Le Hezbollah serait-il atteint de schizophrénie ? Il y a, d’un côté, ses figures politiques qui multiplient, selon un agenda bien précis, les déclarations publiques et, de l’autre, ses combattants dont les Libanais apprennent les noms à travers les frappes israéliennes régulières. Les figures politiques rappellent régulièrement que la défense du Liban face aux menaces israéliennes relève désormais de la responsabilité de l’État et que le Hezbollah se tient derrière ce dernier dans cette mission, alors que les médias israéliens affirment que les personnes tuées par les attaques israéliennes assument des responsabilités militaires au sein de la formation... Dans ce cadre, les milieux diplomatiques ne parviennent plus à déchiffrer ce qu’ils appellent « le mystère du Hezbollah »…
Il est sans doute très difficile de répondre avec précision aux questions relatives au Hezbollah, surtout en cette période particulière de « convalescence », comme la qualifie le secrétaire général de la formation, Naïm Kassem. Mais ce qui est clair, c’est qu’actuellement cette formation apparaît comme étant formée de deux structures totalement différentes et indépendantes l’une de l’autre. La première comprend des députés et des responsables politiques déjà connus du grand public, qui apparaissent au grand jour et ne suivent pas de consignes de sécurité très strictes, alors que la seconde structure, militaire et sécuritaire, est totalement placée sous le signe de la clandestinité. Selon un proche du Hezbollah, qui tient à garder l’anonymat, la structure militaire et sécuritaire a reçu de si grands coups au cours de la dernière année qu’elle a choisi, pour se reconstituer, de revenir aux méthodes des premières années de son existence, au début des années 80.
À cette époque, tout se passait dans le plus grand secret. Pourtant, le Hezbollah a commencé à se former juste après l’invasion israélienne du Liban en 1982, et l’arrivée des gardiens de la révolution iraniens, qui se sont installés à Baalbeck à partir du dernier trimestre de l’année 1982. Le parti n’existait pas encore officiellement. Il y avait juste eu une dissidence du mouvement Amal sous le nom d’Amal islamique et d’autres groupes. Ceux-ci ont mené les premiers attentats, d’abord contre les Israéliens, notamment contre le QG militaire israélien à Tyr, en novembre 1982, puis contre les contingents américain et français de la force multinationale, en octobre 1983.
Ces attentats n’étaient pas seulement spectaculaires. Ils étaient aussi très meurtriers et ont fait près de 300 morts parmi les soldats américains et français, ainsi que plus d’une soixantaine de morts et de blessés parmi les soldats et les officiers israéliens. Ils marquent en tout cas véritablement les débuts du Hezbollah, en tant que mouvement de « résistance » clandestin. D’ailleurs, à cette époque, personne ne connaissait les noms des responsables de ce mouvement, et même si l’État voulait lancer des recherches contre eux, il ne savait pas par où commencer ni qui rechercher véritablement. Même dans le Sud occupé par les Israéliens, aidés par l’Armée du Liban-Sud, personne ne connaissait les membres des cellules du Hezbollah, qui ont commencé, à partir de 1984, à multiplier les attaques contre les soldats israéliens et leurs collaborateurs libanais. À partir de février 1992, à la suite de l’assassinat par Israël de son deuxième secrétaire général, Abbas Moussaoui, et de la désignation de Hassan Nasrallah pour lui succéder, le Hezbollah a commencé à apparaître au grand jour et a même décidé de participer aux élections législatives pour se doter d’un bloc parlementaire. Mais c’est surtout à partir du retrait israélien du Liban-Sud, en mai 2000, fort de ce qu’il considère comme sa grande victoire, qu’il a réellement commencé à afficher sa structure et à médiatiser ses responsables. De nombreux habitants du Sud ont alors découvert en rentrant dans leurs villages du Sud que des jeunes qu’ils fréquentaient sans savoir ce qu’ils faisaient étaient en réalité des membres du Hezbollah.
Aujourd’hui, après les coups qu’il a reçus, notamment avec l’assassinat de la plupart de ses chefs de premier rang, le Hezb a décidé de revenir en quelque sorte à la clandestinité. Ce n’est certes pas évident à l’ère de la technologie et de la supériorité israélienne et américaine dans ce domaine. Mais le Hezbollah estime qu’il n’a pas d’autre choix. Surtout que dans ses réunions d’évaluation des erreurs commises qui ont permis aux Israéliens d’assassiner ses chefs, le Hezbollah est convaincu que le plus grand ennemi de ses membres c’est le téléphone portable et les moyens de communication de pointe, surtout dans le cadre de leur participation aux combats en Syrie qui ont permis à leurs ennemis non seulement de les identifier, mais aussi de suivre leurs déplacements.
En parallèle de cette structure qui se veut désormais secrète, la composante politique du Hezbollah est chargée d’occuper la scène médiatique. Elle doit montrer que le Hezbollah existe encore et demeure fort, tout en entretenant le flou quant à ses intentions et à ses capacités. Les sources proches du Hezbollah affirment que même si les attaques contre les membres de cette formation se poursuivent, la tactique adoptée porte ses fruits, puisque les Israéliens ne cachent pas leur inquiétude face aux possibilités de restructuration du Hezbollah et ils ne parviennent pas à comprendre s’il s’est vraiment rétabli et s’il s’apprête à répondre à leurs attaques ou non.


Si les combattants du Hezbollah cessent d'utiliser les téléphones portables, les Israéliens traqueront tous ceux qui n'ont pas de téléphone, Hezbollah ou pas !
13 h 22, le 10 novembre 2025