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Nos lecteurs ont la parole

Politesse et respect en déclin... dans un pays en survie

Cette partie intégrante de la société est complexe. Mais, depuis belle lurette, elle s’est rétrécie comme peau de chagrin… Ne serait-ce que dans sa formulation verbale, elle se limite à des bribes de mots bredouillés et à peine audibles.

Mais encore, la politesse se manifeste bien souvent par un semblant de hochement de tête, si ce n’est un mollasson signe de la main.

Ici, nous ne parlons que de politesse élémentaire, le « b.a.-ba ».

Dire « bonjour », c’est ringard… Il est préférable de se contenter d’un « hi » ou à la limite d’un « salut »…

Que dire de celles et ceux qui vous coupent la parole ou de celles et ceux qui ne vous regardent même pas lorsque vous leur adressez la parole ?

Ne faut surtout pas croire qu’il s’agit du lexique ou du code des jeunes générations uniquement. Actuellement, vu que l’on appartient à l’ère de la coolitude, nous voilà tous jeunes et relax, que nous soyons quinquagénaires ou plus…

Il paraît que le rythme de vie effréné serait pour quelque chose dans ce déclin.

À l’heure où tout va vite, prendre la peine de saluer, sourire se transforme presque en un acte militant. La politesse devient un luxe.

Partout dans le monde, le client est roi. Soit. Au pays du Cèdre, le client est dictateur. Quel que soit le lieu où il entre pour être servi, il se dirige droit vers le personnel avec des œillères.

Ignorant la présence des clients qui sont là, devant lui, donc avant lui. Il pénètre les lieux en trombe et s’adresse directement au proprio, sinon au prestataire habitué à le servir. Et comme il est toujours pressé, il obtiendra gain de cause. Ici, respect et civilité n’ont pas leur place. En effet, le commerçant libanais se débrouille toujours pour servir plusieurs clients en même temps...

C’est simple : il ne veut en perdre aucun. Faire la queue ? Mais quelle aberration !

Notre individualisme endémique n’ouvre-t-il pas grand les portes de l’irrespect et de l’impolitesse ? L’un n’allant d’ailleurs jamais sans l’autre.

Nous voilà en société, au cœur d’une soirée… Les hôtes essaient vainement de fixer l’heure d’arrivée des convives... En fait, dans la majorité des cas, personne ne daigne la respecter, et cela va de soi dans notre société… Quid de cette dame qui rétorque à son époux qu’elle ne veut pas être la première arrivée ?

Il paraît que les gens « chics » débarquent en dernier, à savoir vers 22 heures. Ne faut surtout pas se laisser abuser et croire que quiconque se donnera la peine de présenter des excuses pour son retard. Loin s’en faut. Les retardataires sont des transgressifs, limite je-m’en-foutiste. Il s’agit souvent de personnes narcissiques, ou tout au moins insouciantes et négligentes.

La ponctualité n’a pas de valeur, et le retard n’est pas perçu négativement. Dès lors, chaque invité arrivera à l’heure qui lui convient... Pour être vu et bien vu.

Nous ne connaissons certes pas tous les invités. Alors pour commencer, que de fois ne nous a-t-on présenté à des personnes écoutant à peine notre nom, sans même nous jeter un regard ? Les individus qui « se connaissent » manifestent des marques d’effusion qui font croire à des liens enchanteurs et autres rapports fort intimes. Or, le plus souvent, il n’en est rien.

Et si nous avons le malheur de connaître peu de personnes au cours de ces soirées, nous risquons fort de nous retrouver seuls/es dans notre coin.

La raison est simple. Nombre de spécimens ne parlent qu’à la première personne du singulier. Bref, nombrilistes, ces individus ne devisent que sur eux-mêmes. Nous avons un seul choix : les écouter. Le manque de considération pour autrui est coutumier sous nos cieux cléments …

Mais quid du manque d’éducation ? Un exemple très courant me vient à l’esprit : le manque de respect entre les générations, à savoir entre les enfants et leurs ascendants. Tels ces jeunes adolescents, voire ces gosses qui tutoient les parents de leurs copains, voire les amis de leurs parents …

Non, non et non ! Le vouvoiement fait partie intégrante de la politesse, d’un certain respect dû à l’âge. Point barre.

Mais encore, technologie et réseaux sociaux ont engendré une nouvelle forme d’impolitesse. L’impolitesse 2.0 est une espèce en pleine expansion. Avec les écrans, de nouvelles manières d’être discourtois sont apparues…

L’impolitesse est devenue sournoise. On parle à quelqu’un tout en scrollant sur son téléphone. On lit un message mais on l’ignore. Un « vu » qui reste sans réponse. On interrompt une conversation pour vérifier ses notifications… La liste est bien longue.

