Des vêtements sèchent sur un abri de réfugiés soudanais dans le camp d’Oure Cassoni, au Tchad, le 12 novembre 2025. Photo Joris Bolomey/ AFP
Les paramilitaires ont mené jeudi plusieurs frappes de drones sur une ville du nord du Soudan abritant un important barrage selon l'armée, alors que les combats et les déplacements s'intensifient dans la région centrale du Kordofan.
Mercredi, les ministres des Affaires étrangères du G7 ont tiré la sonnette d'alarme sur l'escalade du conflit dans le troisième plus grand pays d'Afrique, au coeur depuis 2023 d'une guerre sanglante de pouvoir entre l'armée du général Abdel Fattah al-Burhane et les Forces de soutien rapide (FSR) de son ancien bras droit Mohamed Daglo.
Les ministres ont déploré son « impact dévastateur » sur les civils et « notamment la famine qui a conduit à la plus grande crise humanitaire au monde ».
Dans la foulée, le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a demandé l'arrêt des livraisons d'armes aux paramilitaires : « Quelque chose doit être fait pour arrêter les livraisons d'armes et le soutien dont bénéficient les FSR ». Les Émirats arabes unis, alliés des Etats-Unis, sont régulièrement accusés par l'armée et par des rapports indépendants de fournir des armes, du carburant et des mercenaires aux FSR, ce qu'ils démentent.
770 km à pied
Dans le nord du Soudan, les attaques de drone « ont visé le quartier général de l'armée, l'aéroport et le barrage de Merowe », une ville située à environ 350 kilomètres au nord de la capitale Khartoum, a indiqué l'armée dans un communiqué, en attribuant ces frappes aux FSR et en affirmant les avoir interceptées.
Aucune information sur d'éventuelles victimes n'était disponible dans l'immédiat.
Une source des services de renseignement a fait état de sept missiles tirés, un correspondant de l'AFP se trouvant dans la région a entendu dix tirs, des témoins évoquent jusqu’à 28 détonations entre minuit et l’aube. La ville de Merowe a été plongée dans le noir après une coupure totale d’électricité, selon ces mêmes témoins.
Le recours aux attaques de drones est devenu courant ces derniers mois dans le conflit. Les FSR ont à plusieurs reprises visé des infrastructures militaires et civiles, notamment à Khartoum en octobre, et à Port-Soudan, dans l'est, au printemps. L'armée frappe de son côté des positions tenues par les FSR.
Fin octobre, les paramilitaires se sont emparés d'El-Facher, dernier bastion de l'armée au Darfour, prenant le contrôle total de cette région de l'ouest couvrant le tiers du pays.
Depuis, près de 90.000 civils, - hommes, femmes, enfants dont les trois quarts étaient déjà des déplacés - ont fui la ville et ses environs, selon l'Organisation internationale pour les migrations (OIM).
Kifah, une jeune femme d'une vingtaine d'année, a réussi à rallier à pied le camp de déplacés d'Al-Dabbah, une marche de plus 770 km. La jeune femme enceinte, veuve depuis fin octobre, s'est dite « épuisée par le manque de nourriture et d'eau », dans un témoignage recueilli par une équipe de l'AFP dans le cadre d'un convoi de presse organisé par l'administration pro-armée.
« Cadavres le long des routes »
Après une visite sur place, le général Burhane a affirmé que les civils fuyant les zones contrôlées par les FSR, notamment El-Facher « préfèrent parcourir des milliers de kilomètres » vers les territoires de l'armée, « où ils trouvent sécurité et moyens de subsistance », dans un message jeudi sur son compte X. Les négociations pour obtenir une trêve humanitaire sont dans l'impasse depuis des mois.
Des témoignages de déplacés d'El-Facher « décrivent l'impact des (frappes de) drones qui tuent les civils à l'aveugle, ainsi que les violences sexuelles (...) et les exécutions de jeunes hommes », a déclaré mercredi soir à l'AFP Amy Pope, la patronne de l'OIM.
Depuis la chute de la ville, les affrontements se concentrent sur la riche région pétrolifère du Kordofan voisin, zone stratégiquement située entre la capitale Khartoum et le Darfour.
Quelque 50.000 civils y « ont fui les combats », a précisé Mme Pope mercredi soir lors d'une visioconférence depuis le Soudan. « De nombreux rapports font état des mêmes violences » que celles rapportées à El-Facher, avec « des violences sexuelles, des civils abattus », « des cadavres le long des routes », a-t-elle dit en soulignant les difficultés de communication avec les deux régions.
Babanusa, dernier bastion de l’armée au Kordofan-Ouest et nœud ferroviaire stratégique, a été ces derniers jours le théâtre d’affrontements et d’incendies, selon des images satellites analysées par l'AFP et Vista map, une plateforme spécialisée.
Cette ville est assiégée depuis plusieurs mois, comme El-Obeid (Kordofan-Nord), Kadougli et Dilling (Kordofan-Sud), toutes coupées de toute aide extérieure. Lundi, les paramilitaires ont affirmé sur leur chaîne Telegram avoir déployé « en grand nombre » leurs combattants autour de Babanusa pour s’emparer du quartier général de l’armée.


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin