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Politique - Décryptage

Des États-Unis au Hezbollah, l’ère du double langage


Ceux qui suivent l’actualité au Liban ne savent plus où donner de la tête. Non seulement les enjeux actuels sont énormes, mais au sein d’un même camp, des opinions contradictoires sont souvent énoncées. C’est, dirait-on, l’ère du double langage, du partage des rôles, ou encore, comme le dit un diplomate chevronné, celle des portes entrouvertes. Des États-Unis au Hezbollah, en passant par le Hamas, les principaux protagonistes utilisent ce procédé pour rendre toutes les hypothèses plausibles.

Dans ce contexte, les dernières déclarations de l’émissaire américain Tom Barrack, ainsi que l’entretien accordé par le lobbyiste Tom Harb à une chaîne locale, montrent que les Américains sont loin d’être satisfaits du comportement des responsables libanais. À leurs yeux, ces derniers sont trop laxistes avec le Hezbollah concernant le processus de contrôle des armes. M. Barrack a ainsi déclaré récemment que le gouvernement et même l’armée ne font rien de sérieux à ce sujet, alors que Tom Harb a affirmé que le Liban ne recevra aucune aide tant que le Hezbollah n’aura pas été désarmé, laissant entendre que les Israéliens pourraient se charger de la mission. Mais en même temps, le Centcom (Commandant central américain) a publié un communiqué dans lequel il fait l’éloge de l’armée libanaise et du travail qu’elle a accompli dans la région au sud du Litani. Lors de la réunion du « mécanisme », chargé de surveiller l’application de l’accord entré en vigueur le 27 novembre, les représentants américains et français ont aussi salué les efforts accomplis par l’armée libanaise et ont assuré que la mission de la troupe est sur le point de s’achever dans ce secteur.

Du côté du Hezbollah, c’est aussi le même flou qui règne. Les responsables de cette formation déclarent tantôt qu’ils sont prêts à toutes les concessions si le Liban se dirige vers l’adoption d’une stratégie de défense nationale. Ils disent même qu’ils se tiennent derrière l’État et lui laissent actuellement l’entière responsabilité de défendre le pays face aux frappes israéliennes. Mais en même temps, et parfois dans le même discours, ils répètent qu’il n’est pas question pour eux de déposer les armes. Certains vont même loin dans l’éloge de ces armes en assurant qu’elles sont le symbole de la dignité du Liban et l'un de ses principaux éléments de force.

Les contradictions sont aussi les mêmes dans les déclarations des membres du Hamas, même si elles sont moins évidentes. D’une part, il y a ceux qui font preuve de souplesse et d’ouverture, assurant que le mouvement palestinien ne veut pas contrôler Gaza dans la période qui suivra l’application de l’accord conclu à Charm el-Cheikh. D’autre part, il y a ceux qui laissent entendre que les armes ne seront remises qu’à une autorité « digne de ce nom », en mesure de protéger les habitants de cette zone. De même, le Hamas a accepté l’accord qui lui a été proposé par les médiateurs et en même temps, certains de ses responsables affirment qu’ils n’approuvent pas tous les points prévus, et qu’il reste des zones d’ombre.

Dans ce tableau complexe, seuls les Israéliens sont clairs dans leur projet de contrôle de la région et dans leur volonté d’éradiquer aussi bien le Hezbollah que le Hamas. Mais la question qui se pose est la suivante : que cache ce double langage de la part de trois acteurs importants ? Les milieux diplomatiques occidentaux sont convaincus que concernant le Hezbollah et le Hamas, il s’agit de véritables contradictions internes. Selon ces milieux, c’est comme s’il y avait désormais « deux Hezbollah et deux Hamas ». Autrement dit, dans chacune des deux organisations, il y aurait un courant qui veut se lancer dans la politique et qui a tourné la page de la guerre et un autre qui veut poursuivre la lutte et qui se prépare clandestinement. Quant à ceux qui évoquent ces contradictions dans un même discours, ils cherchent essentiellement à préserver l’unité de la formation, sans avoir le pouvoir de peser sur les deux courants. Toutefois, les milieux proches du Hezbollah et du Hamas ne veulent pas reconnaître l’existence de divergences internes.

Par contre, les contradictions dans la position américaine seraient dictées par d’autres considérations. Selon des sources sécuritaires libanaises, les déclarations alarmistes s’inscrivent dans le cadre des pressions psychologiques et médiatiques pour pousser le Liban soit à accepter les conditions israéliennes, soit vers une confrontation interne qui aboutirait, elle aussi, à l’acceptation de ces mêmes conditions. Par contre, le communiqué du Centcom serait, lui, plus réaliste et il vise à rassurer l’armée sur le fait que le travail qu’elle accomplit est apprécié. Mais cela n’empêche pas les autorités américaines de vouloir maintenir une très forte pression sur le Liban, pour accélérer ce qu’elles considèrent comme un processus de solution. Ces pressions viseraient aussi à éviter de faire assumer aux Israéliens la responsabilité de la lenteur dans ce processus.

