Dans les années 20 du siècle dernier, un jeune médecin de Deir el-Qamar se marie et va se spécialiser aux États-Unis, à Philadelphie. À cette époque consécutive à la Grande Famine et à la Première Guerre mondiale, qui a vu beaucoup de Libanais émigrer vers le lointain, Farid Baddoura et sa femme Laure reviennent vivre au Liban.
Ils ont quatre filles. Leila, la cadette, racontait avec un sourire espiègle combien sa détermination jusqu’à l’entêtement lui a permis de trouver sa place entre les jumelles aînées et la benjamine chouchoutée. Depuis ses cahiers d’écolière elle a fait preuve de la même rigueur, discipline et perfectionnisme qui l’ont définie jusqu’au bout.
À la sortie de l’école, elle s’inscrit à la faculté de médecine mais épouse Charles Saad et s’installe à Choueifate. Ce dernier avait pris la relève de son père, le pasteur protestant Tanios Saad, à l’école que celui-ci avait établie avec la missionnaire irlandaise Louisa Procter. Pendant quelques années, Leila s’occupe de son intérieur.
Cependant, les rites édéniques, sans enfants, ne remplissent pas sa vie. Elle se met à emprunter l’escalier intérieur qui relie la maison à l’école. Elle a mis son pied dans la porte depuis soixante-quinze ans et jusqu’à son dernier souffle, les écoles, les enseignants et surtout les enfants sont restés sa grande passion. C’est à cette époque que le jeune Ralph Bistany « rentre à l’école » comme professeur de maths et de physique. Ses qualités de gestionnaire le propulsent à la direction de l’établissement. Il conseille à Leila de reprendre ses études universitaires. Ce qu’elle fait.
Durant les années soixante, Charles Saad accomplira deux mandats législatifs où il présidera la commission de l’Éducation. Pour le couple, l’éducation devait être le fondement de l’État et du citoyen. Cela a été le grand œuvre de leurs deux vies.
La guerre a bousculé le petit paradis de Choueifate. Mais, avec Ralph Bistany, et pour sauver ce qu’ils ont pris l’habitude d’appeler « l’école-mère », ils s’expatrient aux Émirats arabes unis où commence une saga digne de la conquête de l’Ouest.
Vingt-cinq années séparaient Charly de Leila. Le jour où son compagnon est parti, Leila est comme rentrée dans les ordres de l’éducation. Ralph Bistany ne cessait de perfectionner le système. Leur objectif commun ? L’amélioration des outils éducatifs et leur propagation au plus grand nombre. Au début des années 90, Leila Saad et Ralph Bistany reviennent au Liban pour y installer le quartier général de Sabis, un réseau d’une soixantaine d’écoles, dans plusieurs pays.
Leila aimait le thé, les voyages, les musées et l’archéologie. Avec quelle détermination elle a gravi le temple d’Apollon à Delphes jusqu’au sommet ! Elle a, par l’exemple, toujours encouragé ses collaborateurs, sa famille et ses amis à aller jusqu’au bout d’eux-mêmes. L’enthousiasme avec lequel elle a accompagné la thaoura était extraordinaire.
Sa plus grande fierté, c’est l’édification de l’école de Mtein réservée aux seuls défavorisés. Elle voulait voir de son vivant des enfants que la vie n’a pas gâtés accéder à l’enseignement supérieur. C’est fait !
Depuis quelques mois, elle a renoncé au kir royal mais pas aux fleurs. Tous les matins et tous les soirs j’ai traversé la rue, cueilli six fleurs de jasmin chez mes voisins et les lui ai portées au lit, pour contribuer à son émerveillement jusqu’à son dernier souffle.
Hey Leila, ne me dis pas comme à chaque fois que je te confiais un chagrin, que ça pourrait être une « bénédiction déguisée » ! Leila, la vraie bénédiction, c’est que tu as été une montagne du Liban qui a permis à tant de cèdres d’éclore.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
À Verdun, un « sommet spirituel » pour préserver l’unité nationale... et donner un coup de pouce au pouvoir