L’inauguration de la table ronde. Photo fournie par l’USJ
Une table ronde axée sur la pollution plastique dans les océans, notamment la mer Méditerranée, s’est tenue le 15 septembre au campus du Liban-Sud de l’Université Saint-Joseph (USJ) à Bramiyé (Saïda), à l’occasion de l’arrivée de l’exposition sur les « Océans et mers plastifiés » à ce campus, après son passage à Beyrouth. Cette exposition restera dans ce campus jusqu’au 24 octobre.
Les experts sollicités pour la table ronde, organisée par l’USJ en partenariat avec l’Institut français et le Conseil national de la recherche scientifique (CNRS), ont donné leur constat sur l’aggravation de la pollution plastique ainsi que sur les solutions possibles. Milad Fakhry, directeur du Centre des sciences marines du CNRS, a fait un état des lieux suite à ses nombreuses sorties en mer, déplorant que les débris en plastique soient souvent plus nombreux que les poissons. L’activiste Malek Ghandour, président de l’association Amwaj el-Bia et du Rassemblement libanais pour l’environnement, a décortiqué l’action de la société civile, ses succès et ses (nombreux) déboires, plaidant pour des actions plus concrètes et une application plus stricte de la loi. Nour Mansour, étudiante en biochimie à l’USJ, a apporté ses explications sur la dissolution du plastique en mer, qui se transforme en microplastiques, intégrant tous les organismes vivants et finissant dans nos assiettes. Nabigha Dakik, membre de l’équipe de la réserve naturelle marine de Tyr, a expliqué comment ce site protégé est affecté par les déchets plastiques, notamment les tortues de mer dont c’est le sanctuaire. Enfin, Youssef Tohmé, membre du conseil municipal de Saïda, a mis en avant le rôle des municipalités et les actions entreprises par son conseil pour tenter d’empêcher la pollution de la mer.
Plusieurs discours ont été prononcés lors de la séance d’inauguration. La ministre de l’Environnement Tamara el-Zein a identifié trois « batailles » à mener pour restaurer la santé des océans : transformer les engagements internationaux en actions concrètes, agir dans l’urgence avant que les crises n’éclatent et promouvoir une approche interdisciplinaire de la recherche.
L’ambassadeur de France Hervé Magro a plaidé pour que la question des déchets plastiques soit au centre d’un débat national au Liban. Il a replacé l’engagement français dans un cadre international, rappelant que la France a accueilli à Nice la troisième conférence des Nations unies sur l’océan, en soulignant qu’il « n’y a pas encore de consensus international ».
Le père recteur Salim Daccache a souligné que la pollution plastique est un véritable problème de santé publique, les microplastiques s’infiltrant dans la chaîne alimentaire. Il a insisté sur la dimension économique de la crise, qui fragilise les familles vivant de la pêche et décourage le tourisme, et plaidé pour des « politiques publiques courageuses ».
Le secrétaire général du CNRS Chadi Abdallah a replacé la discussion dans une perspective globale, rappelant le rôle des océans dans la régulation du climat. Il a indiqué que plus de quatre millions de tonnes de plastique sont produites chaque année, dont une grande partie à usage unique, avec environ quinze tonnes qui finissent dans l’océan chaque minute.
Pour sa part, le vice-recteur à la recherche de l’USJ, Richard Maroun, a plaidé pour une union des forces –
chercheurs, décideurs, collectivités locales et citoyens – qui permettrait de relever le défi, enchaînant que la recherche scientifique devait sortir des laboratoires pour nourrir le débat public et inspirer les politiques durables.
Enfin, Dina Sidani, directrice du campus du Liban-Sud, a rappelé que cette initiative, portée par l’ambassade de France, l’Institut français, le CNRS, la Fondation Diane, la faculté des sciences et le vice-rectorat à la recherche de l’USJ, avait pour but de créer un espace d’échanges interdisciplinaires.