Le ministre de la Justice, Adel Nassar. ANI
Le ministre de la Justice Adel Nassar a annoncé vendredi que le juge d’instruction près la Cour de justice, Tarek Bitar, en charge du l'enquête sur la double explosion au port de Beyrouth, « est arrivé aux dernières phases de son travail ». Il s'est par ailleurs félicité de l'adoption jeudi soir par le Parlement de la loi sur l'indépendance de la justice, ainsi que des récentes nominations judiciaires.
« Le juge d'instruction est arrivé aux dernières phases de son travail dans l'affaire des explosions au port de Beyrouth. Je suis à ses côtés et je m'engage à obtenir des résultats dans ce dossier », a déclaré M. Nassar au cours d'une conférence de presse. « On ne pourra pas bâtir un État digne de ce nom si on n'arrive pas à connaître la vérité sur les explosions du 4 août 2020 et à demander des comptes. L'État est tenu de donner des réponses sur ce qui s'est passé », a-t-il ajouté.
Le drame survenu le 4 août 2020 a fauché la vie à plus de 235 personnes et fait plus de 6 500 blessés, dévastant des quartiers entiers de la capitale, à la suite de la double explosion provoquée par le stockage depuis 2013 sans précaution dans la zone portuaire de Beyrouth de grandes quantités de nitrate d'ammonium. L’instruction menée par le juge Tarek Bitar est, depuis son lancement en 2021, bloquée par de nombreuses plaintes et recours déposés à son encontre par les différents responsables contre lesquels il avait engagé des poursuites.
Concernant les nominations judiciaires, Adel Nassar a révélé qu'il a signé les documents adéquats dès qu'il a reçu le dossier, puis les a envoyés aux ministres des Finances et de la Défense qui les ont signés. Le président de la République et le chef du gouvernement devraient les signer bientôt », a-t-il dit. « Les nominations judiciaires vont donner un élan à la justice et au travail des juges. Il n'y a pas eu de partage du gâteau, mais une insistance sur l'indépendance du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) qui a fait son travail », a-t-il poursuivi.
Le CSM avait signé mercredi les nominations et permutations judiciaires du corps de la magistrature incluant 524 magistrats, et les a transmises au ministre de la Justice. Cette avancée, qui marque une étape concrète vers la réforme judiciaire, intervient huit ans après les dernières nominations effectuées en 2017, lorsque Sélim Jreissati occupait la fonction de ministre de la Justice. Considérée comme une étape cruciale dans le processus de réformes exigées par la communauté internationale, la loi sur l’organisation de la justice, visant à libérer le pouvoir judiciaire des ingérences politiques et à renforcer son indépendance, avait été adoptée jeudi soir, sept ans après avoir été proposée en 2018 par la Coalition de l’indépendance de la justice, un collectif regroupant plusieurs dizaines d’ONG et acteurs de la société civile.
Abordant la question du désarmement du Hezbollah, Adel Nassar a affirmé qu'il « soutenait le discours du président Aoun » et que celles-ci ne doivent pas exister en dehors de la « légalité et des autorités officielles ». Le chef de l’État avait tenu jeudi soir un discours à l'occasion de la fête de l'armée, dans lequel il a insisté sur le fait que la troupe et les forces de sécurité doivent être les seules à détenir le monopole des armes « sur tout le territoire libanais », et ce « dès aujourd'hui ». « Le Liban fait face à des dangers si les armes continuent d'exister. Il faut bâtir un État digne de ce nom », a ajouté le ministre.
Il s'est enfin félicité de la promulgation de la loi sur l'indépendance de la justice, « après plusieurs années d'attente ». « Cette loi constitue un pas essentiel, mais elle ne peut garantir seule l'indépendance de la justice. Elle repose aussi sur les juges », a-t-il dit.


