Un groupe de jeunes en colère s'est rassemblé devant le magasin Ritika Shoes à Tripoli. Photo fournie par notre correspondant Michel Hallak.
L’avocat Mohammad Ziad Jaafil a déposé mercredi une plainte contre la marque libanaise Ritika, l’accusant d’avoir attribué à des chaussures et sacs à main pour femmes des noms de personnalités religieuses, notamment ceux des épouses et des filles du prophète Mahomet.
Contacté par L'Orient-Le Jour, Dany Haddad, associé et responsable du développement des affaires et des marchés chez Ritika, a indiqué que l’entreprise, active depuis 20 ans, donne généralement à ses produits des prénoms arabes, français ou italiens, et qu’elle n’a jamais eu l’intention de causer un quelconque préjudice. M. Haddad s’est « excusé si cet incident a pu heurter ou offenser quelqu’un ». Il a toutefois assuré que « l’initiative n’était pas intentionnelle et que l’entreprise n’a jamais eu l'intention d'offenser ou de contrarier qui que ce soit ». «Nous reconnaissons avoir commis une erreur et nous présentons nos excuses», a-t-il souligné. Il a également noté que Ritika avait baptisé « une chaussure Marie, il y a quelques années, sans avoir reçu la moindre plainte ».
« La pratique consistant à donner à des chaussures pour femmes le nom de personnalités religieuses et à promouvoir les produits de cette manière est considérée comme inappropriée et irrespectueuse, car elle porte atteinte à la dignité des femmes, dont les droits sont protégés par la Constitution et la loi », a rapporté l’Agence nationale d'information (ANI, officielle), citant les notifications judiciaires de Me Jaafil. « Certains noms sont sacrés et jouissent d’une valeur et d’un respect importants au sein de diverses communautés religieuses », a ajouté l’avocat. Il a aussi appelé à « la suspension immédiate de tous les sites web et pages de réseaux sociaux liés à la commercialisation de ces produits ».
M. Haddad a assuré que les noms des chaussures avaient déjà été retirés du site web et des plateformes de réseaux sociaux. « Nous sommes une marque locale libanaise, travaillant dans les conditions actuelles du pays, et bien sûr, nous n'avons pas l'intention de nuire »
Les boutiques de chaussures Ritika à Halba (Akkar) et à Tripoli ont été fermées par des scellés rouges, selon notre correspondant au Liban-Nord, Michel Hallak. À Halba, des hommes ont retiré les lettres du nom du magasin de ses façades extérieures et les ont jetées au sol, en signe de protestation. A Tripoli, un important groupe de jeunes en colère s’est rassemblé devant le magasin, situé rue Nadim al-Jisr. Des témoins ont indiqué qu’à leur arrivée, les manifestants ont trouvé le magasin fermé. Certains ont tenté de forcer l’entrée et d’incendier la façade, provoquant panique et chaos dans le quartier. Une patrouille de police est intervenue pour maîtriser la situation.
En journée, Ritika a également diffusé un communiqué officiel. « Nous tenons à assurer à tous qu’il n’a jamais été de notre intention, en aucun cas, d’offenser, d’insulter ou de porter atteinte à qui que ce soit, ni à aucune religion, en particulier la foi islamique, que nous respectons et tenons en haute estime, peut-on lire. Nous respectons toutes les personnes, quelles que soient leur race ou leur religion, et considérons cela comme une ligne rouge qu’il ne faut pas franchir ».


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