Rechercher
Rechercher

Monde - Justice

Journalistes tués en Syrie en 2012 : Bachar el-Assad visé par un mandat d’arrêt français

Le président syrien déchu est poursuivi pour le bombardement d'un centre de presse à Homs dans lesquels deux journalistes avaient péri.

Le président syrien déchu Bachar el-Assad au cours d'une interview télévisée à la chaîne Sky News Arabia, diffusée le 9 août 2023. Capture d'écran Sky News

Sept mandats d’arrêt ont été délivrés en août par la justice française à l’encontre d’anciens hauts dignitaires du régime syrien, dont l’ex-président Bachar el-Assad, pour le bombardement en 2012 d’un centre de presse à Homs, dans lequel ont péri les journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.

Les journalistes français Rémi Ochlik et Édith Bouvier, ainsi que la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe britannique Paul Conroy, s’étaient rendus clandestinement dans la ville assiégée de Homs pour y documenter les crimes commis par le régime de Bachar el-Assad, opérant depuis un centre de presse informel situé dans le quartier de Bab Amr, un bastion de la rébellion de l’Armée syrienne libre (ASL). Le 22 février 2012, lorsque le bâtiment avait essuyé les premiers tirs, les journalistes qui s’y trouvaient avaient décidé de sortir. Les deux premiers à franchir la porte, la reporter du Sunday Times Marie Colvin, 56 ans, et le photographe free-lance Rémi Ochlik, 28 ans, avaient été tués par un obus de mortier, tandis qu’à l’intérieur, Édith Bouvier, Paul Conroy et leur traducteur syrien Waël al-Omar avaient été blessés.

Crimes contre l’humanité

« Après 13 ans d’enquête, les juges d’instruction du pôle crimes contre l’humanité du tribunal judiciaire de Paris ont délivré des mandats d’arrêt à l’encontre de sept anciens hauts gradés syriens pour complicité de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité », ont expliqué des avocats dans un communiqué transmis par la Fédération internationale des droits humains (FIDH). L’attaque avait en effet marqué un tournant dans la documentation par des journalistes étrangers des crimes commis en Syrie par le régime de Bachar el-Assad.

À lire aussi

« L’enfer, c’est les autres » : pourquoi le monde arabe peine à s’émanciper du confessionnalisme

Reporters sans frontières s’est félicité de « cette avancée majeure (...) dans un dossier central pour la lutte contre l’impunité des crimes internationaux commis à l’encontre des journalistes ». « L’étau se resserre jusque autour des plus hauts responsables du régime déchu de Bachar el-Assad, lequel avait érigé les journalistes indépendants et la presse libre en ennemis du pouvoir », a ajouté l’ONG. À Paris, le parquet avait ouvert dès mars 2012 une enquête sur les victimes françaises, pour meurtre et tentative de meurtre. En octobre 2014, l’enquête a été élargie à des faits de crimes de guerre, et en décembre 2024, à des faits de crimes contre l’humanité, un développement inédit en ce qui concerne des victimes journalistes.

Dans un réquisitoire supplétif du 7 juillet, dont l’AFP avait eu connaissance, le parquet national antiterroriste, compétent en matière de crimes contre l’humanité, avait demandé aux juges d’instruction de localiser une vingtaine « d’agents du régime » syrien, ainsi que Bachar el-Assad, 59 ans. Outre le président déchu exilé en Russie, les mandats signés par les juges le 19 août visent notamment Maher el-Assad, frère de l’ex-président et chef de facto de la 4e division blindée syrienne au moment des faits ; Ali Mamlouk, alors directeur des renseignements généraux syriens ; Ali Ayoub, chef d’état-major de l’armée syrienne au moment des faits ; Rafic Mahmoud Chahada, alors chef du comité militaire et sécuritaire de Homs ; Mohamed Dib Zaitoun, à l’époque chef de la Direction de la sécurité générale ; et Ghassan Bilal, alors chef du bureau de sécurité de la 4e division de l’armée syrienne.

Réduire les journalistes au silence

Ces mandats « constituent une étape décisive qui ouvre la voie à un procès en France », a souligné Clémence Bectarte, avocate de la FIDH et du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM). Contactée par l’AFP, Édith Bouvier, qui avait été grièvement blessée à la jambe, a exprimé son bonheur : « C’était long, mais on y arrive enfin, c’est génial ! » « C’est le premier pas vers la fin d’une ignoble impunité ! » a réagi de son côté son avocate Me Marie Dosé.

Même s’il sera difficile d’obtenir l’arrestation de Bachar el-Assad, « le nom est posé », s’est félicitée Édith Bouvier. « Je ne voulais pas qu’on aille uniquement à la recherche des seconds couteaux. Ces bombardements n’étaient pas des décisions prises ville par ville, c’était vraiment une volonté de l’État de réduire les journalistes et les civils au silence », a ajouté la reporter. Elle a tenu à saluer « le boulot incroyable, pour en arriver là », de documentation et d’enquête réalisé par le reporter syrien Samer al-Deyaei.

