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Dernières Infos - Guerre

Cocktails et pizzas aux truffes : le Moscou huppé indifférent aux drones ukrainiens


Des personnes profitent de la soirée du vendredi dans le quartier des étangs des Patriarches, un quartier huppé de Moscou, le 30 mai 2025. Photo STRINGER /AFP

Les basses des grosses cylindrées se diluent dans la techno des bars et le quartier des Etangs du Patriarche entame une nouvelle nuit de bringue. Dans cette zone huppée de Moscou, les noctambules n'ont « pas peur » des drones ukrainiens qui visent la capitale russe.

Depuis plusieurs semaines, le conflit s'invite de plus en plus fréquemment à Moscou, jusque-là largement épargné par l'offensive à grande échelle contre son voisin ukrainien engagée en février 2022. Mais à en croire Kirill, « personne ne se soucie » des drones qui menacent Moscou : « Les gens ont trop de soucis et trop de travail pour prêter attention à ces situations. » Barbe noire et lunettes de soleil, Kirill, 27 ans, travaille dans l'immobilier et marche dans le quartier des Etangs du Patriarche, où se déroule en partie le roman de Mikhaïl Boulgakov « Le Maître et Marguerite ».

L'Ukraine, cible quotidienne des bombardements et des drones russes, a lancé la semaine dernière deux raids nocturnes d'engins sans pilote. Lors du premier, près de 300 drones ukrainiens visant la Russie, et Moscou pour une quarantaine d'entre eux, ont été interceptés.  Puis, la nuit suivante, une cinquantaine de drones ukrainiens ont été neutralisés. Un engin a tout de même percuté un immeuble du sud-ouest de Moscou. A chaque alerte, le trafic dans plusieurs aéroports de la capitale a été suspendu pendant quelques heures. Mais au cours de ces deux nuits, la métropole et ses 13 millions d'habitants n'ont eu à déplorer aucun mort, uniquement des dégâts matériels mineurs.

En mars, en revanche, une attaque massive de drones ukrainiens sur la banlieue de Moscou avait fait trois morts. Fort contraste avec Kiev, où les frappes russes tuent régulièrement des civils. 

« Rester calme »

A Moscou, pas de sirène, pas de course aux abris lorsque des drones s'annoncent.

Le ministre des Situations d'urgence, Alexandre Kourenkov, a uniquement invité les Russes à « essayer de rester calmes » en cas d'attaque.  « La panique désoriente toujours », a-t-il dit à la presse la semaine dernière, rappelant que des brochures avec des « recommandations » avaient été éditées. D'ailleurs, Moscou et son maire Sergueï Sobianine se montrent surtout affairés à préparer « L'été à Moscou », un programme culturel et sportif. Sollicités par l'AFP à propos des mesures prises par la municipalité face aux attaques de drones, les services de M. Sobianine n'ont pas donné suite.

En ville, les affiches appelant à s'engager dans l'armée sont moins fréquentes qu'ailleurs, tout comme les portraits des « héros » tombés sur le front ukrainien. Et en cette soirée de printemps, Janna, 29 ans, n'entend pas se laisser « gâcher (sa) bonne humeur » en écoutant les informations, car « il y a beaucoup de mensonges ». « A chacun sa vérité », affirme la Moscovite, rencontrée dans le flot des noctambules habitués des restaurants branchés des Etangs du Patriarche. Et les drones ? »Je suis sûre qu'ils seront éliminés. Je suis sereine », dit la jeune femme qui ne souhaite pas donner son nom de famille, comme souvent lorsque les Russes sont interrogés au sujet du conflit.

« On va s'habituer »

Dans le quartier, le risotto aux champignons (1 980 roubles, environ 22,5 euros) rivalise avec la pizza aux truffes (2 290 roubles, environ 26 euros) sur les cartes des restaurants, toujours aussi bondés malgré l'inflation qui se maintient au-dessus de 10% au niveau national. Pour les cocktails, on passe du Negroni Sbagliato au Raspberry Spritz.

Arrive un SUV, toutes basses dehors, sur lequel est collé un « Z, symbole de soutien aux forces armées russes engagées en Ukraine dans ce conflit qui a fait des dizaines de milliers de morts des deux côtés. » Sur le trottoir pris d'assaut par les influenceurs et la jeunesse dorée, Marina, 43 ans, marche d'un pas décidé. Elle se dit opposée au conflit et n'a « pas peur » des drones, auxquels « on va sans doute s'habituer ». Ce qui la préoccupe, c'est l'entreprise qu'elle a perdue. « Mais ça n'est pas à cause de la guerre, c'est parce que j'ai quitté mon mari », dit Marina dans un anglais limpide, en utilisant ce mot de « guerre » honni du pouvoir russe qui préfère le terme d' »opération militaire spéciale ». Et puis il y a les sanctions contre la Russie « que nous ressentons tous ». « Vous avez vu l'inflation ? Vous avez vu les prix ? », lance-t-elle.

Les basses des grosses cylindrées se diluent dans la techno des bars et le quartier des Etangs du Patriarche entame une nouvelle nuit de bringue. Dans cette zone huppée de Moscou, les noctambules n'ont « pas peur » des drones ukrainiens qui visent la capitale russe.Depuis plusieurs semaines, le conflit s'invite de plus en plus fréquemment à Moscou, jusque-là largement épargné par l'offensive à grande échelle contre son voisin ukrainien engagée en février 2022. Mais à en croire Kirill, « personne ne se soucie » des drones qui menacent Moscou : « Les gens ont trop de soucis et trop de travail pour prêter attention à ces situations. » Barbe noire et lunettes de soleil, Kirill, 27 ans, travaille dans l'immobilier et marche dans le quartier des Etangs du Patriarche, où se déroule en partie le roman de...