Quelle ne fut pas ma surprise, passant rue Bliss, de constater que la Librairie du Liban Publishers avait fermé ses portes pour être remplacée par une enseigne de transfert de fonds ! La fin d’une époque !
Après avoir brillé des décennies devant l’Université américaine de Beyrouth, l’ultime rempart de la culture, qui s’était spécialisé dans les littérature anglaise et arabe, s’est ainsi éteint. Certes, la librairie était en perte de vitesse. Doux euphémisme ! Mais elle se maintenait tant bien que mal avec son entrée un peu vieillotte et ses nouveautés qui, au fil des ans, n’étaient plus aussi nouvelles. Cependant, elle gardait un certain charme et une aura indiscutable près de cette sandwicherie (qui a aussi changé de propriétaire et de décor d’ailleurs) qui cache dans son arrière-boutique les décombres du cinéma Orly dont personne ne se souvient à part les vieux de la vieille.
Si je rends hommage à cette librairie, ce n’est pas parce que je suis un fidèle client. Mais bien parce qu’elle symbolisait une culture particulière avec des auteurs de talents et des livres de choix. Sa vitrine étalait modestement les quelques rares achats qu’elle continuait de se permettre auprès des diffuseurs. Les essentiels de la culture anglophone y étaient, les nouveaux auteurs inclus.
C’est dommage !
Si on considère qu’il ne reste plus que la Librairie internationale au centre Gefinor comme véritable espace culturel où fourmillent des pépites littéraires ainsi que certaines raretés, le papetier local (pour ne pas le citer et lui faire une publicité dont il n’a que faire et dont il n’a pas besoin) ne propose qu’un maigre stand de livres avec quelques auteurs américains à la mode et sur lesquels les étudiants jettent un regard distrait avant de se passionner pour les agrafeuses et les services d’impression qu’il offre.
Malheureusement, le centre Gefinor manque de clientèle et toute la beauté de la Librairie internationale risque aussi de s’effriter à terme. Pourtant, c’est une des meilleures du quartier pour ne pas dire la meilleure. Elle rayonne. Elle a du punch avec ses airs de vide-grenier et ses espaces étroits. Elle représente, à elle seule, tout un pan culturel de Ras Beyrouth.
Au final, que nous restera-t-il à Hamra à part les initiatives personnelles de vente (ou d’échange) de livres comme celle organisée chaque année par le café T Marbouta ?
Dieu merci ! La librairie Antoine continue de résister face au flot d’illettrisme dans lequel se noient les jeunes.
Certes, les téléchargements et les livres-audio (moins connus au Liban) font fureur (même si le terme est légèrement et volontairement exagéré en ce qui concerne les livres du moins), sans oublier les prix souvent rébarbatifs de certaines œuvres, tant en grand format qu’en format poche.
Comment voulez-vous dans ces cas-là que la lecture évolue ? Si la personne n’est pas obligée d’acheter pour une cause quelconque, elle se dirigera vers l’occasion si elle existe, ou pire vers la photocopie (interdite !) ou l’emprunt auprès d’un ami.
Je ne veux pas accuser les libraires méchamment. Je comprends bien que les frais d’importation et les taxes afférentes peuvent souvent être élevées. Mais aussi les marges qu’ils s’octroient doivent être revues d’autant plus que, hors période scolaire, il n’y a pas souvent foule au comptoir. S’ils veulent lutter contre la folie d’internet, c’est le seul moyen. Malheureusement, la situation ne fait qu’empirer.
Le chaland passe, regarde le prix et, même si la quatrième de couverture est passionnante, repose le livre à sa place préférant consacrer cet argent à des fins plus intéressantes. Ce n’est pas le cas de tout le monde, mais d’une majorité. On pense deux fois avant de se procurer n’importe quoi une fois que le prix est vu. Que serait-ce alors si le produit est de moins en moins prisé ?
Pensez-y !
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