Le président Joseph Aoun rencontre la conseillère du président Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre, et l’ambassadeur de France au Liban, Hervé Magro, le 13 novembre 2025. Photo diffusée par la présidence libanaise
Le président Joseph Aoun a déclaré jeudi à la conseillère du président Emmanuel Macron, Anne-Claire Legendre, que « le soutien moral » affiché par les partenaires du Liban ne lui « suffit » pas pour lui permettre d'accomplir ses missions et que l’armée « avait besoin de moyens et d’équipements militaires, qui devraient être assurés par la conférence de soutien à l’armée et aux forces armées libanaises, que le président français s’engage à organiser en coordination avec les États-Unis et l’Arabie saoudite ».
Selon le communiqué de la présidence, le chef de l'État a également abordé « la préparation d’une conférence sur la reconstruction, pierre angulaire pour permettre aux habitants du Sud, dont les villages et maisons ont été détruits, de revenir » et a souligné que « la reconstruction ne peut se faire dans le contexte des attaques quotidiennes israéliennes, qui visent désormais les civils et les infrastructures, comme récemment à Blida ».
Le chef de l'État s’exprimait à l’issue de sa réunion avec Anne-Claire Legendre, arrivée mercredi soir à Beyrouth pour effectuer une tournée auprès des responsables libanais. Après son passage à Baabda, elle s'est rendue à Aïn el-Tiné pour un rendez-vous avec le président du Parlement, Nabih Berry, puis au Grand Sérail pour un face-à-face avec le Premier ministre Nawaf Salam, avant d’enchaîner avec une autre réunion avec le ministre des Affaires étrangères, Joe Raggi.
À l’occasion de cette visite, qui intervient quelques jours après celle d’une importante délégation dépêchée par le Trésor américain à Beyrouth, alors que le forcing diplomatique de l’administration Trump au Liban s’intensifie et que l’accord de cessez-le-feu au Sud-Liban – dont la France est l’un des pays garants, aux côtés des États-Unis – est plus que jamais fragilisé, le président Aoun a informé son interlocutrice que la poursuite de l’occupation israélienne et ses « actes hostiles » empêchaient l’armée libanaise de se déployer dans tout le Liban-Sud, selon le communiqué publié par la présidence.
« Malgré les violations israéliennes, l’armée libanaise continue ses opérations dans les zones déployées au sud de Litani, notamment pour confisquer armes et munitions, inspecter tunnels et dépôts, et exercer pleinement l’autorité de l’État conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité et au plan de sécurité élaboré par l’état-major de l’armée sur demande du gouvernement libanais », a déclaré le chef de l'État.
Il a également souligné que « l’armée exécute les instructions qui lui sont données avec précision » et a accusé Israël, à travers ses « campagnes », de chercher à « saper sa capacité et son rôle, qui bénéficie du soutien de tous les Libanais ». M. Aoun a rappelé « que 12 soldats sont tombés au cours de leurs missions, et que toute accusation de négligence » de la part des Israéliens n'est que « pure invention ».
Malgré le cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 avec le Hezbollah, Israël a bombardé presque tous les jours, avec une intensité variable, plusieurs cibles au Liban-Sud, dans la Békaa et même dans la banlieue de Beyrouth à quelques reprises. L’armée israélienne continue en outre d’occuper au moins cinq sites stratégiques au Liban-Sud. L’État hébreu justifie ces violations en indiquant vouloir empêcher le Hezbollah de se réarmer. Le mouvement chiite, de son côté, refuse d’envisager de remettre son arsenal à l’armée libanaise, comme le lui demande officiellement le gouvernement de Nawaf Salam depuis l’été, tant qu’Israël ne met pas fin à ses violations du cessez-le-feu.
La négociation, seule voie pour rétablir la stabilité
Le président Aoun a également « exprimé son étonnement de voir certains pays reprendre la rhétorique israélienne sur le non-respect par le Liban de l’accord de novembre 2024, alors que ces mêmes pays ferment les yeux sur les agressions continues commises par Israël », a rapporté la présidence.
M. Aoun a par ailleurs évoqué « la confiance existante entre l’armée et les habitants des villages et des localités situés au sud du Litani, soulignant l’importance de renforcer cette confiance, car dans un an, l’armée assumera seule toutes les missions de sécurité, après le début du retrait de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) », prévu au début de l’année 2026.
Dans ce contexte, le chef de l’État a affirmé qu’il « accueillait favorablement toute participation européenne au maintien de la stabilité après le retrait de la Finul ». Il a rappelé que les effectifs de l’armée libanaise atteindront, d’ici la fin de l’année, 10 000 militaires, et que ses missions s’étendent à l’ensemble du territoire : « protection des frontières, lutte contre le terrorisme, contrebande d’armes et de drogues, maintien de la paix civile et autres tâches sécuritaires sensibles ». « Il a de nouveau insisté sur l’importance de soutenir l’armée afin qu’elle puisse accomplir ce qui est attendu d’elle à l’échelle nationale », a précisé la présidence.
