Le président syrien par intérim Ahmed el-Chareh. Photo AFP
Y a-t-il eu un accord entre les Druzes de Soueida, dans l’ouest syrien, et les autorités syriennes pour intégrer cette communauté dans les institutions de l’État syrien, sur le modèle de ce qui a été fait avec les Kurdes dans le sillage des affrontements meurtriers de ces derniers jours ?
Oui, selon la chaîne Al-Jazeera, qui, citant des sources informées, a déclaré que le gouvernement syrien dirigé par la coalition de rebelles islamistes ayant renversé Bachar el-Assad le 8 décembre dernier avait signé un accord pour intégrer la communauté druze dans les institutions de l’État.
La chaîne Al-Arabiya a relayé l’information, mais une source libanaise suivant de près le dossier a précisé qu’il ne s’agissait pour l’instant que d’un accord de principe devant être officialisé.
Enfin, une source anonyme proche des dirigeants spirituels de la communauté dans cette partie de la Syrie, dont le chef est le cheikh Hekmat el-Hijri, a démenti l'information auprès du média Suwayda 24. « Nous sommes ouverts au dialogue et nos mains sont tendues pour le bien, mais les discussions sur un nouvel accord sont fausses », a déclaré la source au principal média druze de Soueida.
Réunion avec des notables et des intellectuels
Selon la source libanaise, ces discussions ont bien eu lieu mardi à Damas entre M. Chareh et un groupe de « notables et d’intellectuels druzes de Soueida ». « Les échanges ont été très francs et les représentants druzes ont exprimé leurs inquiétudes quant au sort des minorités en Syrie, dans le contexte des récents événements », a-t-elle expliqué. Plusieurs jours d’affrontements entre combattants loyaux au régime déchu de Bachar el-Assad et les nouvelles forces de sécurité syriennes dans l’ouest du pays ont fait plusieurs centaines de morts entre jeudi dernier et lundi.
Toujours selon cette source, Ahmed el-Chareh « s’est montré compréhensif », et les bases d’un engagement ont été posées. « Les participants druzes à la réunion sont repartis pour exposer les résultats de cette rencontre aux membres de leur communauté et reviendront officialiser l’accord une fois cette étape franchie, afin de ne pas engager unilatéralement les Druzes de Soueida. »
Selon Al-Jazeera, l’accord – ou projet d’accord, selon la source contactée – prévoit que les services de sécurité de Soueida seront rattachés au ministère syrien de l’Intérieur et que les officiers de police locaux seront issus de cette province méridionale. Toutefois, le gouvernement nommera un gouverneur et un chef de la police qui ne seront pas nécessairement originaires de Soueida. M. Chareh a rencontré à Damas le gouverneur de la province, Moustafa el-Bakour, ainsi que des activistes locaux, a indiqué l’agence de presse officielle syrienne, SANA.
Hasard du calendrier, la présidence syrienne, qui cherche à unifier un pays divisé par treize ans de guerre civile, a annoncé lundi un accord visant à « intégrer » dans les institutions de l’État toutes les administrations civiles et militaires relevant de l’administration autonome kurde du nord et de l’est de la Syrie.
De jeudi à lundi, de violents affrontements entre combattants loyaux à l’ancien pouvoir et nouvelles forces de sécurité syriennes ont causé de nombreuses victimes civiles. L’Observatoire syrien des droits de l’homme, basé au Royaume-Uni, a déclaré que jusqu’à dimanche soir, 973 civils alaouites avaient été tués dans des attaques de vengeance, après des combats au cours desquels plus de 250 combattants alaouites et plus de 230 membres des forces de sécurité avaient trouvé la mort.



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