De la fumée s'élève du site d'un raid aérien israélien qui a ciblé le village de Chamaa au Liban-Sud, le 16 novembre 2024. Photo d'archives Kawnat Haju/AFP
Une enquête de l’armée israélienne, sur la mort en novembre 2024 d’un soldat et d’un civil, archéologue, entrés au Liban-Sud occupé, n’a pas permis de tirer des conclusions claires sur les circonstances de leur présence dans cette zone de combat, et sur les responsabilités au sein de la troupe ayant mené à cet incident, rapporte lundi le quotidien Haaretz. Suite à cette enquête, dont les résultats ont été communiqués à la famille de Gur Kehati, le soldat tué près de Chamaa, dans le caza de Tyr, aucun responsable militaire n’a rendu de compte, hormis un colonel réserviste qui avait déjà annoncé qu’il allait prendre sa retraite, dénonce la famille.
Les deux hommes, Gur Kehati et Ze’ev Erlich, un archéologue et chercheur spécialiste des mentions d’Israël dans la Bible, avaient été tués dans des tirs du Hezbollah alors qu’ils se trouvaient dans la citadelle croisée de Chamaa. Il est théoriquement interdit aux civils israéliens d’entrer sans autorisation et procédures logistiques strictes de l’armée israélienne, dans les régions occupées du Liban-Sud.
Un mois après l’incident, des témoignages recueillis par le Haaretz avaient révélé que l’opération avait été menée sans que les deux hommes ne soient correctement équipés pour entrer dans la forteresse.
Selon l’enquête militaire, citée par le quotidien israélien de gauche, le chef du siège de la brigade Golani, Yoav Yarom, qui avait autorisé l’entrée d’Erlich au Liban en violation des protocoles sécuritaires, avait demandé aux troupes de s’écarter de l’itinéraire opérationnel prévu, ce qui avait conduit l’unité dans un secteur où elle s’est retrouvée confrontée à des miliciens du Hezbollah. L’enquête a conclu que l’unité n’était pas préparée à une confrontation, laquelle s’est produite alors qu’Erlich et Kehati visitaient l’ancienne mosquée et la forteresse de Chamaa. Bien que l’armée ait considéré le site comme sécurisé, il a été établi que l’entrée de ces deux derniers dans la zone n’avait pas été coordonnée et qu’aucun des officiers supérieurs responsables de l’unité ne savait qu’ils s’y trouvaient. En septembre 2025, le parquet militaire israélien avait annoncé son intention de poursuivre Yoav Yarom pour homicide par négligence, sous réserve d’une audience préalable. Cependant, l’avocat général militaire, le général de division Itay Offir, avait finalement décidé qu’aucune poursuite ne serait engagée contre lui. Selon les informations obtenues par Haaretz, les enquêtes pénales visant Yarom ainsi que le commandant de compagnie, désigné uniquement par l’initiale « Y », ont été classées sans qu’aucun avis juridique écrit ni aucune justification officielle ne soient publiés.
Ces conclusions ont provoqué la colère et l’incompréhension des proches de Gur Kehati, qui ont également dénoncé la lenteur de la procédure, estimant que l’armée avait mis un an et huit mois à « accomplir le strict minimum. »
En janvier 2025, le chef d’état-major de l’époque, Herzi Halevi, a suspendu l’enquête interne menée par la chaîne de commandement dans l’attente des conclusions de la police militaire, tout en demandant que l’enquête pénale soit menée plus rapidement. Cette enquête ne s’est toutefois achevée qu’un an plus tard. Près de vingt mois après la mort de leur fils, les parents de Gur Kehati ont menacé de saisir la Haute Cour de justice contre l’armée, faisant état d’un « profond sentiment d’injustice. »
En novembre 2024, la présence d’Erlich au Liban-Sud avait fait débat, alors qu’il est notamment connu comme faisant partie d’un groupe de colons extrémistes. Sur les réseaux sociaux, des comptes anti-israéliens avaient dénoncé le fait que l’archéologue était connu, « sa falsification de l'histoire » cherchant à démontrer que le territoire sur lequel il se trouvait appartient à Israël.
L’armée israélienne s’était retirée début 2025 du Liban-Sud, où elle occupait une bande de territoire depuis l’invasion terrestre ayant commencé en pleine offensive contre le Hezbollah en septembre 2024, à l’exception de plusieurs positions le long de la frontière. Elle a toutefois envahi à nouveau le Sud, dans une zone de près de 620 km2, depuis la réouverture du front contre Israël par le mouvement chiite le 2 mars 2026.

