L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine s'adressant aux médias à son arrivée au tribunal de Paris le 7 octobre 2019, lors du premier jour du procès sur l'aspect financier de « l'affaire Karachi », une affaire de pots-de-vin présumés liés à un contrat d'armement qui aurait financé la campagne présidentielle d'Édouard Balladur en 1995. Photo AFP/BERTRAND GUAY
L'homme d'affaires franco-libanais Ziad Takieddine a été inhumé jeudi en toute discrétion dans son village natal au Liban, loin de la lecture du jugement en France d'un dossier dont il était un protagoniste clé.
Le tribunal de Paris a rendu jeudi sa décision dans l'affaire des soupçons de financement libyen de la campagne présidentielle 2007 de l'ancien chef de l'Etat Nicolas Sarkozy, qui a été condamné à cinq ans de prison.
Concernant Ziad Takieddine, décédé mardi à 75 ans et principal accusateur dans ce dossier, le tribunal a constaté l'extinction de l'action publique à son encontre, suite à la communication d'un acte de décès officiel.
Il n'avait pas comparu au procès, et n'y était pas représenté par un avocat.
Son enterrement s'est déroulé dans son village de Baakline, dans les montagnes libanaises, en présence de notables locaux et des religieux druzes. Il a été inhumé dans le caveau familial, devant lequel étaient placées trois couronnes de fleurs blanches.
Plusieurs habitants du village druze - une religion ésotérique issue de l'islam - ont rendu hommage à un « généreux » bienfaiteur attaché à sa région, loin de son image sulfureuse en France.
« Ici, il a contribué à résoudre des problèmes financiers ou de développement dans la région, en soutenant des familles dans le besoin et en aidant à certains projets », a témoigné auprès de l'AFP Makram al-Ghosseini, 65 ans, docteur en pharmacie.
Il « était une personnalité respectée, avec une grande stature au Liban et en Europe, mais qui a été victime d'injustices et de trahisons », a-t-il estimé.
Bassam al-Masri, 65 ans, retraité des forces de l'ordre, a dit ne pas l'avoir connu personnellement mais avoir « toujours entendu parler de lui comme d'un homme généreux, qui servait son village et aidait les gens ».
L'homme d'affaires était détenu depuis un mois dans une prison de Tripoli (nord du Liban) à la suite d'un litige financier avec son avocat, selon sa famille. Il avait été emmené à la suite d'une crise cardiaque à l'hôpital où il est décédé.
Connu en France pour ses déclarations fluctuantes, il avait accusé Nicolas Sarkozy d'avoir reçu des financements de la part du défunt dictateur libyen Mouammar Kadhafi.
Il était visé dans ce dossier par un mandat d'arrêt en France, mais le Liban n'extrade pas ses ressortissants.
Ziad Takieddine avait déjà été condamné à cinq ans de prison ferme dans le volet financier de la tentaculaire affaire Karachi, un système de commissions occultes sur des contrats d'armement français avec l'Arabie saoudite et le Pakistan.


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