Édito édito

Ziad

La mort de Ziad Rahbani a plongé le Liban dans une tristesse profonde. Car Ziad, dont la trajectoire a quelque chose de rimbaldien – un talent précoce, un esprit rebelle et une disparition prématurée –, était le porte-parole de toute une génération, celle de la guerre, capable de réciter des passages entiers de ses pièces de théâtre, reflets de son désarroi et de son désabusement. Son ton décalé, son langage populaire émaillé de jeux de mots et de trouvailles, son sarcasme et sa critique acerbe à l’égard de ceux qui ont conduit le pays au désastre, n’étaient pas seulement une distraction pour la population terrée dans les abris, elle était aussi un défouloir destiné à évacuer ses colères et ses frustrations. Certes, le long passage à vide du dramaturge et ses positions politiques hasardeuses ont dérouté ses afficionados, mais ses compositions musicales, avec ou sans la voix de sa divine mère, ont tôt fait de les réconcilier avec le plus singulier des Rahbani…

Mélancolique même quand il faisait le clown, Ziad est resté fidèle à ses doutes dans cet asile de fous aux allures de cirque que représente le Liban, jonglant avec l’absurde et se mettant sans cesse en danger comme un funambule, y compris quand il s’agissait de sa propre santé. Son silence, à la fin de sa vie, est éloquent. Il nous rappelle le « Rien à faire » de Samuel Beckett dans En attendant Godot, qui résume si bien l’ennui, l’impuissance et le vide.

« Un artiste ne meurt jamais vraiment. Il s’efface seulement, et son œuvre le rend immortel », affirmait Jean Cocteau.

Immortel, Ziad l’est assurément. Même s’il s’en serait moqué.


La mort de Ziad Rahbani a plongé le Liban dans une tristesse profonde. Car Ziad, dont la trajectoire a quelque chose de rimbaldien – un talent précoce, un esprit rebelle et une disparition prématurée –, était le porte-parole de toute une génération, celle de la guerre, capable de réciter des passages entiers de ses pièces de théâtre, reflets de son désarroi et de son désabusement. Son ton décalé, son langage populaire émaillé de jeux de mots et de trouvailles, son sarcasme et sa critique acerbe à l’égard de ceux qui ont conduit le pays au désastre, n’étaient pas seulement une distraction pour la population terrée dans les abris, elle était aussi un défouloir destiné à évacuer ses colères et ses frustrations. Certes, le long passage à vide du dramaturge et ses positions politiques...
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