Le Premier ministre français Sébastien Lecornu répond aux députés à l'issue d'un débat faisant suite à son discours de politique générale devant l'Assemblée nationale, chambre basse du Parlement français, à Paris, le 14 octobre 2025. Photo Thomas SAMSON / AFP
La suspension de la réforme des retraites, promise par le Premier ministre Sébastien Lecornu, aura « des implications budgétaires importantes », a estimé mercredi à Washington le Commissaire européen à l'Economie Valdis Dombrovskis, qui attend de la France « des mesures pour respecter ses engagements » budgétaires.
« Nous suivons » les débats sur le budget de la France « avec attention, notamment les implications de la suspension de la réforme des retraites car cela aura des conséquences budgétaires importantes », a déclaré M. Dombrovskis lors d'un entretien accordé à l'AFP, pour qui « il est important que des mesures soient prises pour respecter [les] engagements » fixés en matière de réduction du déficit public.
Dans l'immédiat, la Commission européenne attend des « propositions complètes afin d'être en mesure d'en faire une véritable évaluation », notamment concernant le respect de la trajectoire budgétaire pour ramener le déficit à 3% à moyen terme.
Valdis Dombrovskis s'est montré plutôt optimiste, estimant que « le budget de la France semblait globalement dans les clous » pour cette année, malgré une adoption tardive et chaotique: « nous savons que le gouvernement travaille pour s'assurer de respecter la trajectoire budgétaire » prévue pour 2026. « Mais nous avons besoin de voir des propositions concrètes et de connaître l'ensemble des implications budgétaires', a-t-il insisté.
Le commissaire européen est présent dans la capitale américaine pour participer aux réunions annuelles du FMI et de la Banque mondiale, qui se tiennent à Washington jusqu'à la fin de la semaine, ainsi qu'aux réunions du G20 et du G7 prévues en marge de l'événement.
C'est l'occasion pour lui d'échanger avec ses homologues, notamment sur la guerre en Ukraine et la manière de renforcer la pression, en particulier financière, sur la Russie, tout en aidant Kiev à préparer l'après-guerre. « Nous préparons une loi de réparations au niveau européen nous permettant d'utiliser les revenus générés par les actifs russes gelés. Nous encourageons nos partenaires à voir ce qu'ils peuvent faire de leur côté avec les actifs présents sur leurs territoires », a affirmé le commissaire européen.
« Nous nous sommes entendus pour utiliser ces revenus, le Royaume-Uni et le Canada ont déjà indiqué qu'ils été prêts à travailler avec l'UE. Nous attendons désormais une réponse concrète de la part des États-Unis et du Japon », a-t-il précisé
Les mesures chinoises inquiètent
En parallèle, M. Dombrovskis fera le point sur les sanctions mises en places par l'UE à l'encontre de Moscou. « Nous négocions actuellement, et espérons finaliser, un dix-neuvième paquet de sanctions contre la Russie », a-t-il ajouté.
Des sanctions qui ne devraient cependant pas intégrer de droits de douane dits « secondaires », à l'image de ceux mis en place par Washington vis-à-vis de l'Inde, qui a vu les surtaxes douanières appliquées à ses produits passer de 25% à 50% en représailles de l'achat de pétrole russe par des entreprises indiennes.
Les discussions porteront également sur les conséquences des nouvelles règles chinoises visant à contrôler les exportations de terres rares et de les technologies nécessaires à leur raffinage, une décision vivement critiquée par le gouvernement américain, Donald Trump qui a menacé d'appliquer 100% de droits de douane en représailles.
« Nous souhaitons discuter de la meilleure réponse à adopter, tant à court qu'à moyen terme », a pointé Valdis Dombrovskis, « nous sommes prêts mener une réponse coordonnée, notamment dans le cadre du G7 ». « En tout état de cause le fait que la Chine élargisse fortement ses contrôles est source d'inquiétude, tant du fait du nombre de minéraux désormais pris en compte que du fait que cela concerne l'ensemble de la chaîne de valeur », a ajouté M. Dombrovskis.
A plus long terme, « il est évident que nous devons travailler à la diversification de notre chaîne d'approvisionnement » en terres rares, afin de rendre l'Europe moins dépendante de la Chine, qui contrôle actuellement l'essentielle de la production, « nous discutons de partenariats avec des pays partout dans le monde ».
Son passage à Washington sera également l'occasion d'échanger avec son homologue américain Scott Bessent, en particulier de l'accord commercial signé, en défendant « la nécessité d'avoir des relations commerciales ordonnées ».
« Nous sommes le plus important partenaire de part et d'autre et notre relation commerciale est la plus importante au monde. Il y a donc beaucoup de chose en jeu », a rappelé M. Dombrovskis, « nous devons poursuivre le dialogue et appliquer l'accord ».


« Plainte » contre l'Iran : pourquoi les Affaires étrangères ont dû mettre de l'eau dans leur vin