Une femme marche près de la prison al-Sina’a, tandis que le drapeau des Forces démocratiques syriennes (FDS) flotte en arrière-plan, à Hassaké, en Syrie, le 18 janvier 2025. REUTERS/Orhan Qereman
Les Kurdes syriens s’apprêtent à exiger un système fédéral dans la Syrie post-Assad, permettant une autonomie régionale et des forces de sécurité, a déclaré un haut responsable kurde à l'agence Reuters, insistant sur une vision décentralisée à laquelle s’oppose le président par intérim Ahmad el-Chareh. Cette revendication d’un régime fédéral gagne du terrain alors que les minorités syriennes s’inquiètent des massacres d’alaouites en mars dernier, tandis que les groupes kurdes accusent M. Chareh et son groupe islamiste de mal orienter la Syrie et de monopoliser le pouvoir.
Les partis kurdes syriens rivaux, y compris la faction dominante dans le nord-est kurde, ont convenu en mars d’une vision politique commune, incluant le fédéralisme, selon des sources kurdes, mais ils n'ont pas encore officiellement dévoilé cette position. Les groupes dirigés par les Kurdes contrôlent environ un quart du territoire syrien depuis la guerre civile de 14 ans. Les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par les États-Unis, ont signé en mars un accord avec Damas pour fusionner leurs organes de gouvernance et forces de sécurité avec le gouvernement central.
Bien que fidèles à cet accord, les responsables kurdes critiquent la manière dont les islamistes au pouvoir façonnent la transition après le régime de Bachar al-Assad, estimant qu’ils ne respectent pas la diversité syrienne malgré leurs promesses d’inclusion.
Badran Jia Kurd, haut responsable de l’administration kurde, a confié à Reuters que toutes les factions kurdes s’étaient mises d’accord sur une « vision politique commune » prônant un « système parlementaire fédéral, pluraliste et démocratique ». Ces déclarations écrites en réponse aux questions de Reuters marquent la première confirmation officielle de cet objectif fédéraliste depuis l’accord des partis kurdes.
L’administration kurde évitait jusque-là le terme « fédéralisme », préférant parler de décentralisation. Les Kurdes syriens affirment viser une autonomie au sein de la Syrie, et non l’indépendance.
Chareh a exprimé son opposition à un système fédéral, déclarant en janvier à The Economist qu’il n’a pas d’acceptation populaire et ne sert pas les intérêts de la Syrie.
Jia Kurd a souligné que la question fondamentale pour la Syrie est de « préserver la spécificité administrative, politique et culturelle de chaque région », ce qui nécessiterait « des conseils législatifs locaux, des organes exécutifs pour gérer les affaires régionales et des forces de sécurité internes qui y seraient rattachées ». Cela devrait être inscrit dans le cadre constitutionnel syrien, a-t-il ajouté.
La Turquie voisine, alliée de Chareh, considère le principal groupe kurde syrien, le Parti de l’Union démocratique (PYD), et ses affiliés comme une menace en raison de leurs liens avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a mené une insurrection contre l’État turc pendant des décennies, jusqu’à un récent cessez-le-feu.
Massacres d’alaouites
La réunion du mois dernier a réuni le PYD et le Conseil national kurde (ENKS), un groupe kurde syrien rival créé avec le soutien du Parti démocratique kurde (KDP) irakien, dirigé par la famille Barzani, en bons termes avec la Turquie.
Le dirigeant de l’ENKS, Souleiman Oso, a indiqué qu’il s’attend à ce que la vision kurde commune soit annoncée lors d’une conférence d’ici fin avril. Selon lui, les développements en Syrie depuis la chute d’Assad en décembre ont conduit de nombreux Syriens à voir le système fédéral comme la « solution optimale ». Il a cité les attaques contre les alaouites, la résistance druze au pouvoir central et la déclaration constitutionnelle du nouveau gouvernement, jugée incompatible avec la diversité syrienne par l’administration kurde.
Des centaines d'alaouites ont été tués en mars dans l’ouest de la Syrie lors d’attaques de vengeance, déclenchées après que les autorités islamistes ont affirmé que leurs forces de sécurité avaient été attaquées par des militants fidèles à Bachar el-Assad, un alaouite. Le président syrien a promis que les responsables seraient punis, y compris ses propres alliés si nécessaire. La déclaration constitutionnelle lui a accordé de larges pouvoirs, consacrant la loi islamique comme principale source de législation et l’arabe comme langue officielle, sans mention du kurde.
« Nous pensons que la solution optimale pour préserver l’unité de la Syrie est un système fédéral, car c’est un pays de multiples ethnies, religions et sectes », a déclaré Souleiman Oso.
« Lorsque nous irons à Damas, nous présenterons certainement nos points de vue et nos exigences. »
Cet article est une traduction, réalisée par L'Orient-Le Jour, d'une information publiée en anglais par l'agence Reuters.



