« Nous méritons de mettre un point final à ce chapitre, refermer cette histoire et tourner la page du 7-Octobre », affirme Elad Or, qui attend le retour de la dépouille de son frère tué et enlevé le 7 octobre 2023 lors de l'attaque du Hamas en Israël.
Son frère Dror Or est l'un des quatre derniers otages du 7-Octobre, tous morts, dont Israël attend le retour des dépouilles dans le cadre de l'accord de cessez-le-feu avec le mouvement islamiste palestinien entré en vigueur à Gaza le 10 octobre sous pression américaine.
A la faveur de la trêve, le Hamas a relâché les 20 derniers otages vivants en échange de la libération de quelque 2.000 prisonniers palestiniens détenus par Israël et rendu les restes de 24 des 28 otages décédés.
« L'accord fonctionne et c'est dur de faire partie des derniers alors que presque tout le monde a déjà été libéré », confie à l'AFP Elad Or, 41 ans, directeur d'une association d'insertion.
Dror Or, 48 ans et fromager au kibboutz Beeri, théâtre d'un des pires massacres commis par le Hamas le 7-Octobre, a été tué ce jour-là avec son épouse Yonat et son corps emmené à Gaza pour servir de monnaie d'échange, comme ceux de 43 autres personnes.
Deux de leurs trois enfants, Noam (16 ans) et Alma (13 ans) ont été enlevés pendant l'attaque et relâchés lors de la première trêve fin novembre 2023.
A leur libération, ils apprennent la mort de leur mère, mais leur père est alors présumé vivant:l'armée ne conclura à sa mort qu'en mai 2024.
« Une autre fin »
Sur les 207 otages du 7-Octobre emmenés vivants à Gaza, 41 sont morts durant leur captivité. La plupart des 166 otages rentrés vivants ont été libérés au cours des trois trêves de la guerre.
Outre Dror Or, restent encore dans Gaza les dépouilles des Israéliens Meny Goddard et Ran Gvili et celui d'un ouvrier thaïlandais, Sudthisak Rinthalak.
Depuis un mois se succèdent les enterrements d'otages, certains rassemblant des milliers de personnes, comme lors des funérailles du colonel Assaf Hamami, le 5 à Tel-Aviv.
« J’aurais tellement voulu qu'il y ait une autre fin - une fin vraiment heureuse - mais la vie en a décidé autrement. Et c'est probablement la meilleure fin que j'aurais pu imaginer depuis le 7 octobre. Savoir que tu es ici nous permet enfin de respirer à nouveau, après deux ans sans air, a dit sa veuve Saphir Hamami devant sa tombe au grand cimetière militaire de Tel-Aviv.
Présents pour soutenir la famille, les parents du soldat Itay Chen, tué également le 7-Octobre avaient confié à l'AFP leur espoir de pouvoir inhumer au plus vite leur fils défunt.
« Ramener tout le monde »
Les autorités « n'ont pas le droit de passer à autre chose. Ils doivent ramener tout le monde. C'est la chose la plus juive qui soit: que chaque soldat et chaque personne dans ce pays sache que si quelque chose leur arrive, l'État sera là pour eux et pour leur famille », avait expliqué sa mère, Hagit Chen, quelques heures avant la restitution du corps de son fils, enterré le lendemain dans la même parcelle.
Plus de deux ans après le 7-Octobre, le retour des restes nécessite une identification se déroulant au Centre national de médecine légale à Tel-Aviv.
Son directeur, le docteur Chen Kugel qui a identifié plus de 80 corps d'otages explique à l'AFP que « certains médecins ont quitté leur poste durant la guerre car c'est trop difficile ».
Pour ne pas sombrer, cet homme qui a identifié la majorité des plus de 1.220 victimes de l'attaque du Hamas dit « ne pas penser à la personne durant le processus d'identification ».
« Quand vous êtes avec le corps, vous ne pensez pas à la personne - vous vous concentrez » sur l'autopsie, note-t-il. « Mais quand vous ouvrez ensuite le journal ou la télévision, et que vous découvrez qui était cette personne, ses rêves, sa famille, ce qu'elle aimait, ses projets, alors vous vous sentez lié à elle et vous prenez conscience (...) qu'elle a eu une vie. »

