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Nos lecteurs ont la parole

Ziad, le rebelle au piano silencieux

Il est parti comme il a vécu : sans fracas, dans le murmure d’un jazz oriental brisé, un soupir d’ironie dans les ruelles de Beyrouth.

Ziad Rahbani n’était pas seulement le fils de Feyrouz. Il était le fils d’un peuple qui doute, qui rêve, qui saigne, un peuple qu’il a écouté plus qu’il ne l’a représenté. Sa musique avait cette étrangeté des confidences nocturnes : quelque chose d’intime, de politique, de drôle et de désespéré à la fois.

Il jouait comme on allume une cigarette dans le noir. Il écrivait comme on tire sur la vérité avec des balles de mots. Il parlait le dialecte du désenchantement lucide, du sarcasme tendre, de la révolte qui n’a plus besoin de drapeau pour exister.

Il a ri avec nous, contre nous, parfois malgré nous. Il a insulté l’époque avec une élégance que seuls les vrais amoureux du Liban peuvent se permettre.

Aujourd’hui, le piano se tait, mais dans le silence, on entend encore les échos de Bil nesbé la boukra chou ?, la mélodie de Abu Ali, les dialogues inoubliables de ses pièces. On entend surtout une voix : la sienne. Celle qui disait, entre deux accords, que tout était foutu, sauf peut-être la beauté, l’humour, et ce reste d’humanité qu’on appelle l’art.

Adieu, Ziad. Tu n’étais ni prophète ni martyr. Tu étais mieux : un homme libre.

Maître de conférences et directrice de Lusail University Press, Lusail University

Les textes publiés dans le cadre de la rubrique « Courrier » n’engagent que leurs auteurs. Dans cet espace, « L’Orient-Le Jour » offre à ses lecteurs l’opportunité d’exprimer leurs idées, leurs commentaires et leurs réflexions sur divers sujets, à condition que les propos ne soient ni diffamatoires, ni injurieux, ni racistes.

Il est parti comme il a vécu : sans fracas, dans le murmure d’un jazz oriental brisé, un soupir d’ironie dans les ruelles de Beyrouth.Ziad Rahbani n’était pas seulement le fils de Feyrouz. Il était le fils d’un peuple qui doute, qui rêve, qui saigne, un peuple qu’il a écouté plus qu’il ne l’a représenté. Sa musique avait cette étrangeté des confidences nocturnes : quelque chose d’intime, de politique, de drôle et de désespéré à la fois. Il jouait comme on allume une cigarette dans le noir. Il écrivait comme on tire sur la vérité avec des balles de mots. Il parlait le dialecte du désenchantement lucide, du sarcasme tendre, de la révolte qui n’a plus besoin de drapeau pour exister.Il a ri avec nous, contre nous, parfois malgré nous. Il a insulté l’époque avec une élégance que seuls...
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