D.R.
L’Enfer magique de Hikmat Abou Zeid, Librairie Antoine, 2025, 187 p.
Il n’est pas rare qu’un homme d’affaires taquine la Muse, exutoire nécessaire pour fuir le monde matériel et s’élever. Charles Corm en est le meilleur exemple. Entrepreneur et juriste, président de la société OMT, Hikmat Abou Zeid vient de publier un second livre de poésie qui fait suite à un premier recueil poétique intitulé Les Artères de l’instant paru chez Antoine en 2023 et à un essai intitulé La Révolution institutionnelle au Liban, également disponible en arabe.
Tout a commencé pour lui au Lycée. « Je sentais un mal-être métaphysique. Au moment du passage à l’âge adulte, je sentais un bouillonnement interne. Je me suis mis à écrire des réflexions, des aphorismes, tout en lisant des poètes libanais comme Nadia Tuéni », raconte l’auteur. Après des études de droit au Liban et de management dans une grande école à Paris, il s’intéresse à la question libanaise et se propose d’analyser les tares de notre système et d’imaginer des solutions pour y remédier, et ce, bien avant le déclenchement de la Révolution d’octobre. Il préconise une décentralisation administrative et financière poussée, comme dans différents pays européens, tout en rejetant le fédéralisme qu’il juge inapplicable et contraire à l’universalisme libanais.
Sa rencontre avec deux amis écrivains va l’encourager à publier ses premiers poèmes, composés en 2022 et 2023. À peine son premier recueil édité, il se lance dans l’écriture du second où il évoque différents sujets philosophiques en faisant appel au « langage universel de l’homme qui est l’émotion ». Ses textes sont tantôt patriotiques, tantôt lyriques, sous-tendus par l’idée de liberté et par sa volonté de glorifier le miracle de la vie qui l’a toujours ébloui.
Le poète s’interroge sur sa place dans le monde, sur son devenir, écartelé entre « la vocation de pureté » et « la tentation du vice », confronté au « néant de l’absolu ». Il résiste, décide « de ne jamais succomber », de « savourer les variations continues », assume son destin, s’émerveille à chaque voyage et proclame que « vivre, c’est oser ». Bien sûr, il y a les affres de la guerre, le pays meurtri, les massacres, comme celui de Meziara qui a coûté la vie à son grand-père maternel, mais ces cauchemars ne l’empêchent pas de « rêver de paix » et d’aspirer à l’amour qui ressuscite – et qui sera au cœur de son prochain recueil, en cours d’écriture.
Quant à la forme de ses poèmes, elle est libre, quoique la musicalité rythme toujours ses vers. À ses yeux, l’imagination ne doit pas tuer le sens ; le poète doit rester fidèle à son émotion sans se laisser enfermer dans le carcan des règles classiques.
Il est salutaire que la littérature libanaise francophone puisse encore compter sur la génération de la relève, celle qui témoigne de notre richesse intellectuelle et de l’importance de la poésie qui a fait dire à Michel Chiha : « Que deviendrons-nous sans la poésie qui est prière et qui est musique, qui est beauté et qui est amour, qui est intelligence et qui est lumière ? »