Détail d’un panneau décoratif représentant la première version du billet de 1 000 livres libanaises, qui a commencé à être émise à la fin des années 1980, dans le hall d’entrée du bâtiment principal de la Banque du Liban. Photo d’illustration Philippe Hage Boutros/L'Orient-Le Jour
En six ans, plusieurs experts et observateurs indépendants ont esquissé des plans pour tenter de résoudre la question de la restitution de plusieurs dizaines de milliards de dollars en dépôts gelés par des banques libanaises techniquement insolvables à partir de la fin de l’année 2019, et qui constitue l’un des principaux œdèmes de la crise économique et financière que le pays traverse depuis.
L’économiste en chef de l’Institut de la finance internationale (IFI, IIF en anglais, une association regroupant plus de 400 banques internationales) pour le Moyen-Orient, Garbis Iradian, s’est récemment livré à cet exercice en proposant une solution échelonnée sur cinq ans et dont les principaux points consistent à utiliser les réserves d’or du pays et à créer une nouvelle livre libanaise, deux options rarement envisagées.
« Cette étude n’a pas encore été publiée par l’IFI. Elle doit être affinée au cours des prochaines semaines avant sa publication prévue pour la fin novembre », précise l'économiste. Il assure que son plan en sept piliers permettrait, d’ici à 2030, la restitution d’environ 80 milliards de dollars de dépôts anciens, soit hors argent frais, non soumis aux restrictions bancaires.
La proposition n'a pas vocation à se substituer à un programme d’assistance du Fonds monétaire international, conditionné à des réformes plus larges et jugé indispensable pour attirer des financements étrangers pour financer la sortie de crise et la reconstruction des zones détruites par le dernier conflit entre le Hezbollah et Israël. Elle suppose que le désarmement du parti chiite et l’établissement d’une paix durable avec Israël soient acquis.
Des réserves d'or qui ont triplé
Les deux premiers piliers identifiés consistent à profiter de la valorisation des réserves d’or du Liban, dont la valeur a quasiment triplé en six ans suite à la hausse spectaculaire des cours – qui continuent d’atteindre des sommets. « En octobre 2025, les réserves d’or du pays s’élevaient à plus de 37 milliards de dollars, ce qui représente plus de 110 % du PIB projeté pour 2025. En y ajoutant les réserves de change de 11,8 milliards de dollars, le total des réserves officielles du Liban se classe au premier rang mondial en proportion du PIB », argumente Garbis Iradian. Il juge incompréhensible que les 286 tonnes d’or que détient le Liban, soit les deuxièmes plus importantes réserves de la région après l’Arabie saoudite, n’aient pas encore été mises à contribution, alors qu’elles pourraient « générer de la liquidité sans accroître la dette, servir de (pare-chocs) en période de crise et restaurer la confiance à travers un mécanisme de restitution non inflationniste ».
L’économiste propose d’abord de vendre, en 2026, de l'or pour une valeur de 14 milliards de dollars (soit autour de 100 tonnes). Le produit de cette vente serait alors « versé aux banques commerciales afin que ces dernières restituent les fonds des petits déposants au moyen de paiements mensuels échelonnés sur douze mois ». Garbis Iradian affirme que cette mesure permettrait de restituer la plupart des dépôts. Le deuxième pilier consisterait à autoriser la Banque du Liban (BDL) à placer 16 milliards de dollars supplémentaires d’or à l’étranger, ce qui permettrait de « générer un rendement récurrent de 5 % ou 6 %, voire 7 % pour financer des engagements futurs ».
Une livre qui en vaut 100 000
Le troisième pilier est encore plus inédit vu qu’il prévoit le lancement d’une réforme monétaire qui prévoit « un règlement partiel des dépôts en « nouvelles livres libanaises » (NLBP), équivalant à 100 000 anciennes livres ». Intégrée à un « programme plus large soutenu par le FMI incluant la consolidation budgétaire, la restructuration de la BDL, le ciblage de l’inflation et des garanties juridiques (…), la nouvelle monnaie serait introduite avec des règles claires de convertibilité et une campagne d’information publique », plaide l’économiste.
Une fois la nouvelle livre libanaise introduite, il appelle à l’utiliser pour régler six milliards de dollars par an aux déposants. Cette solution reviendrait à une lirification de 30 milliards de dollars de dépôts en cinq ans si le taux de change reste à peu près stable, mais avec une monnaie « garantie par les réserves d’or et par une amélioration de la balance des paiements (...) ». L’économiste juge ces facteurs suffisants pour convaincre les déposants de convertir leurs dépôts initialement effectués en dollars.
Ces trois premiers piliers permettraient en théorie de restituer l'équivalent de plus de 40 milliards de dollars de dépôts en cinq ans, dont près de la moitié en 2026. Les piliers suivants reprennent des solutions pour la plupart moins originales.
Nouvel audit de la BDL
Le quatrième pilier prévoit un combat mené par la société civile pour identifier et rapatrier neuf milliards de dollars illicitement transférés à l’étranger depuis 2019 et qui sont « souvent liés à des personnalités politiquement exposées et à des réseaux d’initiés ». L’économiste reconnaît toutefois que cela implique « une coopération internationale, des accords de traçabilité des avoirs et un contrôle judiciaire rigoureux ». Il juge dans ce cadre indispensable de réaliser un nouvel audit juricomptable de la BDL, plus complet que celui réalisé par Alvarez & Marsal ces dernières années, ainsi qu’un autre ciblant les banques commerciales du pays.
Le cinquième pilier consiste à améliorer la rentabilité des entreprises publiques via « des privatisations partielles et des partenariats stratégiques qui pourraient rapporter environ huit milliards de dollars sur quatre ans à partir de 2026 ».
L’avant-dernier pilier prévoit de lever 9,5 milliards de dollars via plusieurs séries d’obligations d’État en dollars appelées « Eurobonds de la diaspora » entre 2027 et 2030, sans plus de détail sur les durées et rendements. Garbis Iradian suppose que le pays ait au préalable entamé l’épuration du passif du pays qui a fait défaut sur plus de 30 milliards d’eurobonds classiques en mars 2020.
Le septième et dernier pilier mise sur la génération d’excédents budgétaires durables – sans augmenter les taux d’imposition – grâce à l’amélioration du recouvrement et à la lutte contre l’évasion fiscale. Un chantier sur lequel le ministère des Finances travaille déjà avec le FMI.




Est-ce que les autres états qui détiennent des réserves d'or, les mettent en vente? Eh bien non!
09 h 42, le 03 novembre 2025