Des effets de lumière reproduisant dans le ciel le sarcophage de Toutankhamon lors de la cérémonie d'inauguration du GEM. Photo Khaled Desouki/AFP
Spectacle laser, orchestre symphonique, danseurs en tuniques inspirées des fresques antiques, sceptres et couronnes dorées : un spectacle pharaonique a marqué samedi soir l'inauguration officielle du Grand Egyptian Museum (GEM), dont la construction avait débuté en 2005, il y a deux décennies, sous la présidence de Hosni Moubarak. Cependant l’achèvement de ce mégaprojet a eu du retard en raison des problèmes de financement (la construction a nécessité un budget d’un milliard de dollars dont les deux tiers ont été fournis par des investisseurs japonais), des bouleversements politiques, notamment la révolution de 2011 qui a abouti à la chute de Hosni Moubarak, les manifestations de 2013 qui ont conduit au coup d'État militaire renversant le président Mohammad Morsi, et la crise économique résultant de la pandémie de Covid-19. Une ouverture partielle du musée avait été lancée en 2024, mais c’est samedi 1er novembre que le président Abdel Fattah al-Sissi a inauguré officiellement et en grande pompe « le plus grand musée du monde dédié à une seule civilisation », déclarant devant un parterre de dirigeants internationaux : « Nous écrivons un nouveau chapitre de l'histoire du présent et du futur, au nom de cette patrie ancienne. »
Une « quatrième pyramide » d’un demi-million de mètres carrés
Initié donc à l’origine par l’ancien président Hosni Moubarak et Farouk Hosni, ministre égyptien de la Culture de 1987 à 2011, avec l’assistance de l’ancien ministre du Tourisme et des Antiquités d'Égypte Zahi Hawass, le GEM se dresse sur le plateau de Gizeh, site classé au patrimoine mondial de l’humanité pour son importance historique et architecturale, symbolisant la grandeur de l'Égypte antique et le génie de sa civilisation.

Conçu par le cabinet irlandais Heneghan Peng Architects, l’édifice de pierre et de verre, érigé sur un espace de cinquante hectares (un demi-million de mètres carrés) a nécessité des travaux titanesques. Situé à cinq kilomètres du Caire, à proximité des pyramides de Khéops, Khéphren et Mykérinos, le bâtiment, voulu comme « la quatrième pyramide » du plateau de Gizeh, incorpore des motifs triangulaires dans toute sa conception. Des figures hiéroglyphiques ornent sa façade principale en verre, calcite et albâtre égyptien qui s'étend sur près d'un kilomètre de long.

« C’est le plus grand complexe muséal du monde consacré à une seule civilisation », précise au téléphone à L’Orient-Le Jour Zahi Hawass, l’un des promoteurs du Grand Musée, écarté du projet après la chute du régime Moubarak. Entouré de jardins, le bâtiment avec ses lignes épurées et ses matériaux contemporains, son toit s'alignant sur le sommet des pyramides, allie modernité et respect des traditions égyptiennes. De plus, ayant mis en place des stratégies de développement durable, comme l'utilisation de la lumière et de la ventilation naturelles, pour réduire son impact environnemental, il est certifié « EDGE Advanced ».
Attraction phare : le trésor de Toutankhamon
Les espaces d’exposition du Grand Musée égyptien ont été conçus par le cabinet allemand d'architecture scénique, Atelier Bruckner basé à Stuttgart. Depuis l'atrium, où se dresse un colosse à l’effigie de Ramsès II (3 200 ans, 11 mètres de hauteur et 83 tonnes de granit), des escaliers monumentaux bordés de statues antiques relient 12 galeries réparties sur 60 000 m2, offrant la promesse d’abriter plus de 100 000 artefacts. En attendant, « cinquante mille pièces sont actuellement présentées de manière permanente, dont un ensemble de 5 389 objets funéraires provenant de la tombe inviolée du jeune roi Toutankhamon, découverte en 1922 dans la vallée des Rois à Louxor par l’archéologue britannique Howard Carter (1874-1939) », souligne l’ancien ministre Hawass. Il précise que « la plupart de ces artefacts n'ont jamais été montrés au public auparavant ».

La collection englobe le masque funéraire en or massif de 11 kg. Orné de pierres semi-précieuses (lapis-lazuli, cornaline, turquoise, quartz, obsidienne et pâte de verre), il est surmonté du vautour (Nekhbet) et du cobra (Ouadjet), symboles des divinités protectrices de la Haute et Basse-Égypte. Le trône est en bois recouvert de feuilles d'or et incrusté de pierres semi-précieuses, de pâtes de verre et d'argent. Mais aussi, des sarcophages, des chars royaux, des bijoux, des armes et des statuettes divines, ainsi que des objets plus prosaïques comme des ustensiles et des cosmétiques. Lorsque Howard Carter ouvrit le dernier cercueil du jeune roi, il découvrit la momie parée de divers bijoux et ornements, les mains incrustées d’or tenant la crosse et le fléau et un pectoral en or de l’oiseau Ba disposé sur les bandelettes. Bref, les trésors de la tombe de Toutankhamon comme on ne les a jamais vus et qu’on ne verra qu’au GEM.

« Les objets exposés dans les différentes salles du musée proviennent des réserves du vieux musée du Caire ou d’espaces de stockages des sites archéologiques égyptiens ou encore de la nécropole de Saqqarah, un autre complexe de pyramides et de tombes situé à environ 22 kilomètres au sud du nouveau Grand Musée égyptien », explique à L’Orient-Le Jour la guide locale, Yasmine Abou Zikry. Elle relève que « le GEM est divisé en cinq zones distinctes retraçant à travers différents thèmes l’histoire de l’Égypte ancienne, de la préhistoire à l’Antiquité grecque et romaine. Les collections sont organisées en thèmes et en dynamiques historiques, permettant de suivre l'évolution de la civilisation égyptienne sur plusieurs millénaires ». Elle ajoute d’autre part, que « le musée abrite un centre de recherche d’envergure mondiale attendu par le milieu de l’égyptologie, des boutiques, des cafés et des installations éducatives sur le thème du métier d’archéologue, qui permettent aux jeunes de vivre une expérience enrichissante, amusante, et éducative ». Mais le clou pour Mme Zikry sont toutefois « les laboratoires équipés de technologies de pointe pour restaurer et conserver les pièces anciennes. Ils serviront de centre d'apprentissage et de préservation du patrimoine égyptien.

Les férus d'archéologie pourront y suivre à travers une baie vitrée les travaux de conservation pour restaurer une barque solaire vieille de 4 500 ans, retrouvée enterrée près de la pyramide de Khéops. « Ce musée, vitrine de l’histoire riche et diversifiée de notre pays à travers les âges, est pour nous Égyptiens un symbole de fierté nationale», affirme la guide. Rejoignant dans ses propos la déclaration du ministre du Tourisme Chérif Fathi, lors d'un échange avec la presse : « L’Égypte va devenir le centre de l'égyptologie (...) Il n'est pas acceptable que la plupart des conférences internationales se tiennent hors du pays. » Ce dernier a également émis l'espoir que le musée passe de « 5 000 à 6 000 visiteurs actuels par jour » à « 15 000 ». Il a tablé sur un surplus annuel de « cinq millions » de touristes, « dont la plupart visiteront le musée ».


Quand on a une dette de 90% du PNB, on s’abstient de bruler son argent. Le temps des Pharaons est bien loin….
02 h 52, le 02 novembre 2025