme le président Barack Obama, un fils de la classe politique traditionnelle, Mamdani n’est pas un migrant bien intégré au sens classique. Il assume pleinement ses origines et sa culture tout en parlant d’abord à sa communauté immédiate avant de s’adresser à la ville entière.

Cette rupture laissera sûrement des traces, peut-être plus durables qu’on ne le pense, et on ne saurait exagérer son importance, c’est peut-être un de ces moments symboliques majeurs de notre siècle.

« Je peux imaginer quelque part une petite fille qui apporte à l’école une boîte remplie de kebbé ou d’un autre plat « étrange » et qui se dit : peut-être qu’un jour, moi aussi, je pourrai diriger une grande ville américaine », selon la journaliste syro-américaine Hala Gorani sur son compte Instagram.

L’autrice du livre But You Don’t Look Arab: And Other Tales of Unbelonging dit également : « J’ai grandi à une époque où ce genre de scénario n’existait que comme une plaisanterie entre amis, pas comme un titre d’actualité. On nous disait que ces espaces n’étaient pas faits pour nous, à moins de cacher qui nous étions. »

Je me suis profondément reconnu dans cette histoire, comme déjà dans le parcours de Hala Gorani, que j’ai toujours considérée comme un modèle journalistique. Nous partageons, par hasard, la même date de naissance, le 1er mars, la même ville d’origine, Alep, et même un passage commun par Paris, où elle a été diplômée de Sciences Po en 1995.

Plus tard, j’ai compris qu’une autre raison expliquait ces sentiments. La chanson du jeune artiste néerlandais d’origine congolaise Claude, représentant les Pays-Bas à l’Eurovision 2025, m’avait bouleversé pour les mêmes raisons.

Ce jeune homme, fils de réfugiés ayant fui la guerre au Congo, a grandi dans les quartiers d’immigrés des Pays-Bas où rêver semblait un luxe. Il a participé à The Voice Kids dans son pays non pour devenir une star, mais, comme il l’a dit au site 20 Minutes, pour gagner un billet pour Disneyland Paris.

Depuis ce jour, une question ne m’a pas quitté : les réfugiés et migrants, malgré leurs origines et leurs langues différentes, partagent-ils une identité commune ?

Les recherches récentes répondent par l’affirmative. Une étude publiée en 2023 par le Journal of Refugee Studies de l’Université d’Oxford montre que les réfugiés développent une identité sociale collective qui transcende les frontières nationales et linguistiques, forgée par l’expérience commune du déracinement et de la souffrance. Cette identité partagée leur redonne confiance et leur permet de se sentir à leur place dans la société.

Une autre étude de l’OMS souligne que l’identité des réfugiés se reconstruit en permanence à travers les récits collectifs et le soutien mutuel. Cela permet à des individus venus d’horizons divers de former des communautés cohérentes.

Sur la scène de The Voice Kids des Pays-Bas, Claude a choisi de chanter la chanson Papaoutai de Stromae, artiste belgo-rwandais marqué lui aussi par la perte d’un père pendant la guerre. Le lien symbolique était évident, Claude a également perdu son père pendant la guerre du Congo et a été élevé par sa mère, à qui il a plus tard chanté C’est la vie sur la scène de l’Eurovision.

Les membres des diasporas à travers le monde, migrants et réfugiés par millions, ressentent des traumatismes communs et tissent entre eux des liens invisibles. Ils réagissent émotionnellement aux récits des autres : en Europe, ils se solidarisent avec ceux bloqués à la frontière mexicaine ; en Amérique, ils vibrent face aux naufrages en Méditerranée comme s’ils s’y noyaient eux-mêmes.

Une étude publiée en 2020 par l’Université d’Utrecht, intitulée « Local identity and the reception of refugees: the example of Riace », montre que les expériences communes de déplacement et de déracinement engendrent une identité transnationale parmi les réfugiés. Il s’agit d’une identité fondée non sur la nationalité ou la langue, mais sur la mémoire collective et les luttes partagées.

C’est ce qui explique la création d’amitiés communes, la vie dans des quartiers partagés, et même des liens affectifs qui auraient paru improbables autrefois, comme le mariage entre Zohran Mamdani, d’origine indienne, et Rama Alduwaji, d’origine syrienne.

Et c’est précisément sur cette identité sociale commune, plutôt que sur des appartenances religieuses, ethniques ou partisanes, que Mamdani a bâti sa réussite politique.

Une identité transversale et inclusive qui dépasse les clivages idéologiques et nationaux. Une patrie imaginaire façonnée par les rêves de ceux que le monde appelle encore « migrants ». Et à la tête de cet État symbolique, il y a aujourd’hui un président : Zohran Mamdani, peut-être est-ce là le début d’une autre histoire...

Journaliste

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Un nouveau chapitre s’est écrit dans l’histoire politique américaine mercredi dernier, à l’issue du dépouillement des élections locales. Le candidat démocrate Zohran Mamdani a été élu maire de New York, premier musulman de l’immigration élu pour cette fonction et le plus jeune maire depuis 1889. Le jeune homme américain d’origine indienne a conquis le cœur non seulement de ses électeurs new-yorkais, mais aussi celui de millions de migrants et de musulmans de la diaspora à travers le monde. Son discours ne se concentre pas sur les difficultés de ces communautés, mais sur leur pouvoir d’agir et leur capacité à transformer la société qui les entoure.J’ai suivi avec fascination l’ascension de ce politicien singulier. Il n’utilise pas l’idéologie, mais possède toutes les qualités d’un leader...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut