Le bureau du ministère des Finances à Saïda, le 14 juillet 2025. Photo parvenue à notre correspondant Mountasser Abdallah
Le mouvement de grève générale lancé par la Ligue des fonctionnaires de l'administration publique, auquel les Comités des assistants judiciaires ont pris part, n’a pas été unanimement suivi lundi à travers le territoire libanais, rapporte l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
Des fonctionnaires de diverses administrations avaient observé du 1er au 4 juillet inclus un arrêt de travail, relativement respecté à travers le Liban. La semaine dernière, une nouvelle grève de deux jours était venue prolonger la mobilisation.
Le Comité des fonctionnaires de la Coopérative des fonctionnaires de l’État a annoncé un arrêt total du travail le jeudi 17 juillet 2025, en signe d'adhésion au mouvement d’avertissement général. Cette mobilisation est intervenue alors que « la souffrance des employés et des bénéficiaires a atteint son paroxysme, sans qu’aucun signe sérieux ne soit observé de la part des autorités quant à une volonté de corriger cette trajectoire injuste », indique le Comité dans son communiqué. « Nous affirmons que ce mouvement portera ses fruits. Il constitue un premier avertissement. S’il n’est pas accueilli par un minimum de réponse aux revendications légitimes, toutes les options d’escalade seront envisagées dans les prochains jours, y compris un arrêt de travail illimité », a poursuivi le Comité.
Les Comités des assistants judiciaires lancent une grève de trois jours
Cette grogne des représentants de la fonction publique fait notamment suite à la signature d'un décret la semaine dernière par le Conseil des ministres, approuvant une série de revalorisations salariales pour une gamme de hauts fonctionnaires, allant de 626,5 millions livres libanaises (7 000 dollars) à 805,5 millions LL (9 000 dollars) par mois.
Les Comités des assistants judiciaires ont quant à eux annoncé dans un communiqué un boycott total du travail lundi, mardi et mercredi, durant lequel « toute activité cessera dans les greffes judiciaires, à l’exception du dernier jour des délais légaux, qui sera traité ». Une décision prise « face à la politique de discrimination flagrante » et à « l’ignorance délibérée pratiquées par les autorités à l’encontre des salariés du secteur public et après la réunion avec le ministre du Travail », puisque « le gouvernement libanais ne s’est jamais soucié de la souffrance du fonctionnaire », ont-ils expliqué. Ils ont ajouté que ce boycott n’est qu’une première étape d’une série de mesures d’escalade à venir, si le gouvernement persistait dans sa politique humiliante de favoritisme, de primes saisonnières accordées à certaines administrations seulement, tout en ignorant les droits fondamentaux des assistants judiciaires, qui constituent la base du système judiciaire.
Manque de coordination au Sérail de Saïda
Au Sérail de Saïda, la dispersion des décisions entre la Ligue et le Rassemblement des employés de l’administration, a compromis la dynamique d'arrêt de travail depuis deux semaines, selon notre correspondant dans la région, Mountasser Abdallah. Ce manque de coordination s’est traduit par des scènes contrastées dans les différents services du Sérail de Saïda, entre administrations partiellement actives, totalement à l’arrêt ou poursuivant le service minimum.
Les services de la Santé ont choisi de privilégier la continuité des soins et la sécurité sanitaire des citoyens, tout en réaffirmant leur « adhésion » aux revendications syndicales. À l’inverse, les fonctionnaires des directions locales de l’Industrie et de l’Agriculture ont décidé de ne pas se joindre au mouvement, estimant nécessaire d’attendre « une position commune entre la Ligue et le Rassemblement ». Les services des Affaires sociales, du Travail, des Travaux publics et de l’État civil ont quant à eux assuré les urgences uniquement, tandis que la direction régionale de l’Éducation est restée mobilisée pour le suivi des examens officiels du baccalauréat libanais. Le bureau du cadastre est lui resté en attente d’une décision de la direction centrale, à la différence de la direction des domaines fonciers qui a respecté l’appel à la grève, tout en traitant les affaires urgentes.
L’administration de l’Environnement ainsi que les équipes d’inspection du ministère de l’Économie ont pour leur part observé la grève depuis leurs bureaux en signe de soutien au mouvement, tout comme les employés du gouvernorat. La direction des Finances, en revanche, a connu une activité notable ce matin, en application d’une décision interne soutenant l’appel du Rassemblement à un arrêt de travail chaque mercredi, jeudi et vendredi.
Plongé dans une grave crise économique et financière depuis 2019, le Liban a vu sa monnaie nationale s’effondrer, entraînant une érosion des salaires et du pouvoir d’achat, alors que l’inflation s’est envolée. Avant la crise, le salaire minimum s’élevait à 675 000 LL – soit environ 450 dollars au taux officiel de 1 507,5 LL pour un billet vert. Fin juin, le Conseil des ministres avait pourtant approuvé une augmentation de 50 % du salaire minimum, le portant à 28 millions de livres (312 dollars, soit une hausse de 56 %), à compter du mois prochain. Mais cette hausse est également jugée insuffisante par de nombreux syndicats.


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