Un secouriste porte un enfant migrant alors qu'il débarque d'un navire des garde-côtes espagnols au port d'Arguineguin, sur l'île de Grande Canarie. Photo REUTERS/Borja Suarez
Au moins 69 corps ont été repêchés et des dizaines de personnes restent portées disparues plus de 48 heures après le naufrage d'une embarcation transportant des migrants au large de la Mauritanie, selon un nouveau bilan des gardes-côtes mauritaniens communiqué vendredi à l'AFP.
Un précédent bilan des garde-côtes et de la gendarmerie mauritaniens faisait état de 49 morts et d'une centaine de disparus dans ce naufrage, survenu à environ 80 km au nord de la capitale Nouakchott. « Le nombre de corps repêchés a atteint 69 », a indiqué à l'AFP un responsable des garde-côtes mauritaniens, qui avait précédemment indiqué que l'embarcation transportait 160 personnes et que 17 survivants avaient été secourus.
L'embarcation, venue de Gambie, a chaviré dans la nuit de mardi à mercredi « au large de Lemhaijratt », a précisé ce responsable.
La Mauritanie, pays majoritairement désertique d'Afrique de l'Ouest bordé par plus de 700 km de côtes sur l'Atlantique, est devenue ces dernières années un point de départ pour de nombreux migrants venus de tout le continent, qui tentent de rejoindre l'Europe par la mer.
L'embarcation « avait quitté la Gambie depuis une semaine », avec notamment à bord « des Sénégalais et des Gambiens. Au moment où les migrants ont aperçu les lumières de Lemhaijratt, ils se sont tous mis d'un côté, provoquant son chavirement », a expliqué le responsable des garde-côtes mauritaniens.
Fin juillet déjà, les autorités mauritaniennes avaient indiqué avoir secouru plusieurs dizaines de migrants ouest-africains au large de leurs côtes après une panne de leur embarcation, partie de Guinée 11 jours auparavant.
« Graves violations » des droits humains
Dans un rapport publié mercredi, l'ONG Human Rights Watch (HRW) fustige l'attitude des autorités de Mauritanie à l'égard des migrants et demandeurs d'asile et accuse celles-ci de « graves violations des droits de l'homme » entre 2020 et début 2025. Ce rapport, basé sur des centaines de témoignages, fait état de tortures, de viols, de sévices physiques, d'arrestations et détentions arbitraires, d'extorsions ou encore d'expulsions sommaires et collectives.
Les témoins interrogés accusent la police, les garde-côtes, l'armée et la gendarmerie mauritaniens d'être les auteurs de ces actes. Des dizaines de migrants passés par les centres de rétention mauritaniens ont décrit à HRW des « conditions et des traitements inhumains », comme le manque de nourriture, les mauvais conditions d'hygiène et des coups infligés par les gardiens.
Les autorités mauritaniennes ont refoulé des migrants « dans des lieux reculés le long des frontières avec le Sénégal et le Mali, où l'aide est limitée, et dans la région de Kayes au Mali, où la situation sécuritaire met les personnes en danger », affirme HRW.
L'ONG dénonce également les accords passés avec la Mauritanie par l'Union européenne et l'Espagne « pour externaliser le contrôle des flux migratoires », en dépit de ces violations des droits humains.
Des dizaines de milliers de migrants sont morts ces dernières années en tentant de rejoindre l'Europe depuis l'Afrique via l'archipel espagnol des Canaries, à bord d'embarcations souvent surchargées. Sur la seule année 2024, le bilan établi par l'ONG espagnole Caminando Fronteras recense 10.457 personnes mortes ou disparues en mer.
Après une année record en 2024, marquée par l'arrivée de 46.843 migrants aux Canaries, le rythme s'est nettement ralenti ces derniers mois, selon le ministère espagnol de l'Intérieur. Celui-ci a recensé 10.882 arrivées entre janvier et mi-mai, soit une baisse de 34,4 % par rapport à la même période l'année précédente.


Cessez-le-feu : entre le non de Tel-Aviv et l’insistance de Beyrouth, Washington pour un retour à l’avant mars 2026