Le professeur Joseph Maïla, à gauche, lors d'un débat avec les participants au séminaire, le 3 octobre 2025 à l'AUB. Photo Zeina Antonios/L'OLJ
La fondation Michel Chiha, l'Université américaine de Beyrouth (AUB) et l'USJ ont organisé un séminaire vendredi durant lequel l'identité libanaise a été abordée par plusieurs chercheurs. Intitulé « À la croisée de l'histoire, de la culture et de la géographie : une analyse multidimensionnelle de l'identité libanaise », cet événement, animé par Joseph Maïla, professeur de géopolitique et de relations internationales, a débattu de l'héritage culturel, géographique et génétique du Liban moderne.
« Nous utilisons des éléments mythologiques pour commencer la construction d'une identité afin de lui donner une légitimité, puis vient ensuite la volonté de vivre ensemble », explique d'emblée Amine Elias, spécialiste en histoire des idées dans l'espace arabo-méditerranéen. « Le roman national, le mythe fondateur, est un mélange entre faits et mythologie. La volonté de vivre ensemble pourrait être une bonne chose pour le développement » d'une identité nationale, affirme ce chercheur.
Revenant sur l'œuvre du philosophe et homme politique Michel Chiha et ses théories sur le Liban, l'historien Makram Rabah estime que « la vision de Chiha, qui parlait du Liban comme d'un message, n'a jamais été mise en œuvre ». « Chiha pensait que le Liban devait être arabe et occidental pour survivre, ce qui l'a rendu extraordinairement résilient », explique Rabah en estimant que le « nationalisme numérique » développé aujourd'hui sur les réseaux sociaux « sape le pont entre l'Orient et l'Occident évoqué par Chiha ». « Le Liban de demain doit cultiver un pacte civique qui reconnaît la différence comme une richesse », préconise-t-il.
Le chercheur Nadim Shehadi, estime, pour sa part, que « l'identité libanaise est en état de désintégration et la nouvelle génération s'oppose à la conception du Liban défendue par Chiha ».
Michel Chiha, propriétaire et éditorialiste du « Jour » de 1937 à sa mort en 1954, est le théoricien et l’ingénieur de la Constitution libanaise. Il a également appelé à développer le multiculturalisme et le libéralisme au Liban, ainsi que l'ouverture vers l'Occident et le monde arabe.
ADN, statut personnel et langue arabe
Du côté de la génétique, une étude menée par Marc Haber, chercheur à l'Université de Birmingham, démontre que les Libanais d'aujourd'hui «présentent une continuité génétique avec les Cananéens de l'âge de bronze». Il a révélé avoir travaillé sur de l'ADN ancien, collecté sur des ossements retrouvés lors de fouilles menées ces des dix dernières années à Saïda par l'archéologue Claude Doumet Serhal. « Nous avons reconstitué l'ADN de ces individus, vieux de 4 000 ans, et appartenant à l'époque cananéenne. Nous avons retrouvé une grande continuité génétique entre cette époque et le Liban actuel », et ce malgré les nombreux peuples qui sont passés par le Liban, notamment les Croisés, indique M. Haber.
L'identité libanaise passe aussi par les lois sur le statut personnel, qui diffèrent selon les communautés religieuses, et qui « déterminent ce que nous sommes », selon Youmna Makhlouf, conférencière à l'Université Saint-Joseph (USJ). « L'appartenance à une communauté religieuse détermine le statut d'une personne, les lois qui la régissent, avec les conséquences que cela pose quant à l'accès à certains droits civiques et politiques », poursuit-elle. « Nous avons une identité civile et une identité religieuse, une identité individuelle et une autre collective. Cela va susciter de nombreuses tensions », indique Mme Makhlouf, qui appelle « l'État libanais à mettre en place un droit civil familial pour ceux qui ne souhaitent pas être soumis à la juridiction religieuse ».
La linguiste Lina Choueiri a évoqué, de son côté, l'identité libanaise à travers le prisme de la langue arabe, notant que « la thaoura de 2019 a remodelé la linguistique au Liban et poussé de nombreuses personnes à s'exprimer en arabe sur les réseaux sociaux ». Selon elle, la langue arabe «porte un poids idéologique» et son « enchevêtrement complexe s'accorde avec les revendications identitaires des jeunes ».



Selon elle, la langue arabe «porte un poids idéologique»... ce poids réside dans la langue Aramaic où l'hébreu et l'arabe se croisent allègrement... toutes les tensions entre les peuples du moyen orient sont purement dues à une avidité insatiable de dominance au nom de n'importe quoi qui donne pouvoir ... religion, concept politique, puissance militaire, ou, tout simplement, juste l'impression d'être le seul à avoir raison et les autres ne l'apprennent qu'à force de flagelations. Allah yisdaidna...
23 h 51, le 05 octobre 2025