Le rocher de la Grotte aux Pigeons illuminé avec les portraits de Hassan Nasrallah et Hachem Safieddine. Photo L'Orient-Le Jour/Mohammad Yassine
Des milliers de partisans du Hezbollah se sont rassemblés jeudi soir sur le front de mer à Beyrouth pour commémorer l’assassinat, il y a un an, par Israël de leur chef Hassan Nasrallah, dont le portrait a été projeté sur le rocher de la Grotte aux Pigeons. Wafic Safa, chef de l’unité de liaison du Hezbollah et cible d’une tentative d’assassinat israélienne le 10 octobre 2024, était présent lors du rassemblement.
Brandissant des portraits de Hassan Nasrallah et des drapeaux du Hezbollah, les participants scandaient : « Israël est l’ennemi des musulmans ». Certains sont arrivés à bord de dizaines de petits bateaux décorés de fanions jaunes du groupe.
Affaibli par une guerre meurtrière avec Israël, qui s’était achevée par un cessez-le-feu en novembre, le Hezbollah prévoit une série de commémorations pour le premier anniversaire de la mort de son chef. Hassan Nasrallah avait été tué le 27 septembre 2024 dans une frappe israélienne sur la banlieue sud de Beyrouth, fief du Hezbollah. Son successeur désigné, Hachem Safieddine, a été tué dans un autre raid début octobre.
🎥 #Vidéo | La Grotte aux pigeons à Beyrouth illuminée à l'effigie de l'ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah et de Hachem Safieddine, malgré l'interdiction émise la veille par le mohafez de la capitale.pic.twitter.com/ig0NlIGAQg
— L'Orient-Le Jour (@LOrientLeJour) September 25, 2025
Les portraits des deux hommes ont été brièvement projetés sur le rocher de la Grotte aux Pigeons, un geste interprété comme un défi à l’interdiction émise la veille par le mohafez de Beyrouth, Marwan Abboud, qui avait autorisé le rassemblement mais interdit toute son et lumière sur ce site emblématique.
Le Premier ministre Nawaf Salam a dénoncé sur X « une violation flagrante de l’accord donné par le mohafez de la ville ». « En conséquence, j’ai contacté les ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense afin qu’ils prennent les mesures appropriées, y compris l’arrestation des responsables et leur renvoi devant la justice pour qu’ils soient sanctionnés conformément aux lois en vigueur », a-t-il ajouté. Il a également souligné que « ce comportement répréhensible ne nous détournera pas de notre décision de reconstruire un État fondé sur la loi et les institutions ; au contraire, il renforce notre détermination à accomplir ce devoir national ».
Le portrait du président de la Chambre et chef du mouvement Amal Nabih Berry, ainsi que des deux anciens Premiers ministres, Saad Hariri et son père Rafic Hariri, entourant Hassan Nasrallah, ont également été projetés. Rafic Hariri avait été tué à Beyrouth le 14 février 2005, du temps de la domination syrienne sur le Liban, dans un attentat suicide à la camionnette piégée qui avait fait 21 autres morts. En 2022, le Tribunal spécial des Nations unies pour le Liban (TSL) avait condamné par contumace deux membres du Hezbollah à la prison à perpétuité pour cet attentat, à l'issue d'un long procès.

« Sioniste, sioniste » et « Chiaa, Chiaa »
Le journaliste d’al-Manar Ali Barro a publié, depuis le Rocher de Raouché, une vidéo dans laquelle il adresse des insultes à Nawaf Salam, aux côtés de Wafic Safa, qui riait à ses côtés. « Nawaf, le haj (Wafic) te passe le bonjour et te dit : On va l’allumer, Nawaf, et on va t’éteindre », dit-il.
Le journaliste ajoute ensuite une fois la grotte illuminée : « Et voilà, Nawaf, on l’a illuminée, malgré toi et malgré ton maître Yazid », en référence à l’émissaire saoudien au Liban, le prince Yazid ben Farhan.
« Même après son martyre, son doigt t’a brisé la tête, t’a brisé la nuque, et t’a brisé ta décision », a-t-il ajouté en parlant de Hassan Nasrallah.
Le Premier ministre libanais, Nawaf Salam, avait appelé lundi les autorités à « interdire l’usage des lieux publics et touristiques sans autorisation ». Dans la foule, une femme lance : « Gardez votre rocher, vous irez vous y cacher bientôt », s’adressant à Nawaf Salam et au président Joseph Aoun. De nombreuses insultes ont également été proférées contre le Premier ministre.
Un homme, brandissant la photo de Hassan Nasrallah, a montré sa carte d’identité libanaise ainsi qu’une fausse carte au nom du défunt chef du Hezbollah : « On a donné des martyrs, qu’as-tu fait pour ce pays ? » s’exclame-t-il, en référence à Nawaf Salam. Dans la foule, on scande en chœur : « Sioniste, sioniste, Samir Geagea sioniste ». Parmi les participants, un homme arbore un tatouage sur le cou avec la date « 27.09.2024 », jour de l’assassinat de Hassan Nasrallah.
« Le Sayyed était le symbole de tous les musulmans, le seul à défendre Gaza », confie à L’Orient-Le Jour un homme de nationalité égyptienne. « Nous ne faisons pas de différence de religion, mais l’État nous pousse dans un coin. Nous n’avons pas le choix si nous voulons exister », ajoute un Libanais d’une quarantaine d’années, après avoir scandé « Chiaa, Chiaa » (chiites, chiites). « Je suis venu montrer que la résistance est d’abord humaine. Nous sommes là et, si vous voulez nous enlever les armes, il faudra d’abord nous enlever un par un », déclare un étudiant en journalisme de 22 ans.
Le Hezbollah est soumis à une intense pression pour livrer ses armes à l'Etat et l'armée libanaise a élaboré un plan pour le désarmer, en commençant par le sud du pays, frontalier d'Israël. Le groupe chiite avait ouvert un front contre Israël au début de la guerre à Gaza le 7 octobre 2023, affirmant agir en soutien au Hamas, son allié. Les hostilités ont tourné à la guerre ouverte en septembre 2024, avant un cessez-le-feu entré en vigueur le 27 novembre. Israël continue cependant de frapper régulièrement des cibles de la formation au Liban.


Donc les portraits de HN sont sortis de la grotte aux pigeons, est ce un honneur? Cela ne s’invente pas. On aurait pas pu faire mieux malgré notre imagination débordante.
13 h 52, le 26 septembre 2025