Le Premier ministre libanais Nawaf Salam. Photo ANI
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, a déclaré mercredi au magazine français Paris Match, lors d'une interview au Grand Sérail, que le Hezbollah devra redevenir « un parti politique normal, sans bras armé », ajoutant qu’« il ne saurait être question de renoncer au monopole de l’État en matière de force armée ».
Le gouvernement libanais a accueilli favorablement, en septembre dernier, un plan élaboré par l’armée pour désarmer les groupes non étatiques, principalement le Hezbollah. La résolution 1701 de l'ONU, qui sert de cadre à l'accord de cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, prévoit notamment le retrait israélien total des territoires libanais en parallèle du désarmement de toutes les milices, à commencer par le sud du Litani.
Rappelant que l’armée libanaise disposerait de trois mois pour rétablir son contrôle exclusif sur les armes dans la région située au sud du fleuve, M. Salam a précisé que « l’ensemble du processus devrait se faire en plusieurs phases ». Dans un premier temps, il s’agira de « contenir les armes dans cette zone du Liban-Sud », avant d’étendre l’opération à « la région comprise entre le Litani et Saïda ». L’objectif final, a-t-il souligné, « est clair : rétablir le monopole de l’État sur la force armée, comme le prévoient les accords de Taëf de 1989 ». C'est dans ce contexte que le chef du gouvernement a expliqué qu'à terme, le Hezbollah, comme tout autre groupe, devra redevenir un parti normal, sans bras armé.
Les autorités libanaises accentuent la pression en faveur du désarmement de la formation pro-iranienne, qui refuse toutefois de remettre son arsenal tant que l’armée israélienne poursuit ses violations du cessez-le-feu ayant mis fin à la récente guerre dévastatrice entre Israël et le Hezbollah.
Netanyahu « envisage la guerre comme on fait du vélo, s'il arrête, il tombe »
Interrogé sur les propos du président Joseph Aoun qui s'était dit favorable à des négociations directes avec l'État hébreu, M. Salam a rappelé que « le Liban a déjà mené des négociations avec Israël notamment pour le tracé de la frontière maritime il y a deux ans » ajoutant que « ce que nous demandons aujourd'hui c'est la pleine application du cessez-le-feu ».
En ce qui concerne la trêve à Gaza, M. Salam a dit avoir accueilli favorablement le plan Trump, dans la mesure où celui-ci prévoit « une aide humanitaire immédiate à Gaza, sans déplacement de la population », s'oppose à l'annexion de la Cisjordanie et reconnaît la perspective d'une solution à deux États. Il a par ailleurs estimé que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu « envisage la guerre comme on fait du vélo, s'il arrête, il tombe », se disant dès lors « préoccupé par la situation ». «À la frontière avec le Liban, nous sommes confrontés à une guerre d'attrition, pas totale, mais une guerre qui épuise tout le monde», a-t-il poursuivi.
L'envoyé spécial américain pour la Syrie et le Liban, Tom Barrack, avait longuement commenté lundi la situation dans la région, insistant sur le désarmement du Hezbollah sans lequel le Liban sera livré au « chaos ». Il avait mis en garde contre une nouvelle offensive israélienne et un report des législatives de mai 2026 sur impulsion du parti chiite, qui mènerait, selon lui, le pays au «chaos». Il avait également reproché au gouvernement de Nawaf Salam d'avoir « refusé d'adopter » son plan intitulé « Un dernier essai » présenté pendant l'été, et qui prévoyait un désarmement progressif du parti chiite en échange d'incitations économiques. Le cabinet avait approuvé début août le « préambule » de ce plan, au grand dam du Hezbollah, puis avait chargé l'armée de procéder au désarmement de toutes les milices, selon un plan présenté par la troupe. Le diplomate avait toutefois regretté que toutes les initiatives présentées par Washington pour aller vers une solution « pacifique » entre le Liban et Israël, sur base d'incitations économiques, « soient au point mort ». Il a ajouté que les autorités libanaises se trouvaient désormais face à « un choix décisif : emprunter la voie du renouveau national ou rester prisonnier de la paralysie et du déclin ».



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