Le vice-président du gouvernement libanais, Tarek Mitri. Photo fournie par M. Mitri à L'OLJ
Le vice-Premier ministre Tarek Mitri a créé une nouvelle polémique samedi, en affirmant dans une interview sur la chaîne télévisée al-Jadeed, que la feuille de route de l’émissaire américain Tom Barrack sur le désarmement du Hezbollah était « tombée ». Il s’est toutefois rapidement expliqué, dans une volonté d'atténuer ses propos, précisant que l’expression venait de la journaliste et pas de lui. « Je me suis contenté de dire que (Tom) Barrack n'avait rien apporté de nouveau d’Israël », a-t-il souligné peu après l’émission, après des publications incendiaires sur les réseaux sociaux évoquant son possible limogeage du gouvernement et d’autres appelant à sa démission.
Dans les détails, Tarek Mitri était l’invité de l’émission al-Hadath. Évoquant la feuille de route américaine sur la sortie de crise entre le Liban et Israël, et plus précisément l’arrêt des hostilités entre le Hezbollah et l’État hébreu, le vice-président du Conseil des ministres a expliqué que la feuille de route américaine « qui comporte des amendements libanais » n’était valable que si les protagonistes, à savoir les gouvernements du Liban, d’Israël et de la Syrie, donnaient leur accord pour en appliquer les clauses. « Or Israël n’a pas donné son accord. Cela veut dire que le document n’a plus de sens », a-t-il observé, rappelant que l’État hébreu ne respecte pas l’arrêt des hostilités depuis 2006. C’est alors que la journaliste lui a demandé. « Cette feuille de route est-elle tombée ? » « Oui », a répondu Tarek Mitri, tout en précisant qu'il préférait utiliser un autre terme. « Le gouvernement libanais s’est engagé à arrêter les hostilités, à désarmer le Hezbollah et à libérer le pays de l’occupation israélienne. Israël non », a-t-il ajouté en allusion à l'engagement attendu de l’État hébreu de cesser les hostilités et de se retirer des cinq à six points de territoire libanais encore occupés.
« Le point de départ du Liban n’est donc plus le document américain, qui n’a pas eu l'accord israélien », a souligné Tarek Mitri. « Mais le Liban va continuer de respecter ses engagements », a assuré le ministre, conformément à sa déclaration ministérielle et à la résolution 1701 du conseil de sécurité de l’ONU. « Le Liban s’engage toujours à arrêter les hostilités avec Israël, à récupérer les armes du Hezbollah et à garantir à l’État le monopole des armes, à étendre sa souveraineté sur l’ensemble du territoire national, mais aussi à œuvrer par les voies diplomatiques à faire libérer le pays de l’occupation et les prisonniers libanais en Israël », a-t-il insisté. « Tout cela demeure la position libanaise », a-t-il ajouté.
Nouvelles critiques de la MTV
Sur les réseaux sociaux, les critiques ont aussitôt fusé. D’autant que Tarek Mitri n’en est pas à sa première position controversée. Le 18 août dernier, il avait déjà annoncé que « si Israël ne respectait pas la feuille de route américaine, les autorités libanaises ne seraient plus tenues de s'y conformer ».
Dans une de ses plus virulents critiques, la chaîne télévisée MTV, proche des Forces libanaises et anti-Hezbollah, a notamment appelé le ministre à démissionner. « Il ne fait aucun doute que Tarek Mitri est le pire ministre du gouvernement : zéro réalisation, zéro valeur ajoutée. Et son bilan est truffé de gaffes, la dernière en date étant sa déclaration selon laquelle le Liban n'est plus tenu par la feuille de route de Tom Barrack », a publié la chaîne sur son site.
« Tarek Mitri veut suivre la ligne du Hezbollah. Cela ressort clairement de toutes ses déclarations », a poursuivi la MTV. En fait, le torchon brûle entre le ministre et la MTV depuis avant même la formation du gouvernement, le propriétaire de la chaîne Michel Murr ayant un temps brigué le poste de vice-Premier ministre, traditionnellement réservé à une personnalité grecque-orthodoxe. La MTV publie régulièrement des reportages à charge contre Tarek Mitri, qui l'avait accusée en février dernier d'avoir lancé contre lui une campagne de diffamation.
Le gouvernement respecte les « objectifs » du plan Barrack
L’internaute @lebanese1_2020 qui se présente comme le « Wikileaks libanais », a pour sa part fait état sur le réseau X de « discussions » au plus haut niveau de l'exécutif entre le président Joseph Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam pour « limoger Tarek Mitri et nommer rapidement un successeur après ses bourdes médiatiques répétées et ses propos qui contredisent la déclaration ministérielle et les décisions du gouvernement ».
Mais une source proche du Premier ministre contactée par L’Orient-Le Jour dément une telle information. Nawaf Salam s’est contenté d’indiquer au micro de la LBCI que son gouvernement « ne s’est pas engagé à respecter le document américain, mais plutôt les objectifs de ce document ». « Nous restons engagés à respecter ces objectifs après les modifications que le Liban a apportées au document. », a-t-il souligné.
Dans un message sur X, qui ne mentionne pas clairement la polémique ni les personnes visées, M. Mitri a regretté le comportement de « ceux qui n'entendent pas ce que vous dites ou ne lisent pas ce que vous écrivez et vous attaquent, ceux qui entendent et lisent mais ne comprennent pas et vous attaquent, et enfin ceux qui entendent, lisent et comprennent, mais au lieu de discuter avec vous, vous attaquent. » « Honte à l'ignorance, à la grossièreté et à la mauvaise foi », a-t-il dénoncé.



Un homme de cœur et d'esprit, pas vraiment un homme d'Etat.
22 h 29, le 01 septembre 2025