Marc et Debra Tice, les parents du journaliste américain Austin Tice (portrait à gauche), enlevé en Syrie il y a plus de six ans, donnent une conférence de presse à Beyrouth, le 4 décembre 2018. Photo Joseph Eid/AFP
Dans le cadre d’une enquête qui a débuté il y a plus d’un an pour une série de podcasts de Radio 4, la BBC a découvert des dossiers secrets des services de renseignement syriens qui prouvent, selon elle, que le journaliste américain Austin Tice a bien été jeté en prison par le régime Assad.
D'anciens responsables syriens ont également confirmé cette piste, ajoute le média britannique. Austin Tice travaillait pour l’AFP, McClatchy News, le Washington Post, CBS et d'autres médias lorsqu'il a disparu en 2012 près de Damas, alors que la Syrie était le théâtre d'une guerre depuis plus d'un an.
Avant sa chute le 8 décembre 2024, les autorités syriennes avaient toujours démenti détenir le journaliste, rejetant les accusations du gouvernement américain qui assurait le contraire. La BBC affirme que les éléments qu’elle a pu examiner — et dont elle assure avoir confirmé l’authenticité — donnent de nombreux détails sur l’enlèvement d’Austin Tice et sur ce qui lui est arrivé après. Elle fait notamment état de dossiers intitulés « Austin Tice » qui contiennent des communications émanant de différentes branches des services de renseignement syriens, dont une communication marquée « top secret ». Selon les éléments en question, Austin Tice aurait été arrêté près de Daraya, dans la banlieue de Damas, puis détenu par des membres d'une force paramilitaire loyale au président Assad, les Forces de défense nationale (FDN). Un responsable syrien a confirmé à la BBC que la détention aurait duré au moins jusqu'en février 2013.
Selon le témoignage, le journaliste aurait développé des problèmes d'estomac et aurait été traité par un médecin au moins deux fois. Des analyses de sang auraient révélé qu’il souffrait alors d'une infection virale. Un ancien membre des FDN aurait par ailleurs déclaré avoir une connaissance intime de la détention du journaliste américain, affirmant à la BBC que « la valeur d’Austin a été comprise » et qu’il était utilisé comme une « carte » de négociation entre la Syrie baasiste et les États-Unis.
L’enquête a également révélé que le détenu se serait échappé brièvement en se faufilant par une fenêtre de sa cellule, mais qu’il a été repris par la suite. Il aurait été interrogé au moins deux fois par un agent des services de renseignement du gouvernement syrien. L'incident aurait eu lieu entre la fin de 2012 et le début de 2013, selon la BBC.
Suite à la chute du régime baasiste, le président américain de l'époque, Joe Biden, ainsi que l'ONG Hostage Aid Worldwide, avaient déclaré croire le journaliste américain Austin Tice vivant, même si les informations concrètes sur l'endroit où il se trouve manquaient. La mère du journaliste porté disparu avait par ailleurs affirmé en janvier, au cours d'une conférence de presse à Damas, que les nouveaux dirigeants s’étaient dits « déterminés » à l’aider à retrouver son fils. Le 25 mai, l’émissaire américain en Syrie avait d’ailleurs confirmé cette volonté du pouvoir syrien d'Ahmad el-Chareh, qui avait accepté d'aider les États-Unis à retrouver les Américains disparus pendant la guerre civile en Syrie.
L'Observatoire syrien pour les droits de l'homme (OSDH), un groupe de surveillance basé au Royaume-Uni, estime que 100 000 personnes ont disparu sous le régime Assad.



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