Des personnes ayant fui le camp de Zamzam pour déplacés internes, après sa prise de contrôle par les Forces de soutien rapide (FSR), font la queue pour recevoir des rations alimentaires dans un campement de fortune installé en plein air, près de la ville de Tawila, dans la région du Darfour occidental, ravagée par la guerre, au Soudan, le 13 avril 2025. Photo AFP
Une attaque de drones attribuée aux paramilitaires a ciblé mercredi pour la deuxième journée consécutive l'aéroport de la capitale soudanaise, Khartoum, sur le point de rouvrir après plus de deux ans de fermeture, a indiqué à l'AFP une source militaire.
« Des drones ont de nouveau ciblé l'aéroport de Khartoum à l'aube », a affirmé cette source, sous couvert d'anonymat, en imputant ces frappes à la « milice terroriste », désignant ainsi les Forces de soutien rapide (FSR).
L'aéroport était hors service depuis le déclenchement du conflit en avril 2023 entre l’armée régulière et FSR, mais sa réouverture était prévue mercredi pour les vols intérieurs.
Les attaques de mardi et mercredi ont entraîné une suspension « jusqu’à nouvel ordre », selon un responsable de l'aéroport sous couvert d’anonymat.
Plus tard, un appareil de la compagnie soudanaise Badr Airlines a atterri sur le tarmac selon un communiqué de l'aéroport, sans donner plus de précisions sur la nature de ce vol. Mardi, des témoins ont rapporté avoir entendu plusieurs explosions près de l'aéroport. Le chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane a affirmé mardi que l’armée était « déterminée à écraser cette rébellion » des FSR, lors d'un déplacement à l'aéroport.
Le même jour, dans une allocution diffusée sur les réseaux sociaux, le chef des FSR, le général Mohamed Daglo, n’a pas mentionné les frappes mais il a réaffirmé que ses troupes « attaquaient uniquement les positions militaires ». Il a répété que l’armée, qu’il a qualifiée de « cancer », serait vaincue.
Le général Daglo a également averti que tout avion envoyé en soutien à l'armée y compris « au départ d’un pays voisin », serait considéré comme une « cible légitime ». Les FSR ont par le passé accusé l'Égypte de mener des frappes aériennes pour le compte de l’armée, ce que Le Caire dément.
Malgré des efforts internationaux pour un cessez-le-feu, les deux camps restent sourds aux appels à la paix.
En septembre, le gouvernement soudanais, allié de l’armée, a rejeté une nouvelle proposition de trêve formulée par les États-Unis, l’Arabie saoudite, l’Égypte et les Émirats arabes unis - ces derniers étant accusés d’avoir armé les FSR, ce qu’Abou Dhabi nie.
Ce groupe de médiateurs dit du « Quad » avait appelé à une trêve humanitaire de trois mois, à laquelle succèderaient un cessez-le-feu permanent et une transition de neuf mois vers un gouvernement civil, et notamment l’exclusion du gouvernement actuel et des FSR du paysage politique post-conflit.
Les deux camps, tous deux accusés d’exactions sur les civils, persistent à vouloir poursuivre les combats jusqu’à une victoire militaire totale.
Escalade de la violence
Malgré la reprise de Khartoum par l'armée au printemps, la ville demeure largement dévastée, marquée par des coupures d’électricité récurrentes, exacerbées par les frappes de drones des FSR. Plus d'un million de personnes déplacées y sont retournées au cours des dix derniers mois, selon l'agence des migrations de l'ONU.
Depuis quelques semaines, le gouvernement s'efforce d'y rétablir les services, dont l'aéroport, afin de relocaliser des institutions clés depuis Port-Soudan, port de la Mer Rouge, capitale de facto depuis le début de la guerre.
Les combats se concentrent désormais dans l’ouest du pays, où les FSR assiègent depuis 18 mois El-Facher, dernière capitale du Darfour échappant à leur contrôle. Sa chute leur permettrait de dominer l’ensemble du Darfour et une large partie du sud, tandis que l’armée conserve le centre, l’est et le nord.
L'ONU s’est inquiété lundi d'une escalade de la violence dans les États du Darfour-Nord et du Darfour-Occidental, du Kordofan ainsi que l'État du Nil Bleu au sud, où des frappes de drones et des affrontements terrestres sont signalés.
Mercredi, la ville de Damazin tenue par l'armée, capitale du Nil Bleu et où se situe le deuxième plus grand barrage du pays, a été attaquée pour la deuxième journée consécutive . « Trois drones ont survolé notre secteur avant de se diriger vers le barrage », a rapporté un témoin à l’AFP.
Mardi l’armée a affirmé avoir intercepté des drones visant des centrales électriques à Roseis, dans la même région.
La guerre au Soudan a tué des dizaines de milliers de personnes, déplacé près de 12 millions d'habitants et provoqué ce que l'ONU qualifie de « pire crise humanitaire au monde ».


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