Beyrouth, quelle histoire d’amour. Instable, fragile, mais irremplaçable. Un lien viscéral, irrationnel. Une relation passionnée faite de contradictions et d’attachements profonds.
Nous attendons toujours avec impatience l’heure d’arrivée. Et pourtant, à la première contrariété, la réalité d’un pays débordant de paradoxes vient nous heurter de plein fouet.
Tes maisons, Beyrouth, respirent. Elles vivent. Elles racontent les secrets de tes habitants, les soupirs de ton histoire, les souvenirs invisibles incrustés dans les murs.
Tes maisons, où une famille attend son fils expatrié, sa fille qui débarque à l’improviste, ouvrant la porte sur des parents figés dans un quotidien qu’elle vient bouleverser de joie.
Tes maisons, qui abritent les meilleurs jeddos du monde, courant avec leurs « lahm baajin » à la main pour accueillir leurs petits-enfants.
Tes maisons, bercées par le va-et-vient des tétas occupées dans la cuisine. Parce que l’art de la table à la libanaise, vous connaissez ? C’est un art à part entière. Une toile vivante, éclatante de couleurs et de saveurs, où l’on se perd avant d’en redemander, le ventre plein mais jamais rassasiés.
Tes maisons, où une mariée se prépare le cœur battant. Car un mariage à la libanaise, vous connaissez ? C’est un spectacle, une célébration sans mesure. Plus de fleurs, plus de musique, plus de lumières… toujours plus. L’excès comme seul langage pour célébrer l’amour.
Tes maisons, où les « house parties » naissent au coucher du soleil, portées par un souffle de vie plus fort que la mort. Où l’on danse jusqu’à l’aube, porté par la musique et la folie douce de ceux qui refusent de dormir, préférant croquer chaque seconde comme un trésor.
Tes maisons, reflets d’une société tiraillée entre tradition et modernité. Entre le regard pesant des autres et une liberté assumée, parfois maladroite, souvent belle.
Tes maisons, animées les dimanches de grandes tables familiales. Où l’on retrouve ceux qu’on aime et ceux qu’on apprend à aimer. Où les questions indiscrètes pleuvent avec tendresse : « nefrah mennek, eh ? », « chou neshane ? », « emta bedkon tjiboulo khay lal sabe ? » et où l’on répond avec pudeur, parce que c’est la règle du jeu.
Tes maisons, où le matin commence autour d’une « rakwe » préparée par maman. On refait le monde, encore et encore, parce qu’on ne se lasse jamais d’en parler.
Tes maisons, parfois fermées toute l’année, mais qui s’ouvrent à Noël, à Pâques, ou pour les étés des grandes retrouvailles.
Tes maisons, détruites et reconstruites mille fois. Parce qu’on ne quitte jamais vraiment cette terre. Nos parents le disent : ils ont tout vu, tout vécu et jamais cédé.
Tes maisons, réchauffées par le retour des expatriés, ne serait-ce que pour un jour, une heure, un moment suspendu rempli de tendresse.
Beyrouth, tes maisons en pierre ou en béton, bohèmes, industrielles, anciennes ou modernes ont toutes une âme. Elles sont faites de souvenirs, de rires, de douleurs et d’histoires. Car une maison, c’est le reflet de ceux qui l’habitent. C’est de la vie dans des murs silencieux. Une maison, c’est un pays. Et mon pays, c’est ma maison.
Malgré ses failles, ses contradictions, sa fatigue, son chaos, c’est lui qui m’habite. C’est lui qui m’appelle.
À toi, Beyrouth, à ta lumière, à ton tumulte, à tes maisons pleines de vie et d’amour. Je continuerai de croquer la vie même dans mes rêves, au creux de tes bras.
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Quelle jolie plume emplie de nostalgie et d'espoir. Merci ☺
12 h 51, le 01 août 2025