Le chef de l'État a en outre réaffirmé que la négociation reste la seule voie pour rétablir la stabilité dans le Sud et dans le pays, avec « le soutien extérieur des frères et amis du Liban, notamment de la France et des États-Unis ». Il a aussi souligné que le « Mécanisme » pourrait faire « faire partie des instances susceptibles de parrainer un tel processus de négociation ». « Les expériences similaires dans plusieurs pays ont montré que la négociation a toujours été la solution durable aux guerres inutiles », a également souligné la présidence.
Au début du mois, le président Aoun avait affirmé que le Liban n’avait d’autre choix que la négociation, dans une claire allusion à Israël, pendant que les pressions américaines et israéliennes pour des pourparlers directs se font de plus en plus insistantes. Israël avait proposé des négociations directes il y a quelques mois, mais Beyrouth avait refusé. Aujourd’hui, la proposition revient sur le tapis dans un contexte de menaces d’opérations militaires d’envergure. Le Liban semble prêt à accepter d'engager des pourparlers pour éviter l’escalade, mais l’État hébreu pourrait ne pas se contenter de cette démarche et vouloir négocier sous le feu, dans le but d’obtenir le désarmement du Hezbollah et d’imposer une nouvelle réalité politique.
« La réforme, un choix national »
M. Aoun et Mme Legendre ont également abordé le dossier des réformes que le Liban doit entreprendre. Le chef de l’État a assuré que « cette exigence est libanaise avant d’être internationale », précisant que le gouvernement, en coopération avec le Parlement, « a commencé à adopter des lois réformatrices portant sur des questions financières, économiques et sociales » et que le travail se poursuit.
Anne-Claire Legendre a, quant à elle, « transmis les salutations du président Macron réaffirmant la volonté de la France de continuer à aider le Liban et de travailler à la tenue des conférences sur la reconstruction et sur le soutien à l’armée et aux forces armées. Elle a également assuré que la France œuvrera pour consolider la stabilité dans le Sud et pour activer le travail du 'Mécanisme ' conformément au souhait du Liban », a aussi rapporté la présidence libanaise.
Lors de sa rencontre avec le Premier ministre Nawaf Salam, Mme Legendre a affirmé « le soutien sincère de la France aux efforts du gouvernement libanais pour mettre en œuvre des réformes et progresser dans les négociations avec le Fonds monétaire international (FMI)», soulignant que « Paris considère l'accord avec le FMI comme une étape cruciale vers le rétablissement de la stabilité financière et économique du Liban ».
Pour sa part, le chef du gouvernement a estimé que «la réforme est un choix national avant d'être un engagement international», et a informé l'envoyée du président Macron que « le gouvernement libanais travaillait sérieusement à finaliser » certains éléments exigés, citant notamment le projet de loi sur la répartition des pertes, qui est presque finalisé et sera bientôt soumis au Parlement, en plus du renforcement des contrôles financiers.
L'entrevue a également porté sur la situation au Liban-Sud face à la poursuite des attaques israéliennes, Nawaf Salam mettant l'accent sur la nécessité de « stopper cette escalade qui menace la stabilité régionale et entrave les efforts de redressement national ». Anne-Claire Legendre a, dans ce contexte, réaffirmé que « la France est solidaire du Liban et travaille avec ses partenaires internationaux pour consolider la stabilité dans le Sud ». M. Salam a enfin rappelé « l’importance du rôle français », considérant que « la coordination franco-libanaise est essentielle à ce stade critique, que ce soit au niveau du soutien politique et diplomatique ou à celui de la mobilisation du soutien international pour la voie des réformes et du redressement ».
Conférence de soutien à l’armée
Mme Legendre, accompagnée de l’ambassadeur de France, Hervé Magro, et d’une délégation, a également été reçue par le ministre libanais des Affaires étrangères, Joe Raggi. Devant lui, Mme Legendre a une nouvelle fois affirmé « le soutien de la France à l’armée libanaise » et a réitéré l’engagement du président Macron à organiser une conférence de soutien à l’armée à Riyad. Elle a précisé que « la communication se poursuit avec la partie saoudienne pour mettre en évidence l’ampleur des progrès réalisés en matière d’exercice de la souveraineté de l’État sur l’ensemble de son territoire et de monopole des armes dans les délais fixés ».
Pour sa part, le ministre Raggi a remercié « la France pour les efforts déployés afin de soutenir l’armée libanaise et de garantir la stabilité dans le Sud », affirmant « l’engagement du gouvernement à appliquer la décision de monopole des armes » et soulignant « la nécessité de mettre fin aux agressions israéliennes, de procéder au retrait immédiat et inconditionnel des cinq points occupés et de libérer les prisonniers libanais ».
Mme Legendre, qui doit se rendre ensuite à Damas, a également souligné « le soutien de son pays à l’établissement des meilleures relations possibles entre le Liban et la Syrie, sur la base du respect mutuel de la souveraineté », rappelant que la France est disposée à fournir tous les documents nécessaires pour faciliter le tracé des frontières. Elle avait fait des déclarations similaires devant M. Aoun. M. Raggi a assuré que le Liban était pleinement disposé à traiter ce dossier.
Aucune déclaration n’est ressortie de la rencontre de Mme Legendre avec Nabih Berry, président du Parlement et chef du mouvement Amal, allié du Hezbollah.





C est a croire qu il ne faut surtout ps s en prendre à la France pour des raisons financières évidentes
08 h 33, le 14 novembre 2025