Montage Daraj
Le média d’investigation en ligne Daraj a révélé dans une enquête, publiée vendredi, la teneur des réactions du régime syrien après l’attaque des bipeurs contre des membres du Hezbollah, le 17 septembre 2024. Ce jour-là, une branche des renseignements militaires émet un message urgent indiquant que, selon une source locale, des appareils de radiomessagerie utilisés par le Hezbollah, allié du gouvernement syrien, ont explosé au Liban. Les messages ont continué à affluer tout au long de la journée. Cherchant à rassembler un maximum d’informations, les officiers de la branche concernée se sont parfois appuyés sur des rumeurs et des données obsolètes pour tenter de comprendre la situation.
Le média d’investigation libanais Daraj, en partenaire avec le consortium de journalistes de l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP), a retrouvé cette correspondance parmi une collection de documents dans les bureaux de la branche 235 en Syrie, plus connue sous le nom de « Branche Palestine », après la chute du régime Assad le 8 décembre 2024. Le dossier de 137 pages contient des télégrammes secrets, dont plusieurs envoyés par la branche 227, un bureau du renseignement militaire sous sanctions américaines, responsable de la capitale, Damas.
Le 18 septembre 2024, lorsqu’un autre lot d’appareils de communication – des talkies-walkies – a explosé, les messages rédigés par les services syriens se sont faits plus alarmants. Dans une note de service « Strictement confidentiel », le général de division Mounzer Saad Ibrahim, chef de la « direction des opérations » de l’état-major général de l’armée syrienne, a ordonné aux services de renseignements d’« éloigner tous les appareils de communication radio des dirigeants ».
Par ailleurs, de nombreux autres documents révèlent une coordination étroite entre les services de renseignements du régime syrien et le Hezbollah – souvent désigné dans les messages par les termes « amis » ou « amis libanais ».
Les messages indiquent qu’après les attaques, plus de 100 blessés, dont des civils, ont été évacués vers la Syrie pour y être soignés. Un protocole de sécurité strict a été mis en place à l’hôpital militaire de Damas où nombre d’entre eux ont été pris en charge.
Les évacuations médicales
Dès le matin du 18 septembre, toujours selon les documents obtenus par Daraj, dix combattants du Hezbollah et des civils blessés ont été transférés en Syrie pour y recevoir des soins. Ils faisaient partie d’une longue liste d’évacuations.
Les deux jours suivants, les ambulances ont continué à traverser la frontière libano-syrienne via le poste-frontière de Jdeidet Yabous, situé à environ 45 kilomètres à l’ouest de Damas. D’après les correspondances, environ 100 blessés ont été transférés les 19 et 20 septembre.
Les messages indiquent que certains blessés étaient des combattants du Hezbollah, mais sans révéler leur identité.
Les documents indiquent en outre que certains blessés ont été transportés par des ambulances de la Défense civile libanaise, bien que l’organisme ait nié tout rôle dans ces évacuations lorsqu’il a été contacté par Daraj.
Les ambulances du Croissant-Rouge arabe syrien et des véhicules appartenant à l’Association islamique de la santé du Hezbollah ont également participé au transport.
Contacté par les journalistes, le Croissant-Rouge syrien a confirmé avoir transporté certains blessés, précisant toutefois que ceux-ci n’étaient pas armés. Conformément à sa politique d’aide humanitaire sans discrimination, il n’a pas cherché à identifier les patients.
Les correspondances révèlent que 120 personnes avaient été évacuées en Syrie d’ici au 22 septembre, y compris un enfant de neuf ans et un autre de onze ans. Les blessures recensées incluaient des lésions aux yeux, à la poitrine, aux membres, à la mâchoire, au visage et à l’abdomen.
Dans la nuit du 19 au 20 septembre, une patrouille de la branche 227 est arrivée à l’hôpital militaire de Tishreen à Damas, où plusieurs blessés avaient été admis sous haute sécurité.
Une note de service stipulait : « Ne pas enregistrer les noms des blessés à l’entrée principale, mais uniquement au service des urgences. »
Un autre document précisait que seuls les visiteurs approuvés par le Hezbollah, les renseignements syriens et l’ambassade iranienne pouvaient accéder à l’hôpital. Certains télégrammes suggéraient que les informations devaient être communiquées à un « officier de liaison » chez les « amis ».
Dans une note de service datée du 2 octobre, la branche 227 indiquait avoir renforcé la sécurité à l’hôpital et instauré des fouilles systématiques.
Le dernier message issu des documents, daté du 1er décembre, fait état du transfert d’un « martyr » du Liban vers la Syrie.