« Cette avancée significative s’inscrit dans la ligne de l’arrêt de la Cour de cassation du 25 juillet » qui – dans le dossier des attaques chimiques menées en août 2013 en Syrie – « consacrait la possibilité de poursuivre tout ancien chef d’État étranger (...) en présence de crimes internationaux », se sont félicitées Mes Clémence Witt et Jeanne Sulzer, qui représentent Paul Conroy et Free Syrian Lawyers Association (FSLA), l’ONG cofondée par Samer al-Deyaei, qui documente les crimes de l’ancien régime syrien.

La Cour de cassation française avait annulé en juillet le mandat d’arrêt émis par deux juges d’instruction en novembre 2023 contre le président déchu Bachar el-Assad pour complicités de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre (concernant les attaques chimiques de 2013 à Adra et Douma, puis dans la Ghouta orientale), faisant valoir l’immunité absolue dont jouissent les chefs d’État devant les tribunaux étrangers. Son président Christophe Soulard avait néanmoins affirmé que « depuis que Bachar el-Assad a été renversé en décembre 2024 et n’est plus président, de nouveaux mandats d’arrêt ont pu ou pourront être délivrés à son encontre pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité ».

Sept mandats d’arrêt ont été délivrés en août par la justice française à l’encontre d’anciens hauts dignitaires du régime syrien, dont l’ex-président Bachar el-Assad, pour le bombardement en 2012 d’un centre de presse à Homs, dans lequel ont péri les journalistes Marie Colvin et Rémi Ochlik.Les journalistes français Rémi Ochlik et Édith Bouvier, ainsi que la journaliste américaine Marie Colvin et le photographe britannique Paul Conroy, s’étaient rendus clandestinement dans la ville assiégée de Homs pour y documenter les crimes commis par le régime de Bachar el-Assad, opérant depuis un centre de presse informel situé dans le quartier de Bab Amr, un bastion de la rébellion de l’Armée syrienne libre (ASL). Le 22 février 2012, lorsque le bâtiment avait essuyé les premiers tirs, les journalistes qui...
commentaires (5)

210 journalistes palestiniens tués par l'armée israélienne, depuis 23 mois ! Responsable : israel alors, là d’accord, pas de problème ; c’est la GUERRE et en plus ce sont des TERRORISTES… Affaire classée et vite oubliée. Deux journalistes ÉTRANGERS, tués pendant un bombardement, c'est un crime contre l’HUMANITÉ. C’est en Syrie d’ Assad ! Dites , quelle différence avec israel reconnue mondialement pays GÉNOCIDAIRE ??? et NOS JOURNALISTES ASSASSINES ( un petit paragraphe à LA MÉMOIRES ! ) , forget … eh oui, tant pis , les ÉTRANGERS, c'est l’HUMANITÉ. .

aliosha

09 h 46, le 03 septembre 2025

Commenter Tous les commentaires

Commentaires (5)

  • 210 journalistes palestiniens tués par l'armée israélienne, depuis 23 mois ! Responsable : israel alors, là d’accord, pas de problème ; c’est la GUERRE et en plus ce sont des TERRORISTES… Affaire classée et vite oubliée. Deux journalistes ÉTRANGERS, tués pendant un bombardement, c'est un crime contre l’HUMANITÉ. C’est en Syrie d’ Assad ! Dites , quelle différence avec israel reconnue mondialement pays GÉNOCIDAIRE ??? et NOS JOURNALISTES ASSASSINES ( un petit paragraphe à LA MÉMOIRES ! ) , forget … eh oui, tant pis , les ÉTRANGERS, c'est l’HUMANITÉ. .

    aliosha

    09 h 46, le 03 septembre 2025

  • Bachar avait pris pour modèle son ami de toujours natenyahu. Sans le surpasser, il avait quand même accompli des crimes hautement reconnus. Ce fuyard criminel mérite tous les châtiments possibles. Son collègue israëlien est lui aussi un fuyard criminel car condamné par la cour pénale internationale. Ces deux assassins se valent.

    Goraieb Nada

    07 h 48, le 03 septembre 2025

  • Quelle crédibilité a France à demander des comptes à la Syrie quand elle ferme les yeux sur une tuerie de journalistes 100 fois plus importante à Gaza ?

    Sou

    22 h 54, le 02 septembre 2025

  • Pas la même sanction de la France pour Netanyaou, Smostricht, Ben Gvir et Katz ? Avant même le 7 octobre ils assassinaient une journaliste américaine d'origine palestinienne, devant la porte d'une Eglise (à Jérusalem ou en Cisjordanie, je ne me souviens plus)

    Fredo

    21 h 02, le 02 septembre 2025

  • Et ceux de Palestine?

    TrucMuche

    19 h 40, le 02 septembre 2025

Retour en haut