Vue des locaux de la bourse de Francfort, en Allemagne, le 8 avril 2025. REUTERS/Joachim Herrmann
Les marchés boursiers mondiaux ont évolué dans des directions opposées mardi, les places européennes se reprenant après leur chute de la veille tandis que Wall Street a terminé en nette baisse, lestée par de nouvelles annonces douanières.
A la Bourse de New York, à l'issue d'une séance marquée par une très forte volatilité, le Dow Jones a lâché 0,84%, l'indice Nasdaq a perdu 2,15% tandis l'indice élargi S&P 500 a reculé de 1,57%, revenant à son plus bas niveau depuis un an.
En début de séance, la place américaine évoluait pourtant largement dans le vert, ses principaux indices avançant chacun plus de 3%.
« Ces derniers jours, nous avons assisté à de nombreux revirements, et celui-ci a été (parmi) les plus négatifs », estime auprès de l'AFP Angelo Kourkafas, d'Edward Jones.
Face à face Chine-États-Unis
La place américaine a notamment été heurtée par la mise en application, par Washington, de la dernière menace de Donald Trump en confirmant mardi une taxation supplémentaire des produits chinois de 104% au total.
Pékin a promis mardi de combattre les droits de douane américains « jusqu'au bout ». Dès jeudi, la Chine avait imposé des surtaxes supplémentaires de 34% sur les produits américains, en réaction aux mesures de Washington.
Sur le terrain de la guerre commerciale, « le match se joue surtout entre les Etats-Unis et la Chine », souligne auprès de l'AFP Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marchés à IG France.
Signe de l'escalade entre les deux géants, le yuan offshore, qui circule en dehors de Chine continentale et qui est échangé de manière plus libre que sur le marché intérieur, a touché mardi son plus bas jamais enregistré face au billet vert, à 7,4122 yuans pour un dollar.
Le géant Apple, qui produit ses smartphones en Asie, a reculé de 4,98% à Wall Street et perdu en conséquence sa place de première capitalisation, au profit de Microsoft (-0,92%). Depuis l'annonce de la nouvelle vague de droits de douane américains, la firme à la pomme a vu s'envoler plus de 750 milliards de valorisation boursière.
Les marchés perçoivent « dans les propos des responsables américains une distinction faite entre d'un côté la Chine, et de l'autre, le reste du monde qui cherche à négocier », ajoute l'analyste, à la veille de l'entrée en vigueur des surtaxes américaines notamment sur les importations chinoises et européennes.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a appelé à « éviter l'escalade », lors d'un entretien téléphonique avec le Premier ministre chinois Li Qiang. L'UE prépare aussi sa propre réponse aux droits de douane de Donald Trump, qui devrait être présentée « en début de semaine prochaine » d'après un porte-parole de la Commission européenne.
« Il est évident que les investisseurs réclament de la clarté et qu'il n'y en a toujours pas », résume auprès de l'AFP Jack Ablin, de Cresset Capital.
L'Asie et l'Europe optimistes
En Europe et en Asie, « un soulagement a envahi les marchés financiers », commente Susannah Streeter, responsable des marchés chez Hargreaves Lansdown.
Alexandre Baradez évoque même « une journée de très gros rebond », « le plus gros depuis 2022 ».
Mais « rapporté à l'ampleur des baisses que l'on a connues depuis la semaine dernière, on ne peut pas considérer que le marché a définitivement tourné la page » des droits de douane, tempère-t-il.
En Europe, la Bourse de Paris a gagné 2,50% à la clôture, Francfort 2,48%, Londres 2,71% et Milan 2,41%.
Le retour de l'optimisme sur les marchés d'actions a été insufflé par « l'annonce de l'ouverture de négociations commerciales dans quelques jours » entre le Japon et les États-Unis, note Matt Britzman, analyste chez Hargreaves Lansdown. La Bourse de Tokyo a ainsi grimpé de plus de 6% mardi, après avoir dévissé de presque 8% la veille.
Dans le détail, le Premier ministre japonais Shigeru Ishiba a annoncé s'être entendu par téléphone avec le président américain pour poursuivre les discussions sur les droits de douane américains, qu'il espère faire modifier.
Donald Trump a par ailleurs annoncé mardi s'être entretenu avec le président par intérim de Corée du Sud. L'un de ses conseillers a affirmé que les alliés tels que Séoul et Tokyo auraient la priorité pour mener des négociations commerciales.
Dans ce contexte, sur le marché obligataire, le rendement des emprunts d'Etat américains à dix ans se tendait à 4,30%, une franche remontée après avoir atteint 3,88% jeudi.

