Le Casino du Liban. Photo d’archives AFP
Dans le cadre de ses investigations sur l’affaire des jeux de hasard en ligne illégaux, révélée il y a près de deux semaines, la procureure financière par intérim, Dora el-Khazen, a interdit de voyage, vendredi, le PDG du Casino du Liban, Roland Khoury. Informé de cette mesure, ce dernier est rentré dimanche à Beyrouth, interrompant volontairement un séjour qu’il effectuait à l’étranger, indique à L’Orient-Le Jour une source proche de M. Khoury, évoquant » une volonté de coopérer avec la justice ».
Lors d’une opération de la Sécurité de l’État effectuée le 18 juin dans les locaux du Casino à Maameltein dans le cadre de cette affaire, M. Khoury avait été interrogé, répondant à « toutes les questions » des agents, selon une source interne au Casino, contactée par L’OLJ.
Marché noir
Au moins dix personnes ont été arrêtées jusqu’à présent, parmi lesquelles des propriétaires de « maisons » de jeux en ligne, notamment dans les régions du Kesrouan, du Metn et de la banlieue nord de Beyrouth. Ces établissements ont été mis sous scellés.
Détenteur d’une licence exclusive de jeux en ligne (d’abord pour les courses hippiques et ensuite pour les jeux de blackjack, roulette, baccarat, poker, paris sportifs…) à travers la plate-forme Betarabia, le Casino du Liban a conclu un contrat en 2022 avec la société OSS (Onlive Support Services), lui confiant la gérance de cette plateforme pour une durée de quatre ans. Contactée par L’OLJ, une source proche du dossier indique que c’est précisément cette société qui aurait permis l’ouverture des branches désormais fermées, en violation des termes contractuels qui stipulent l’interdiction d’une telle pratique et réservent l’exclusivité géographique des jeux dans les salles du Casino.
Selon la source précitée, OSS aurait ainsi profité de sa couverture légale pour alimenter un vaste marché noir, tout en percevant des commissions sur ces activités illicites. Malgré plusieurs tentatives d’appel au numéro fixe affiché sur le site officiel de ladite société, L’OLJ n’a pas réussi à joindre la compagnie pour un commentaire sur ces accusations. En soirée, L'OLJ a appris que le PDG de la société OSS a été arrêté.
Le marché noir des jeux en ligne a fleuri sur divers sites, brassant des millions de dollars non déclarés au Liban. Les activités illégales auraient donc entraîné une évasion fiscale massive, et par ailleurs, en l’absence de tout contrôle d’âge, auraient attiré de nombreux mineurs vers la pratique du jeu. De multiples cas de surendettement auraient, en outre, été favorisés par l’absence de plafonnement de mises. Des cas de suicide auraient également été signalés dans ce cadre.
Affaire « tentaculaire »
L’année dernière, le PDG du Casino du Liban avait lui-même alerté sur la prolifération des sites de jeux illégaux, tout en soulignant la coopération constante entre la direction du Casino, les forces de sécurité et la justice. Il évoquait toutefois la difficulté de la tâche : « Dès qu’un site est fermé, un autre voit le jour presque instantanément », déplorait-il.
La source judiciaire précitée qualifie l’affaire de « tentaculaire », en raison des intérêts convergents « de personnes influentes, d’entreprises privées et d’institutions médiatiques ». Cette source indique que le dossier est d’une telle « complexité technique », que le parquet financier a eu recours aux services d’un expert en technologies de l’information (IT), chargé de l’éclairer à travers ses explications et analyses.
En parallèle, une loi encadrant le secteur des jeux en ligne est en cours d’élaboration au Parlement. Elle vise à instaurer un cadre sécurisé à travers la création d’une autorité de régulation, l’établissement de critères clairs pour l’octroi des licences, le contrôle des flux financiers et le renforcement de la lutte contre le blanchiment d’argent. Une sous-commission parlementaire, issue des commissions conjointes et présidée par le député de Zghorta Tony Frangié, a approuvé le 17 juin une proposition de loi en ce sens. Le texte poursuit désormais son parcours vers l’assemblée plénière de la Chambre.



chambres noires . mais en est il autrement ailleurs dans d'autres secteurs publiques ?
10 h 46, le 01 juillet 2025