Des munitions non-explosées sur le sol d'une rue de Khartoum, après la reprise de la ville par l'armée soudanaise, le 27 avril 2025. Photo Tayeb SIDDIG/Reuters
L'armée soudanaise a annoncé mercredi son retrait du triangle frontalier avec l'Egypte et la Libye, dans le nord-ouest du pays, les paramilitaires affirmant de leur côté avoir pris le contrôle de cette « région stratégique ».
Mardi, les troupes du chef de l'armée, le général Abdel Fattah al-Burhane, avaient accusé les Forces de soutien rapide (FSR) qui les combattent depuis avril 2023 d'avoir lancé une attaque dans cette région frontalière, en coordination avec des forces loyales à Khalifa Haftar, puissant maréchal de l'est de la Libye.
« Nos forces ont évacué aujourd'hui la zone du triangle surplombant les frontières entre le Soudan, l'Égypte et la Libye », a annoncé mercredi l'état major des forces armées soudanaises dans un communiqué, évoquant une « disposition défensive pour repousser l'agression ».
De leur côté, les FSR ont annoncé avoir « réussi mercredi matin à libérer la région stratégique du +triangle+ » faisant état « de combats éclairs et décisifs » et de « pertes importantes en vies humaines et matériel » dans les rangs adverses.
« Tournant stratégique »
Cette « ouverture sur l'axe du désert nord constitue un tournant stratégique pour sécuriser les frontières et protéger le pays », affirme le communiqué des paramilitaires. Le texte décrit ce « passage frontalier économique et stratégique entre trois pays » comme « un centre névralgique du commerce et du transport entre l'Afrique du Nord et de l'Est » et rappelle que la région est « riche en ressources naturelles telles que le pétrole, le gaz et les minéraux ».
Les affrontements dans le secteur ont commencé il y a trois jours, a indiqué une source militaire à l'AFP. Lundi, les troupes du FSR avaient pris le contrôle de l'entrée de Jebel Uweinat, une zone montagneuse isolée à la frontière entre les trois pays, selon une source au sein des FSR.
Dans un communiqué, le ministère libyen des Affaires étrangères du gouvernement loyal aux forces du maréchal Haftar n'a pas nié une implication dans l'attaque, mais souligné son engagement à respecter le « droit international » et le principe de « non-ingérence dans les affaires intérieures d'autres pays ».
La Libye « est désireuse d'épargner à la région davantage de tensions et de résoudre tout problème par des moyens pacifiques et des mécanismes de consultation bilatéraux ou collectifs », a-t-il ajouté.
« Rejet complet » d'une implication libyenne
Le gouvernement rival basé à Tripoli, internationalement reconnu, a lui exprimé « son rejet complet » d'une implication libyenne « dans des actions qui compromettraient la sécurité et la stabilité des frontières des pays frères ». Un ancien officier de l'armée a affirmé à l'AFP sous couvert d'anonymat que le contrôle de la zone par les FSR leur donne un « levier sur les routes d'approvisionnement » traversant la frontière libyo-soudanaise.
Mardi, le ministère soudanais des Affaires étrangères, aligné sur l'armée, avait accusé les Emirats arabes unis, qui ont des liens étroits avec M. Haftar, de soutenir l'attaque, qualifiée de « violation flagrante du droit international » et mis en avant que « la frontière du Soudan avec la Libye a longtemps servi de corridor pour les armes et les mercenaires » soutenant les FSR.
Khartoum a déjà plusieurs fois accusé Abou Dhabi d'armer les FSR, et rompu en mai les relations diplomatiques bilatérales après des frappes de drones sur la ville portuaire de Port-Soudan, dans l'est du pays, contrôlée par l'armée. Les tentatives des médiateurs internationaux pour mettre fin au conflit ont jusqu'à présent échoué, et les violences continuent notamment de s'intensifier dans la région du Darfour (ouest).
La guerre a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé 13 millions de personnes, plongé une partie du pays dans la famine et favorisé une épidémie de choléra. Le Soudan est aujourd’hui morcelé: l’armée contrôle le nord, l’est et le centre, tandis que les FSR tiennent certaines parties du sud et la quasi-totalité du Darfour.
Avec le conflit, le troisième producteur d'or en Afrique a vu sa population plonger dans la pauvreté: 71% des habitants vivaient avec moins de 2,15 dollars/jour en 2024 (1,75 euros), contre 33% en 2022, selon un récent rapport de la Banque mondiale. L'impact de la guerre sur le secteur agricole, vital pour le pays contribue à l'insécurité alimentaire, selon ce rapport.


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