Rechercher
Rechercher

Moyen-Orient - Entretien Exclusif 

Moustapha Bakkour, gouverneur de la province : « Soueida ne peut pas vivre sans la Syrie »

En déplacement dans la ville d’Izraa, le responsable insiste sur la nécessité de rebâtir la confiance entre Syriens et de juger équitablement les responsables des violences. 

Moustapha Bakkour, gouverneur de la province : «  Soueida ne peut pas vivre sans la Syrie »

Moustapha Bakkour, gouverneur de la province, le 21 juillet 2025, dans la ville d’Izraa (province de Deraa). Photo Caroline Hayek/L’Orient-Le Jour

Après plusieurs jours d'affrontements entre combattants druzes et bédouins, un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur dimanche dans la province de Soueida, dans le sud de la Syrie. Malgré cette accalmie, le lien, déjà précaire, entre Damas – dont les forces de sécurité sont intervenues au profit des factions bédouines – et la communauté druze semble brisé. Selon l'OSDH, ces violences ont fait plus de 1 100 morts, parmi lesquels 427 combattants et 298 civils druzes. Dans l'autre camp, 354 membres des forces gouvernementales et 21 Bédouins ont été tués. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, près de 128 000 personnes ont été déplacées par les violences et craignent aujourd'hui de ne plus pouvoir rentrer chez elles. 

L'Orient-Le Jour s'est entretenu avec le gouverneur de Soueida, Moustapha Bakkour, en déplacement dans la ville d’Izraa (province de Deraa), lundi 21 juillet, qui a insisté sur la nécessité de rebâtir la confiance entre les Syriens et de juger équitablement les responsables de ce bain de sang.  

En mai, lors de l’attaque contre le bureau du gouvernorat à Soueida, vous aviez présenté votre démission en disant vouloir éviter « que le sang coule ». Vous attendiez-vous à ce que les événements prennent une telle tournure par la suite ?

D’après les données que j’avais sur la situation dans le gouvernorat, je m’attendais à ce que cela se produise. J’en ai d’ailleurs parlé à plusieurs reprises et j’avais averti que si on ne trouvait pas de solution, on en arriverait là. Et comme prévu, c’est ce qui s’est passé.

Y a-t-il eu, selon vous, des incitations à la discorde confessionnelle ?

Il y avait des tensions confessionnelles, alimentées aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur. Il y avait également un manque total de confiance. Nous avons tenté de bâtir cette confiance, mais certaines figures refusaient même d’envisager cette possibilité, malgré nos efforts répétés. Pourtant, nous avions fait de nombreuses concessions. Mais, en face, certains avaient intérêt à maintenir l’instabilité sécuritaire. D’autres agissaient par ignorance ou inconscience. Mais ce sont ceux qui ont agit par intérêt, les profiteurs, qui ont joué le rôle le plus important dans le sabotage des tentatives de réconciliation. 

Lire aussi

Dans le Sud syrien, les hôpitaux débordés par les victimes des combats à Soueida

Concernant le cessez-le-feu entre les deux parties, y a-t-il des mesures concrètes qui vont être prises ? Par exemple, est-ce que les familles arabes sunnites qui ont été évacuées en dehors de Soueida par les autorités vont pouvoir rentrer ?

Je suis opposé à l’évacuation des familles de la province. Ce n’est pas une voie vers la paix civile. Les gens voudront rentrer. Les gens ne quittent pas leurs maisons comme ça, où ils vivent depuis des siècles, où ils sont nés. À Jabal el-Arab, toutes les communautés ont toujours vécu ensemble : tribus sunnites, druzes, chrétiens… Les faire partir, ce n’est pas juste. 

Ce ne sera donc pas un départ sans retour ?

 Nous refusons l’idée même que ces hébergements d'urgence perdurent. Ces familles doivent revenir. Nous n’accepterons pas qu’elles restent en dehors de chez elles. Et lorsque nous leur rendons visite, c’est ce qu’elles nous disent : « Nous voulons rentrer » et nous leur expliquons que cette période est momentanée. Où iraient-elles sinon ? 

Y a-t-il une communication directe entre vous et le cheikh Hikmat al-Hijri ?

Dès le départ, il y a eu une communication continue, mais pas directement avec le cheikh Hikmat. Il n’a pas de moyens de communication et nous échangeons principalement avec son fils et certaines personnes de son entourage. Cette communication n’a jamais cessé, même au plus fort de la crise. 

Vous attendez-vous au retour de l’État à Soueida après ce qu’il s’est passé ?

Je ne pense pas que Soueida puisse vivre sans État. C’est impossible. Elle ne peut pas se séparer de l’État. 

Tous ceux qui sont en train de freiner la réconciliation ou un accord doivent se réveiller. Il n’y a rien en dehors de l’État. On a fait entrer les aides hier, le carburant… mais sans cela les gens seraient en train de mourir. Il ne reste plus rien. Il est urgent de se réveiller. Soueida ne peut pas vivre sans la Syrie. 

À lire aussi

Yassine Haj Saleh : En Syrie, nous n’avons plus de traducteurs entre les douleurs

Avez-vous peur d’une intervention terrestre israélienne ? 

Je pense que ce serait difficile. Si ça devait arriver, ce serait arrivé au début, lorsque les événements ont commencé, et pas maintenant, après que la situation se fut stabilisée. Israël n’a pas intérêt à une telle intervention. 

Après cette séquence, pensez-vous que votre discours d’apaisement pourra être entendu ? 

Je ne sais pas ce qu’il se passera à l’avenir. Il y a encore beaucoup de respect et d’affection, mais les événements récents ont été très violents. Il y a eu du sang, de la destruction. Cela pourrait avoir un impact. Mais nous allons essayer de reconstruire la confiance. Si les responsables sont jugés équitablement, les choses peuvent s’arranger. Le président (Ahmad el-Chareh, NDLR) l’a dit : toute personne ayant commis une faute devra rendre des comptes, peu importe son camp. 

On parle de centaines de morts et de blessés dans les hôpitaux. Comment sont-ils pris en charge ? Y a-t-il eu des discriminations ?

Non, les hôpitaux ont fait leur travail, avec professionnalisme et humanité. Aucun tri, aucune discrimination. Le gouvernement a donné des instructions très claires à ce sujet. Le patient est le patient, qui qu’il soit. J’ai moi-même visité les centres d’accueil. Les gens de toutes confessions ont été traités avec respect : druzes, chrétiens, tribus diverses. L’hospitalité est une valeur forte ici. 

Après plusieurs jours d'affrontements entre combattants druzes et bédouins, un cessez-le-feu fragile est entré en vigueur dimanche dans la province de Soueida, dans le sud de la Syrie. Malgré cette accalmie, le lien, déjà précaire, entre Damas – dont les forces de sécurité sont intervenues au profit des factions bédouines – et la communauté druze semble brisé. Selon l'OSDH, ces violences ont fait plus de 1 100 morts, parmi lesquels 427 combattants et 298 civils druzes. Dans l'autre camp, 354 membres des forces gouvernementales et 21 Bédouins ont été tués. Selon l'Organisation internationale pour les migrations, près de 128 000 personnes ont été déplacées par les violences et craignent aujourd'hui de ne plus pouvoir rentrer chez elles. L'Orient-Le Jour s'est entretenu avec le...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut