Critiques littéraires Bande dessinée

Un classique, sous un autre angle

Un classique, sous un autre angle

Vipère au poing de Frédéric Rébéna (adaptation du roman de Hervé Bazin), Rue de Sèvres, 2025, 120 p.

La dernière fois qu’il avait, aux éditions Rue de Sèvres, revisité un roman culte en bande dessinée, Frédéric Rébéna avait offert une adaptation marquante de Bonjour Tristesse de Françoise Sagan. Son dessin au trait fragile, aux masses de noirs bruts, portait en lui ce qu’il faut de mystère et de sophistication pour habiter avec élégance le manège amoureux et charnel du récit de Sagan.

C’était il y a sept ans, en 2018. Et depuis, il couve l’idée d’une nouvelle adaptation littéraire. Aujourd’hui, il choisit de se confronter à un autre monument de la littérature française : Vipère au poing d’Hervé Bazin. Lui reviennent alors les réminiscences de cette lecture de jeunesse et, surtout, la forte impression laissée par le personnage de Folcoche, cette mère tyrannique imposant son autorité impitoyable sur la fratrie du narrateur. Un narrateur qui n’est autre qu’un double romanesque de l’auteur Hervé Bazin, qui relate dans le roman original sa propre enfance marquée par le retour de parents longtemps absents et la domination maternelle qui s’ensuit.

Vipère au poing est devenu au fil des ans une lecture habituelle proposée au collège. Il est donc souvent lu par des adolescents qui s’identifient bien rapidement aux personnages de leur âge. Au risque peut-être de ne pas assez chercher à creuser sous la carapace du personnage de la mère. Pour Frédéric Rébéna, il ne s’agissait pas de reproduire la vision un peu schématique qu’on peut avoir enfant, réduisant Folcoche au monstre maternel sans nuance. Il lui fallait l’approcher autrement : croiser le regard du narrateur avec celui de l’adulte qu’il est devenu, creuser les motivations de la mère et deviner, derrière la dureté, un nœud de blessures et de contradictions. Une sorte de compréhension sans complaisance. Ainsi abordé, le récit s’épaissit et gagne en complexité.

Plutôt que de vouloir tout raconter, Rébéna choisit de concentrer son adaptation sur ce lien mère-fils, au risque d’écarter un pan de l’arrière-plan autobiographique plus large de l’œuvre originale. Mais plutôt que d’abréger ou de « charcuter », il extrait ainsi l’essence de l’histoire et l’explore jusqu’au bout. Le résultat, plutôt que de tourner en rond, est l’histoire d’un lien évolutif, et parvient même à laisser entrevoir en bout de course un fragile terrain d’entente entre les personnages.

L’album se conclut d’ailleurs par un texte de Rébéna, sincère et éclairant, dans lequel il explicite sa démarche.

Graphiquement, on retrouve le dessin mouvant et insaisissable du dessinateur qui ne s’enferme jamais dans un schéma répétitif : d’une case à l’autre, il surprend par ses audaces, alternant lignes nerveuses, vibrantes, et masses noires, jeux de rythme et variations d’atmosphère. Si l’album est joliment mis en couleur, c’est avant tout l’encrage, le noir, qui nous marque, et qui donne bien souvent envie de voir les planches originales.

Ce caractère mouvant du dessin n’est pas sans rappeler l’esprit d’Hugo Pratt. Et l’on se prend à rêver, en refermant l’album, de ce que donnerait une aventure de Corto Maltese vue par Rébéna, même si, sans doute, ce n’est pas là son projet.


Vipère au poing de Frédéric Rébéna (adaptation du roman de Hervé Bazin), Rue de Sèvres, 2025, 120 p.La dernière fois qu’il avait, aux éditions Rue de Sèvres, revisité un roman culte en bande dessinée, Frédéric Rébéna avait offert une adaptation marquante de Bonjour Tristesse de Françoise Sagan. Son dessin au trait fragile, aux masses de noirs bruts, portait en lui ce qu’il faut de mystère et de sophistication pour habiter avec élégance le manège amoureux et charnel du récit de Sagan.C’était il y a sept ans, en 2018. Et depuis, il couve l’idée d’une nouvelle adaptation littéraire. Aujourd’hui, il choisit de se confronter à un autre monument de la littérature française : Vipère au poing d’Hervé Bazin. Lui reviennent alors les réminiscences de cette lecture de jeunesse et, surtout, la...
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