Le président américain a donné vendredi au Hamas jusqu’à dimanche 22h00 GMT pour accepter son plan de paix pour Gaza, qu’il a présenté comme un accord « de la dernière chance » pour mettre fin à deux ans de guerre dans le territoire palestinien. Le mouvement islamiste avait annoncé un peu plus tôt avoir besoin de plus de temps pour examiner le plan présenté par Donald Trump, que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dit soutenir. Le locataire de la Maison-Blanche, qui avait donné mardi au Hamas un ultimatum de « trois ou quatre jours », a alors fixé l’heure limite à dimanche 18h00, heure de Washington, soit 22h00 GMT ou 1h00 lundi à Gaza, pour accepter sa proposition. « Si cet accord de la dernière chance n’est pas trouvé, l’enfer se déchaînera comme jamais contre le Hamas », a-t-il écrit sur son réseau Truth Social. « Le Hamas poursuit toujours ses consultations (...) et a informé les médiateurs que les consultations nécessitent encore un peu de temps », avait indiqué auparavant à l’AFP un responsable du mouvement. Le plan Trump prévoit notamment un cessez-le-feu, la libération dans les 72 heures des otages retenus dans la bande de Gaza et le désarmement du Hamas, dont l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël a déclenché la guerre. En riposte, Israël a lancé une offensive dévastatrice dans le petit territoire, placé en état de siège, qui a fait des dizaines de milliers de morts, provoqué un désastre humanitaire et des déplacements massifs de population.
« Points de préoccupation »
Le plan américain prévoit un retrait israélien progressif du territoire et la mise en place d’une autorité de transition chapeautée par M. Trump, le principal allié d’Israël. Soutenue par plusieurs pays arabes et occidentaux, la proposition américaine est pourtant truffée de zones d’ombre, notamment sur le calendrier du retrait israélien et le cadre du désarmement du Hamas. Mohammad Nazzal, membre du bureau politique du Hamas, a indiqué que le « plan comporte des points de préoccupation ». Une source palestinienne proche de la direction du Hamas avait indiqué mercredi à l’AFP que le mouvement « souhaitait amender certaines clauses comme celle sur le désarmement et l’expulsion » de ses membres.
« Les Qataris vont mettre la pression sur le Hamas pour qu’il donne une réponse positive, même s’il n’accepte pas l’intégralité du plan », indique Hugh Lovatt, spécialiste du Moyen-Orient au Conseil européen des relations internationales. « Il ne s’agit pas seulement de convaincre la direction du Hamas à Doha, mais aussi celle de Gaza, ainsi que ses membres et combattants » sur place. Une autre source proche des négociations en cours à Doha a dit à l’AFP mercredi qu’« il existait deux opinions au sein du Hamas », la première soutenant « l’approbation inconditionnelle » du plan Trump, la seconde rejetant « le désarmement et les expulsions » des cadres du Hamas.
« Lieux de mort »
Pendant ce temps, dans la bande de Gaza, « la situation est catastrophique », a affirmé Adnan Abou Hasna, un représentant local de l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens (Unrwa). « Des dizaines de milliers de Palestiniens sont contraints à des déplacements répétés qui coûtent extrêmement cher et l’accès à la nourriture et à l’eau reste limité », a-t-il ajouté, alors que la guerre a fait plus de 66 288 morts dans la bande de terre. Amnesty International a condamné de son côté des « déplacements massifs » dus à l’offensive sur Gaza-Ville, ajoutant que des centaines de milliers de Palestiniens étaient contraints de se réfugier dans des « enclaves surpeuplées dans le Sud ».
L’armée israélienne a lancé le 16 septembre une offensive sur la ville, qu’elle présente comme le dernier bastion du Hamas et dont les habitants ont été contraints de fuir vers le sud. Elle avait notamment exhorté les Palestiniens à s’installer dans ce qu’elle qualifie de « zone humanitaire » à al-Mawassi, sur la côte. Mais les Nations unies ont assuré qu’il n’existait pas de refuge sûr pour les Palestiniens, qualifiant de « lieux de mort » les zones de sécurité désignées par Israël dans le Sud. « L’idée d’une zone de sécurité dans le Sud est une farce », a déclaré depuis Gaza James Elder, porte-parole de l’Unicef. Une attaque israélienne a ainsi tué vendredi au moins sept Palestiniens dans al-Mawassi, selon une source au sein de l’hôpital Nasser citée par al-Jazeera.
Mesures internationales
Dans ce contexte, les Pays-Bas ont déclaré vendredi maintenir leur interdiction d’exportation de pièces détachées pour les avions de combat F-35 vers Israël, malgré une décision de la Cour suprême leur donnant la possibilité de modifier leur politique. « Compte tenu des circonstances actuelles, il n’est pas raisonnable de reprendre à ce stade l’exportation de composants du F-35 des Pays-Bas vers Israël », a déclaré le gouvernement dans un communiqué. Les pièces de F-35, qui appartiennent aux États-Unis, sont stockées dans un entrepôt aux Pays-Bas, puis expédiées à plusieurs partenaires, dont Israël, dans le cadre d’accords d’exportation existants. En février, la cour d’appel de La Haye avait ordonné à l’État d’arrêter la livraison de ces pièces, donnant raison à des organisations de défense des droits de l’homme qui soutiennent que ces pièces contribuent aux violations du droit international par Israël dans sa guerre contre le Hamas. Mais vendredi matin, la Cour suprême a jugé que la cour d’appel avait outrepassé ses compétences et déclaré qu’il appartenait au gouvernement, plutôt qu’aux juges, de définir la politique étrangère. Les juges ont ordonné au ministre du Commerce extérieur de réévaluer la situation dans un délai de six semaines, mais la décision a été prise en quelques heures. Cependant, le gouvernement a précisé que cette mesure n’avait aucun rapport avec ce qu’il a qualifié de « situation catastrophique dans la bande de Gaza ».
Source : AFP