Ceux qui suivent l’actualité au Liban ne savent plus où donner de la tête. Non seulement les enjeux actuels sont énormes, mais au sein d’un même camp, des opinions contradictoires sont souvent énoncées. C’est, dirait-on, l’ère du double langage, du partage des rôles, ou encore, comme le dit un diplomate chevronné, celle des portes entrouvertes. Des États-Unis au Hezbollah, en passant par le Hamas, les principaux protagonistes utilisent ce procédé pour rendre toutes les hypothèses plausibles.Dans ce contexte, les dernières déclarations de l’émissaire américain Tom Barrack, ainsi que l’entretien accordé par le lobbyiste Tom Harb à une chaîne locale, montrent que les Américains sont loin d’être satisfaits du comportement des responsables libanais. À leurs yeux, ces derniers sont trop laxistes avec le...
commentaires (6)

4- Se convertir à la politique, à la religion ou au sport est tout à l’honneur du Hezb. Trump joue bien au golf, ayant pour devise "qui triche au golf, triche dans la vie", gage d’honnêteté, et qui doute de l’honnêteté de l’engagement du Hezb où il est allé jusqu’au bout. On connait bien sûr les limites de l‘adhésion aux idées révolutionnaires, et que finalement le énième plan de paix dans la région, celui de Trump, est le plus réalisable, Trump qui a "mis fin à sept guerres en sept mois" !! En fait Trump clôture le cycle dit "Printemps arabe" initié par le duo démocrate Obama-Clinton.

nabil

10 h 05, le 22 octobre 2025

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Commentaires (6)

  • 4- Se convertir à la politique, à la religion ou au sport est tout à l’honneur du Hezb. Trump joue bien au golf, ayant pour devise "qui triche au golf, triche dans la vie", gage d’honnêteté, et qui doute de l’honnêteté de l’engagement du Hezb où il est allé jusqu’au bout. On connait bien sûr les limites de l‘adhésion aux idées révolutionnaires, et que finalement le énième plan de paix dans la région, celui de Trump, est le plus réalisable, Trump qui a "mis fin à sept guerres en sept mois" !! En fait Trump clôture le cycle dit "Printemps arabe" initié par le duo démocrate Obama-Clinton.

    nabil

    10 h 05, le 22 octobre 2025

  • En bref, toute la diplomatie américaine s’active en faveur de la sécurité d’israël preuve en est que les émissaires de Trump ne déclarent pas, ils menacent. N.B. Excellente analyse du sujet.

    Hitti arlette

    09 h 56, le 22 octobre 2025

  • 3- On l’a vu par ma courte démonstration, que si le Hezb n’a pas encore une Cisjordanie à sa disposition pour organiser des élections ailleurs que dans ses propres fiefs, il gardera sa popularité et assurera sa survie politique, avec l’intérêt grandissant de négocier en imposant ses propres désidératas. L’aberration de cette guerre de soutien est du passé, et il n’a pas perdu de plumes de popularité chez lui. Moralité, il peut également adhérer au plan de Trump, et pas celui de Blair ! aucun étonnement à voir à l’avenir sur une même pelouse, un membre du Hezb et Trump jouer au golf.

    nabil

    09 h 47, le 22 octobre 2025

  • 2- On verra, si des élections législatives seront organisées au Liban en mai prochain, que le Hezb national gardera, sans aucune mauvaise surprise, son groupe de députés et améliore son score dans ses fiefs qu’ils soient à Dahyé ou au sud. Quelle sera la situation politique pour le Hamas à Gaza en cas d’élections ? A mon avis le Hezb pourrait se lancer en politique puisqu’il n’est pas perdant politiquement, alors que le Hamas n’a d’autre choix que la radicalité et la lutte armée, sauf pour affaiblir politiquement le Fatah en Cisjordanie. Voilà pour "contextualiser" les deux formations.

    nabil

    09 h 32, le 22 octobre 2025

  • 1- ""AUTREMENT DIT, DANS CHACUNE DES DEUX ORGANISATIONS, IL Y AURAIT UN COURANT QUI VEUT SE LANCER DANS LA POLITIQUE ET QUI A TOURNÉ LA PAGE DE LA GUERRE ET UN AUTRE QUI VEUT POURSUIVRE LA LUTTE ET QUI SE PRÉPARE CLANDESTINEMENT"".Je suis l’actualité de la région et sais où me donner de la tête.Si le Hamas veut de nouveau se lancer en politique, organiser des élections "démocratiques" chose qu’il s’est bien gardé d’organiser depuis des lustres, on se demande s’il a intérêt à les organiser à Gaza rasée dont il est en partie responsable, ou en Cisjordanie où il a encore une "popularité intacte".

    nabil

    09 h 22, le 22 octobre 2025

  • Si les bombes ne sont pas suffisantes, Israël peut recourir à ce qu’il a déjà fait, diviser les milices à coups de dollars bien frais. Il l’a fait à Gaza en mettant le hamas contre l’OLP. Et compte tenu du noyautage évident du hezbollah, il peut le faire aussi chez nous en mettant par exemple le voyou et suspect wafic safa contre naïm l’invisible. Ce serait alors l’implosion, les diverses factions se tirant dessus ! Ce ne sont pas les malheureux sudistes, toujours sans toit et les poches vides , qui en pleureraient.

    Goraieb Nada

    06 h 45, le 22 octobre 2025

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