De toute façon, la politesse en ligne, c’est « has been ». Aujourd’hui, on envoie des « ok » secs comme un coup de matraque, on répond par « lol » à une blague qui ne faisait déjà rire que son auteur.

En fait, l’impoli 2.0, c’est l’impoli « classique » indifférent, méprisant, irrespectueux, mais « mis à jour » et donc plus développé grâce à internet et les nouvelles technologies.

Vous me direz que cette décadence est universelle. Soit. Mais au pays du Cèdre, elle prend une ampleur démesurée. La précarité économique, les pénuries, la situation sécuritaire volatile alimentent un climat de tension et de frustration. Autant de facteurs engendrant l’impolitesse en ligne voire lors d’interactions personnelles. Tous les comportements qui s’inscrivent dans un contexte de dégradation sociale.

Quant aux enfants, voire les adolescents qui appellent leurs parents par leurs prénoms… Dans beaucoup de cultures traditionnelles (comme au Liban, voire en Europe), ce comportement est considéré comme un manque de respect.

« Papa » et « maman » ne sont pas de simples mots : ils marquent le lien affectif, mais aussi la reconnaissance d’une autorité et d’un rôle unique. Employer le prénom revient à effacer cette distinction de rôle et à les traiter comme des amis ou n’importe quel adulte. Une familiarité déplacée.

Certes, c’est le plus souvent à partir de l’adolescence que cette forme de communication apparaît. Souvent en conflit avec leurs parents, les ados s’en servent pour atteindre en plein cœur ceux qu’ils défient. Ce n’est ni plus ni moins qu’une façon de banaliser le rôle de leurs parents : rejeter l’autorité.

Je vois d’ici une pléthore de lecteurs me tomber dessus pour un excès de conservatisme.

J’entends d’aucuns proclamer haut et fort qu’ici, l’impolitesse n’a pas sa place. Je répliquerai qu’à mon sens, il y a là un manque de respect. Jesper Juul, feu le thérapeute familial pour enfants, le plus célèbre d’Europe, a déclaré qu’un enfant qui appelle ses parents par leur prénom est en fait un enfant qui n’a pas de parents. Mais coolitude oblige. Ce comportement « moderne » se veut détaché de toute sorte de « contrainte ».

La politesse au volant, dans la rue, dans tous les lieux publics… Quelle idée d’aborder ce pan de la vie sociale au pays du Cèdre !

Inventorier les innombrables incivilités que piétons et autres chauffeurs sont capables de commettre sur la voie publique relève d’une liste non exhaustive. On peut juste évoquer les comportements les plus courants : jeter des déchets sur la voie publique, insulter passants et chauffeurs, dépasser à droite, faire des tête-à-queue… des queues de poisson… pour ne citer que quelques insolences.

Mis à part notre incivilité récurrente, nous ne pouvons ignorer que nous sommes les citoyens les plus désorganisés, et indisciplinés, qui soient.

Au pays du Cèdre, un petit plus s’ajoute à tout cela… Le manque de respect, serait, entre autres, lié à un sentiment de supériorité ou d’infériorité, sachant que le Libanais a bien souvent un ego surdimensionné. Et ce quel que soit la classe sociale à laquelle il appartient. Une tendance amplifiée par les réseaux sociaux permettant une mise en scène de soi en continu !

Alors ? Que faire ? Sortir de sa bulle de temps en temps permet de s’ouvrir à l’autre. Tout simplement.

Un exemple banal, mais qui en dit long… Un piéton qui remercie l’automobiliste qui l’a laissé traverser la rue est un individu attentif au conducteur et qui le lui montre. Un geste qui a d’autant plus de valeur au pays du Cèdre où les feux de signalisation sont quasi inexistants…


Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Cette partie intégrante de la société est complexe. Mais, depuis belle lurette, elle s’est rétrécie comme peau de chagrin… Ne serait-ce que dans sa formulation verbale, elle se limite à des bribes de mots bredouillés et à peine audibles. Mais encore, la politesse se manifeste bien souvent par un semblant de hochement de tête, si ce n’est un mollasson signe de la main. Ici, nous ne parlons que de politesse élémentaire, le « b.a.-ba ».Dire « bonjour », c’est ringard… Il est préférable de se contenter d’un « hi » ou à la limite d’un « salut »…Que dire de celles et ceux qui vous coupent la parole ou de celles et ceux qui ne vous regardent même pas lorsque vous leur adressez la parole ?Ne faut surtout pas croire qu’il s’agit du lexique ou du code des jeunes...
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