Beyrouth, malgré tout de Sophie Guignon, Chloé Domat et Kamal Hakim, Steinkis / Les Escales, 2024, 152 p.
2016. Le docteur Robert Sacy fonde l’un des rares services de pédiatrie dans un hôpital public libanais. Quatre ans plus tard, Sophie Guignon et Chloé Domat, journalistes installées au Liban, le rencontrent, assis dans les décombres de son service, au lendemain de l’explosion du 4 août. Le docteur Sacy leur retrace les jalons d’une vie d’engagement qui bat au rythme des mouvements de marée d’un pays bouillonnant. Un reportage vidéo, plus tard, fait naître l’envie de poursuivre l’aventure dans un format long, celui d’une bande dessinée qui se donne les moyens et la place de faire un vrai travail de contextualisation.
Se crée alors un dialogue réjouissant qui mêle, sur plus de 140 pages, des registres divers : celui de la touchante introspection, avec les mots d’un homme d’action au crépuscule de sa vie, celui du journalisme à travers une ample présentation par les deux scénaristes du contexte libanais, sans concession mais avec doigté, et celui du quotidien, puisque le récit est habité, palpable, prenant racine dans la vie des trois auteurs.
Au dessin, Kamal Hakim – qui cache aussi dans sa besace les traces d’études en sciences politiques – tire le meilleur d’un trait qui a la capacité à être malléable, penchant selon les besoins des scènes tantôt vers le réalisme, tantôt vers le schéma, tantôt vers le « cartoonesque » du jeu d’acteur. Il donne chaire aux propos comme si, Beyrouthin dans la peau, il fournissait par le dessin une matière première organique, vivante, qui a sa propre vie, un peu virevoltante, entre les lignes de textes.
Si nous avons tous, à un moment, résumé à des amis de l’étranger, par une liste à la Prévert, les catastrophes successives de ces dernières années, il nous manquait un album nuancé, clair, sensible et intelligent, à mettre entre les mains de ceux qui posent la question. Il est désormais là et s’intitule Beyrouth, malgré tout.
Kamal Hakim au festival
Dessiner, raconter la guerre, table ronde avec Baudoin, Kamal Hakim, Doan Bui et Delphine Minoui, dimanche 26 octobre à 12h, ESA (Amphithéâtre Fattal).