L’activiste égyptien Ahmed Douma, figure du soulèvement de 2011, après sa libération de prison, le 19 août 2023. Photo d'archives SAYED HASAN / AFP
Le poète égyptien Ahmed Douma, ancien prisonnier politique gracié en 2023, a été inculpé mardi de diffusion de fausses informations, a annoncé son avocat à l'AFP.
Ahmed Douma a été convoqué par le parquet de la sûreté de l'Etat, où il a été interrogé pendant sept heures avant d'être inculpé pour « diffusion de fausses informations à l'intérieur et à l'extérieur du pays », en référence à « quatre publications sur X« , a expliqué Me Nabeh Elgenadi. Il a été remis en liberté sous caution, moyennant le versement de 50.000 livres égyptiennes (environ 1.000 dollars). Selon Me Elgenadi, les publications incriminées comprenaient notamment un message de solidarité avec les Palestiniens de Gaza et un autre critiquant la vente d'actifs publics.
Les poursuites pour « fausses informations » sont fréquemment utilisées contre des figures de l'opposition en Égypte.
Ahmed Douma avait dit lundi qu'il s'agissait du « quatrième dossier » ouvert contre lui en quelques mois, en plus des « dizaines de plaintes, campagnes de diffamation et menaces contre mes droits fondamentaux depuis ma libération », dans un message sur X.
Après une décennie derrière les barreaux, le poète avait été libéré en août 2023 dans le cadre d'une série de grâces présidentielles. Figure marquante du soulèvement de 2011, il avait été arrêté lors d'une campagne de répression ayant suivi le renversement par l'armée du président islamiste Mohammad Morsi. En 2022, le président Abdel Fattah al-Sissi avait réactivé un comité de grâces présidentielles, permettant la libération de centaines de détenus politiques, présentée comme une avancée en matière de droits humains. Mais selon les ONG, la répression s'est intensifiée depuis, entraînant plus d'arrestations que de libérations, resserrant l'étau autour des voix critiques.
En avril, lors d'une précédente convocation de Ahmed Douma, des organisations égyptiennes de défense des droits avaient dénoncé une pratique consistant à « intimider » les dissidents graciés et « à restreindre leur liberté d'expression », selon l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne (EIPR). Selon Me Elgenadi, l'ensemble des procédures visant Ahmed Douma « demeurent en cours d'instruction » par la sûreté de l'État, qui « a le droit de les classer, de les renvoyer devant la justice ou de poursuivre les investigations ». « Il est impossible de savoir ce qui va se passer », a-t-il ajouté.
Des ONG estiment que l'Égypte maintient en détention des dizaines de milliers de prisonniers politiques, souvent dans des conditions extrêmement dures.

