Des Palestiniens au milieu des décombres de leurs maisons dans le camp d'al-Bureij, dans le centre de la bande de Gaza le 7 juillet 2025. Photo Eyad Baba/AFP
Un haut responsable sécuritaire du Hamas a confié dimanche à la BBC que le mouvement islamiste palestinien a perdu environ 80 % de son emprise sur la bande de Gaza, laissant un vide désormais occupé par des clans armés rivaux, après 21 mois d'offensive israélienne suite à l'opération « Déluge d'al-Aqsa » que le groupe avait lancé le 7 octobre 2023 contre Israël.
Ce lieutenant-colonel, qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat, a affirmé que les frappes israéliennes ont anéanti l’appareil politique, militaire et sécuritaire du Hamas. « Soyons réalistes : il ne reste quasiment plus rien de la structure sécuritaire. Environ 95 % des cadres dirigeants sont morts… toutes les figures actives ont été tuées », a-t-il précisé au média britannique.
« C’est un effondrement total »
Selon lui, le mouvement palestinien a profité du cessez-le-feu de 57 jours avec Israël entre janvier et mars derniers pour tenter de se réorganiser. Mais depuis la fin de cette trêve, rompue unilatéralement par l’État hébreu le 18 mars, les dernières structures de commandement du mouvement ont été ciblées par l'armée israélienne, plongeant le groupe dans une désorganisation encore plus large.
« Il n’y a plus aucun contrôle nulle part, plus de commandement, plus de communication... c’est un effondrement total », a affirmé cette source, évoquant le pillage d’un complexe administratif autrefois utilisé par le Hamas pour gouverner Gaza. « Ils ont tout volé : les bureaux, les matelas, même les tôles en zinc – et personne n’est intervenu. Ni police, ni sécurité ». Le responsable concède également que les capacités financières du mouvement sont fortement affaiblies. « Les salaires arrivent en retard, et quand ils arrivent, ils ne valent presque rien. Certains meurent en essayant de les récupérer », assure-t-il.
Ce vide sécuritaire, causé par l'affaiblissement du groupe islamiste qui contrôlait d'une main de fer la bande de Gaza depuis 2007, a permis à pas moins de six clans armés de s’imposer dans le territoire. Le plus en vue est celui de Yasser Abou Chabab, accusé notamment de piller l'aide humanitaire envoyée dans l'enclave.
Ancien détenu du Hamas et originaire d'une famille bédouine dans le Sinaï égyptien, sa personnalité a attiré l'attention de l'Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie occupée, ainsi que de plusieurs acteurs régionaux, en particulier après qu'Israël a confirmé le mois dernier qu'il lui fournissait des armes. L'homme a reconnu dimanche dans un entretien diffusé par une radio israélienne qu'il coopérait avec l'armée israélienne pour mener des actions dans le sud de la bande de Gaza. Le Hamas aurait ainsi mis une forte prime pour la capture d'Abou Chabab, craignant qu'il ne devienne une « figure de rassemblement » pour ses nombreux rivaux à l'intérieur de la bande de Gaza.
Abou Chabab entretiendrait également de bonnes relations avec le camp de Mohammad Dahlan, l'ancien chef de la sécurité de Gaza qui vit en exil dans le Golfe depuis sa brouille il y a 15 ans avec le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Il est régulièrement cité parmi les potentielles figures politiques palestiniennes pouvant représenter une alternative au Hamas dans l'enclave palestinienne dans une hypothétique future administration débarrassée du groupe islamiste palestinien.
Des négociations indirectes entre Israël et le Hamas ont commencé dimanche soir à Doha en vue d'un accord de cessez-le-feu et d'une libération d'otages et de détenus, alors que les frappes israéliennes sur l'enclave se poursuivent sans relâche. Au moins 82 Palestiniens sont morts dimanche des suites de ces bombardements meurtriers, avant qu'au moins 13 autres personnes soient tuées dans des raids nocturnes lundi matin, selon des sources médicales citées par la chaîne qatarie al-Jazeera.
Au moins 57 418 Palestiniens, majoritairement des civils, ont été tués à Gaza par l'armée israélienne depuis le début de l'offensive israélienne en octobre 2023, selon des données du ministère de la Santé de Gaza.



