La ministre lituanienne de la Défense Dovile Sakaliene, lors d'une cérémonie officielle à Varsovie, le 13 mars 2025. Photo Wojtek RADWANSKI / AFP
La Pologne, les trois pays baltes et la Finlande, tous frontaliers de la Russie, « sont proches » d'un accord sur leur retrait du traité interdisant les mines antipersonnel, a indiqué jeudi la ministre lituanienne de la Défense.
« Nous pensons que nous sommes très proches de cette solution », a déclaré Dovile Sakaliene à la presse à Varsovie, interrogée sur leur retrait possible de la Convention d'Ottawa qui interdit le recours à cette arme.
« Nous sommes en discussion très intenses avec nos partenaires dans la région afin que les cinq pays ayant une frontière avec la Russie, la Pologne, la Lituanie, la Lettonie, l'Estonie et la Finlande, soient en mesure de prendre une décision commune et d'envoyer un message stratégique commun », a précisé la ministre lituanienne, lors d'un point de presse commun avec son homologue polonais Wladyslaw Kosiniak-Kamysz.
Cette annonce intervient alors que le Comité international de la Croix-Rouge s'était déjà dit un peu plus tôt dans la journée « très inquiet » face au contexte européen de réarmement, après le retrait de la Lituanie de la convention interdisant les bombes à sous-munitions et les discussions en Pologne sur le traité sur les mines antipersonnel.
« L'impact de ces possibles retraits des conventions par certains États aurait des conséquences très graves pour de nombreux civils - à très long terme et y compris au sein même de ces pays », a indiqué un porte-parole du CICR, Christian Cardon.
« C'est précisément maintenant que ces traités sont pertinents… et pas en temps de paix/stabilité », a-t-il ajouté, lors d'une rencontre avec des journalistes.
Les cinq pays, tous particulièrement inquiets pour leur sécurité depuis l'agression de Moscou contre Ukraine, avaient déjà signalé avoir engagé une réflexion sur leur retrait de la Convention d'Ottawa.
« Il est nécessaire de prendre une telle décision », a estimé jeudi le ministre polonais, ajoutant qu'il était « particulièrement important pour nous de présenter une position commune » sur cette question.
Le 6 mars, la Lituanie a quitté la convention internationale interdisant les bombes à sous-munitions en invoquant ses préoccupations sécuritaires liées à la Russie voisine, une décision inédite critiquée par des organisations de défense des droits humains.
Le lendemain, dans un discours au Parlement, le chef du gouvernement polonais Donald Tusk a annoncé qu'il allait « recommander un avis favorable au retrait de la Pologne de la Convention d'Ottawa » sur les mines antipersonnel.
Plus de 160 pays et territoires reconnaissent le traité d'Ottawa, dont l'Ukraine, mais pas les Etats-Unis ni la Russie. Le texte interdit aux pays signataires l'acquisition, la production, le stockage et l'utilisation des mines antipersonnel.
Kiev a accusé Moscou de mener des « activités génocidaires » en utilisant des mines antipersonnel en Ukraine.
« Alors que les Etats semblent se préparer à la guerre (...), nous constatons avec inquiétude une remise en question » de ces deux « traités humanitaires »: les conventions sur les armes à sous-munitions et sur l'interdiction des mines antipersonnel, a indiqué la cheffe juridique du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Cordula Droege, lors de la rencontre avec les journalistes.
« Il y a un peu de panique en Europe en ce moment, et je pense que les Etats prennent des décisions très irréfléchies », a-t-elle ajouté, rappelant que les victimes des armes à sous-munitions et des mines antipersonnel sont en grande majorité des civils, et que nombre d'entre eux sont touchés bien après la fin des conflits.


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