Relations extérieures du Liban de Hyam Georges Mallat, Éditions Hachette Antoine, 2025, 245 p.
On ne présente plus Hyam Mallat, avocat et ancien président du conseil d’administration de la Sécurité sociale puis des Archives nationales, auteur de nombreux ouvrages juridiques, littéraires, historiques et socio-économiques qui lui ont valu deux distinctions de l’Académie française : le prix du Rayonnement de la langue et de la littérature françaises en 2002, et le prix Pierre Benoit en 2009.
Dans son dernier ouvrage, intitulé Les Relations extérieures du Liban, paru chez Hachette Antoine, il retrace l’histoire des relations extérieures de la société libanaise, depuis la conquête ottomane du Proche-Orient en 1516 jusqu’à nos jours, en passant par le Mandat français et la période de l’indépendance.
Hyam Mallat met en lumière les étapes marquantes d’un long cheminement : celui d’une société rurale du Proche-Orient, confrontée aux aléas de l’Histoire, mais parvenant à survivre et à se structurer, une société qui a souvent su, lorsqu’elle faisait preuve de clairvoyance, privilégier les amitiés avant les intérêts.
L’auteur nous démontre que bien avant la création du ministère des Affaires étrangères en 1943, cette société avait déjà su élaborer les fondements d’une véritable politique de relations extérieures, pensée et conduite selon les contextes propres à chaque époque, mais que tous les systèmes institutionnels et politiques du Liban, au fil de l’Histoire, ont été le fruit d’interventions étrangères et de consensus régionaux et internationaux. Ainsi, le système des wilayets (gouvernorats), instauré par le sultan ottoman Sélim Ier en 1516, devait durer jusqu’à la chute de l’émirat en 1842, date à laquelle le Mont-Liban fut divisé en deux caïmacamats, l’un chrétien et l’autre druze, sous l’instigation des grandes puissances de l’époque.
Les événements sanglants de 1860 poussèrent ces puissances à rechercher une solution durable, qui aboutit à la conférence internationale de Beyrouth en 1861 – la première du genre dans le monde – et à l’adoption du système de la Moutassarifiya.
Après le retrait ottoman du Proche-Orient, les conférences de Versailles puis de San Remo menèrent à la création du Grand Liban par le général Gouraud, le 1er septembre 1920 et à la promulgation de la Constitution libanaise le 26 mai 1926.
C’est dans ce contexte institutionnel que s’est développée la politique ayant conduit à la proclamation de l’indépendance du Liban, le 22 novembre 1943, à l’issue d’une crise diplomatique impliquant notamment la France et la Grande-Bretagne. Ce Liban indépendant a dû, en quelques décennies, synthétiser dans sa politique étrangère les espoirs et les contradictions de son histoire. Ses succès diplomatiques doivent beaucoup aux familles spirituelles et politiques qui ont su représenter, chacune à leur manière, les différentes sensibilités du pays.
Cette indépendance, acquise une fois encore grâce à une intervention diplomatique internationale, fut suivie d’autres crises, dont les accords de Taëf en 1989 – eux aussi résultat de longues tractations régionales et internationales. À cela s’ajoutent les interférences extérieures lors des élections présidentielles au Liban qui se sont succédé depuis la fin de la guerre… L’auteur s’interroge alors sur le rôle des Libanais eux-mêmes dans cette évolution institutionnelle. S’ils peuvent sembler absents à première vue, il apparaît toutefois qu’une interaction profonde s’est instaurée, à différentes périodes, entre des communautés libanaises d’appartenance religieuse diverse, au point de marquer durablement la politique extérieure du pays.
En conclusion, Mallat identifie les constantes qui ont guidé la politique extérieure du pays et en fixe les objectifs.
Son ouvrage, à la fois historique, politique et sociologique, enrichi de documents importants puisés dans les archives, nous offre une lecture claire et synthétique de la manière dont le Liban a tissé ses relations extérieures à travers les siècles sans être capable, hélas, de s’affranchir des ingérences étrangères dont l’actualité nous offre une illustration frappante.