La procureure générale près la Cour d’appel du Mont-Liban Ghada Aoun devant le palais de justice de Beyrouth, le 4 mai 2023. Photo d'archives Mohammad Yassine/L'Orient-Le Jour
La procureure générale près la cour d'appel du Mont Liban, Ghada Aoun, a engagé des poursuites le 28 février, à la veille de son départ à la retraite, contre l'ex-Premier ministre Nagib Mikati, son frère Taha et l'ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL) Riad Salamé pour « enrichissement illicite », a confirmé une source judiciaire proche de la magistrate à L'Orient-Le Jour lundi.
Selon la source, la procureure leur reproche d'avoir emprunté 300 millions de dollars auprès de Bank Audi et d'avoir acheté, avec ce même montant, des parts de cette banque. Ils auraient ainsi acquis plus de 10 % des parts, alors que la loi ne permet pas à une société d’acheter plus de 5 % d'une banque sans l’accord du conseil d’administration de celle-ci. Ils auraient fait croire que chacun représentait une société distincte. Ghada Aoun leur reproche également d'avoir utilisé les reçus du prêt comme garantie de ce dernier. L'acte reproché aux frères Mikati remonte à 2010, mais la magistrate a estimé qu'il n’est pas prescriptible, puisqu'il s'agit d’enrichissement illicite. Les intéressés se sont défendus par le passé contre ces accusations.
Lundi, l'ancien Premier ministre Nagib Mikati a dénoncé dans un communiqué « le feuilleton des convocations qui ne se basent sur aucune preuve » et qui le visent ainsi que son frère. « Ce n'est pas la première fois (...) que Ghada Aoun lance de fausses accusations à l'encontre (de l'ancien) Premier ministre et de sa famille, en associant leur nom à des opérations financières et de prétendus virements (...), ainsi que des « méthodes frauduleuses » non prouvées », explique le texte qui a été relayé par l'Agence nationale d'information (Ani, officielle).
« (L'ancien) Premier ministre, son frère et leurs familles n'ont rien à voir avec ces accusations (...) Il s'agit de dossiers fabriqués qui servent à la diffamation », explique le communiqué, qui ajoute que « la dernière plainte vise une opération ayant eu lieu en 2010 et qui était conforme à la loi ».
Le communiqué indique par ailleurs que de précédentes « décisions (judiciaires) ont innocenté Nagib Mikati et sa famille face aux accusations de la juge Aoun, notamment dans l'affaire des prêts bancaires commerciaux et autres ». Le texte accuse ensuite la procureure de « motivations illégales et non professionnelles ».
« Le respect de la vérité, du professionnalisme et de l'objectivité supposent de ne pas profiter des crises économique et financière que traverse le pays, dont la crise des déposants, pour des objectifs personnels ou pour des règlements de compte politiques », poursuit le texte. « Aucune condamnation n'a été émise à l'encontre de Nagib Mikati et de son frère ou d'une société qui leur est affiliée (...) ni au Liban ni à l'étranger (...) que ce soit concernant (...) l'enrichissement illicite, le blanchiment d'argent ou la dilapidation des fonds publics », peut-on lire.
Riad Salamé également dans le viseur
Ghada Aoun a également engagé des poursuites pour « complicité » dans la même affaire contre Riad Salamé qui aurait « facilité » l'acte reproché aux frères Mikati, usant de trafic d'influence et de son pouvoir sur les banques, selon la même source.
En octobre 2019, la procureure Aoun avait déjà engagé des poursuites contre Nagib Mikati et ses frères Maher et Taha, ainsi que la Bank Audi, pour enrichissement illicite. Une procédure qui faisait suite aux révélations de presse, l’année précédente, selon lesquelles des personnalités auraient abusé, entre 2009 et 2018, du mécanisme de prêts au logement subventionnés par la BDL. Cette affaire, portant potentiellement sur des dizaines de millions de dollars, avait notamment poussé le procureur de la République de l’époque, Ghassan Oueidate, à suspendre provisoirement Ghada Aoun pour confier le dossier au premier juge d’instruction de Beyrouth par intérim, Charbel Abou Samra. Deux ans plus tard, ce dernier avait prononcé un non-lieu pour prescription, les faits ayant été commis avant l'abolition des non-lieux pour prescription dans ce type de crime (en 2020) – une interprétation contestée par plusieurs associations telles que Legal Agenda.



Ghada is good.
09 h 05, le 04 mars 2025